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La rentrée à Marseille

École : le Monopoly de l’orientation

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C’est le moment des choix d’orientation, dans les collèges ou au lycée, et pour certains parents le début des grandes manœuvres de contournement de la carte scolaire…

La rentrée à Marseille
La rentrée à Marseille Crédits : A.-C. Poujoulat - AFP

« L’entrée en sixième sonne souvent comme un défi pour les familles installées dans les quartiers mélangés », résument Michel Becquembois et Sonya Faure dans les pages idées de Libération. Ceux qui étaient venus gentrifier des quartiers populaires se retrouvent gros-jean comme devant au moment d’inscrire leur enfant à l’école. La mixité sociale qui leur souriait le dimanche matin au marché leur grimace alors la mauvaise réputation de l’établissement assigné par leur secteur… Julien Grenet, de l’Ecole d’économie de Paris, qui a participé au projet de multisectorisation mis en place dans la capitale pour casser les ghettos scolaires confirme : « Des parents qui ont toujours joué le jeu du public et de la mixité se retrouvent dans certains quartiers face à un choix cornélien – ghetto ou privé – à cause d’un manque de coordination de la puissance publique. » Et le philosophe Patrick Savidan ajoute : « Parce qu’il n’a pas pris au sérieux le problème de la mixité à l’école, l’Etat met les parents en demeure de choisir entre leur enfant et la solidarité. » Pourtant des études montrent qu’ « il n’y a aucun bénéfice scolaire à aller dans le lycée le plus sélectif, même s’il est beaucoup plus réputé. A niveau de départ donné, les élèves finiront avec le même niveau au moment d’entrer dans le supérieur » affirme l’économiste Eric Maurin, qui précise que « si le climat scolaire peut jouer sur les comportements, il n’influe pas sur le niveau. Pour les filles, aller dans un établissement sélectif peut même être négatif en bridant leurs choix d’orientation : à niveau individuel initial égal, une lycéenne va plutôt moins souvent en S dans les lycées où le niveau général est plus élevé. » Sans compter que là où l’expérience a pu être menée et ses leçons tirées comme dans les pays scandinaves, « l’effet du collège unique apparaît avoir été particulièrement bénéfique pour les enfants d’origine modeste ». Le géographe Michel Lussault, ancien président du Conseil supérieur des programmes (CSP) rappelle que « Les pratiques d’évitement ont explosé dans les années 90, dans les zones pavillonnaires périphériques. Les milieux bourgeois, eux, avaient déjà depuis longtemps l’habitude d’envoyer leurs enfants dans le privé. Progressivement, le phénomène va toucher les classes moyennes des banlieues et des grandes villes, comme Paris ou Lyon, qui, historiquement, ont été à la base du pacte social à la française et qui ont apporté leur voix à la gauche au nom des valeurs de mixité et d’ascension sociale. » Là encore, c’est la politique de l’État qui est incriminée dans le manque de mixité des établissements : « La politique de la ville a spécialisé certains territoires dans l’accueil des populations défavorisées. Les collèges et les écoles se sont homogénéisés et ségrégués. » Du coup « La vision de l’école comme un lieu de confrontation et de différence n’est plus acceptée. » Pour enrayer le cercle vicieux de la ségrégation, certaines initiatives méritent d’être signalées. A Paris, dans le XVIIIe, des parents d’élèves ont rencontré les équipes pédagogiques afin que leurs enfants puissent tous se retrouver dans les mêmes collèges de proximité. Le Collectif apprendre ensemble estime l’expérience réussie : « nous le constatons tous les soirs en parlant avec nos enfants de ce qu’ils ont appris et vécu au cours de leur journée, une école reflétant la diversité de la France est essentielle à leur bienêtre et à leur réussite, et dessine la société future dans laquelle ils vivront ». A Cambridge (Massachusetts), ce sont les pouvoirs publics qui affectent les élèves de telle sorte que le taux d’élèves défavorisés de chaque école soit équivalent. La revue Etudes publie un N° spécial Education, et notamment un entretien avec Sylvie Goulard, ancienne députée européenne, qui insiste sur l’éducation comme enjeu central pour la construction européenne et, malgré le succès des programmes d’échange comme Erasmus, les lacunes dans les politiques pédagogiques « qui ne préparent pas les enfants à devenir des citoyens européens actifs, en particulier dans l’apprentissage des langues et de la diversité culturelle. « Les identités nationales ont été confortées à la fin du XIXe siècle lors de la généralisation de l’école gratuite et obligatoire », rappelle-t-elle. Il faudrait aussi élargir « le champ des échanges de jeunes à des parcours professionnels ». Et d’évoquer des initiatives intéressantes pour ouvrir l’école sur la société : « Dans certains pays nordiques, les enfants font le ménage de leur école pour apprendre à respecter le travail de service. En Allemagne, ce sont les étudiants qui gèrent la bibliothèque universitaire en soirée afin qu’elle reste ouverte plus tard… » La revue Vacarme s’intéresse elle aussi à l’école dans sa dernière livraison, avec notamment un entretien avec Victor Lalo, prof d’arabe, qui s’emploie à décloisonner la langue de sa charge identitaire. Sans oublier pour autant que dans les quartiers populaires où sont nombreux les enfants issus de l’immigration maghrébine, cet enseignement permet « de valoriser la culture familiale ». Et également de relativiser le lien fort de cette langue avec l’islam et le Coran, en leur montrant « qu’il existe aussi une littérature profane (quitte à provoquer un peu), érotique, portée sur le vin… et qui n’a rien d’islamique. »

Par Jacques Munier

Chroniques

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