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Delphine Horvilleur, 03/09/2009

Le sens de la religion

3 min
À retrouver dans l'émission

Comme en miroir inversé des débats tendus au procès d’Abdelkader Merah, une femme rabbin et un islamologue dialoguent dans un livre qui paraît aujourd’hui.

Delphine Horvilleur, 03/09/2009
Delphine Horvilleur, 03/09/2009 Crédits : Remi Ochlik - Maxppp

En raison d'un mouvement de grève ce 19 octobre, cette émission n'est pas disponible à la réécoute.

Delphine Horvilleur et Rachid Benzine publient au Seuil Des mille et une façons d’être juif ou musulman, et ils poursuivent leur dialogue dans les pages Débats de L’Obs. Ils mettent notamment en exergue l’importance de l’interprétation qui redonne la vie à des textes inscrits dans une histoire par nature fluctuante et non figée. « Une légende rabbinique très ancienne raconte que quand on se promène la nuit dans une bibliothèque, si on tend l’oreille on entendra les livres nous supplier « interprète-moi, interprète-moi » rapporte Delphine Horvilleur, qui trouve que ces livres « appellent d’une façon un peu désespérée ces derniers temps ». « Un des grands problèmes – déplore Rachid Benzine – c’est que de nombreux musulmans, les jeunes notamment, méconnaissent la chronologie. » L’auteur des Nouveaux penseurs de l’Islam estime qu’il faut « déconstruire les imaginaires, en montrant par exemple comment la question actuelle du martyre, qui emprunte plus aux kamikazes de l’Armée rouge japonaise des années 1970 qu’à la tradition sunnite, a été progressivement justifiée théologiquement. Aux jeunes tourmentés par l’idée de la mort, il importe de rappeler que, dans la société tribale du VIIe siècle à laquelle le Coran se réfère, on est au contraire dans une logique de survie pour ne pas affaiblir son clan. » L’islamologue souligne « que les religions sont des organismes vivants et que selon les moments, certaines tendances l’emportent sur d’autres. Ces quarante dernières années, le wahhabisme saoudien a fini par s’imposer comme orthodoxie en faisant une OPA sur les origines de l’islam. Pourtant, le salafisme wahhabite ne date que du XXVIIIe siècle. » Mais il reconnaît la difficulté de « ce travail de déconstruction » par la mise en perspective historique « quand le roman de l’islam – celui qui se propage à travers l’apologétique – est considéré comme de l’histoire. Le simple fait d’expliquer que la tradition prophétique est née deux siècles après la mort du Prophète (632) passe pour du blasphème chez certains ! » Et Delphine Horvilleur d’enchaîner : « Le paradoxe des fondamentalismes, c’est que le mouvement qui se réclame être le plus originel est souvent l’invention la plus récente. Beaucoup, aujourd’hui, considèrent les loubavitch comme un mouvement normatif d’une certaine orthodoxie juive, alors qu’il s’est développé relativement récemment. A contrario, le sage Maïmonide est désormais considéré comme une autorité incontestée dans le monde orthodoxe alors qu’au XXIIe siècle il était largement perçu comme un hérétique. » Autre difficulté signalée, l’émancipation des femmes en religion, une « révolution d’autant plus compliquée à opérer que, dans la plupart des sociétés musulmanes contemporaines, le dernier bastion qu’il reste aux religieux, c’est justement le droit familial ». Quant à la question de l’observance en matière d’alimentation, Rachid Benzine parle d’une « cacheroutisation de l’islam, avec le développement phénoménal du halal, qui est le produit de la rencontre du marché capitaliste mondial avec des formes fondamentalistes de la religion – ce qu’a très bien montré Florence Bergeaud-Blackler (Le Marché halal ou l’invention d’une tradition, Seuil) ». Delphine Horvilleur cite Léon Askhenazi, un intellectuel juif du XXe siècle : « Prends garde à ce que la cacherout ne te cache pas la route. » Quand le rite devient la seule obsession, une fin en soi et non un chemin, on risque alors d’appauvrir considérablement son voyage spirituel. »

Pour faire bonne mesure, on va aussi parler du christianisme, avec le témoignage de l’écrivain Alexis Jenni : « J’ai tout appris dans les livres, même Dieu. »

Un beau récit, publié dans la revue Études, qui insiste lui aussi sur la dimension personnelle de la lecture et de l’interprétation car – dit-il – « par les livres, par une sensibilité extrême à la parole, j’ai appris à considérer la parole comme la voix d’accès à l’intime, à ce lieu de moi-même si profond qu’il ne me ressemble pas, et où Dieu vient loger, comme l’écrit saint Augustin. » L’écrivain évoque la révélation qu’a été pour lui la lecture de l’Evangile de Jean qui lui a permis, par-delà l’effet de routine produit par les synoptiques et les épisodes de la vie du Christ, toujours déjà connus tant ils ont irrigué notre culture, de « dépasser la croûte d’habitudes qui dissimule la vivacité et la puissance de la parole évangélique ». Et à propos des mystiques : ils « sont poètes, toujours fulgurants, ils usent du paradoxe et de la poésie car ce qu’ils essaient de dire, on ne peut pas le dire ». L’un d’entre eux, Maître Eckhart, a particulièrement frappé Alexis Jenni, notamment le sermon dont le titre lui apparut « d’une violente évidence » : L’amour nous fait devenir ce que nous aimons. « Ekhart pratique l’art du récit » résume l’écrivain, « il développe un petit point concret du récit évangélique (…) qui est aussi un fourmillement d’anecdotes » et « utilise la trame narrative comme un filet qu’il plonge dans les profondeurs des Écritures, qui lui permet d’en attraper un sens profond. Je dis un sens, pas le sens car le sens de ce livre est infini ».

Par Jacques Munier

Rachid Benzine, 05/02/2005
Rachid Benzine, 05/02/2005 Crédits : Boyan Topaloff - AFP
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