LE DIRECT
Corail-cerveau

Émotions et travail éducatif

5 min
À retrouver dans l'émission

Après l’annonce de la création d'un conseil scientifique de l'Éducation nationale dont la direction a été confiée au neuroscientifique Stanislas Dehaene, le débat rebondit.

Corail-cerveau
Corail-cerveau Crédits : F. Launette - Maxppp

Le Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale et spécialiste de l’imagerie cérébrale, a notamment publié sur La Bosse des maths et sur Les Neurones de la lecture deux livres parus chez Odile Jacob. Jean-Michel Blanquer s’était déjà référé à ses travaux dans la perspective d’une modification des méthodes d'enseignement et des programmes dans les classes de CP et de CE1. Car la plasticité du cerveau est alors particulièrement forte, elle qui a pu, sur le temps long de l’évolution, recycler pour la reconnaissance des lettres et le décodage des mots les réseaux neuronaux servant à détecter les formes et les contours des objets présents dans l’environnement. L’invention de l’écriture est en effet beaucoup plus récente que la pratique du langage, qui a permis au cerveau de développer en plusieurs centaines de milliers d’années les mécanismes spécifiques permettant la communication. Dans les pages Débats & controverses de L’Humanité, Lydia Kerkerian-Le Goff confirme tout ce que les avancées de la recherche en neurosciences ont révélé sur le fonctionnement de notre cerveau et son extraordinaire capacité d’adaptation : « Elles permettent ainsi d’envisager des modes éducatifs, sanitaires et sociaux pour de meilleures performances cérébrales. » Mais la présidente de la société des neurosciences estime que « ces connaissances ne conduisent pas à des solutions prêtes à l’emploi » et que « comprendre les mécanismes cérébraux qui sous-tendent les apprentissages et leurs troubles » doit associer les disciplines « de la pédagogie, la psychologie, la sociologie, la linguistique… » Dominique-Jacques Roth déplore que la psychanalyse soit largement exclue du champ interdisciplinaire dont les sciences cognitives se réclament. « On sait que le discours de la science rêve de réduire le fait psychique à une sécrétion neuronale » ou que le désir est rapporté « à un fonctionnement hormonal alors que la sexualité humaine est avant tout subordonnée à un réel pris dans de multiples déterminants, langagiers, fantasmatiques et culturels. » Selon le psychanalyste et psychologue clinicien, ce qui est ainsi évacué au nom d’une objectivité scientifique, c’est tout simplement la subjectivité. Et « l’inconscient n’est ni un lieu ni une substance » repérable par l’imagerie cérébrale. Ce débat-là n’est pas nouveau. Le mensuel Books lui consacre un dossier autour de la personne et des théories de Freud. Le neurologue Lionel Naccache estime quant à lui que le fondateur de la psychanalyse a anticipé les découvertes des neurosciences, notamment par « cette intuition de l’existence de traitements sémantiques inconscients » que les données expérimentales sont venues confirmer. De même Freud voyait juste quand il écrivait que « Tout acte psychique commence en tant qu’acte inconscient. » Aujourd’hui les neurosciences ont révélé que notre cerveau encode ce que nous allons faire avant même que nous l’ayons décidé, et mémorise des informations dont nous n’avons pas conscience.

Mais d’autres éléments de la théorie freudienne sont mis à mal par les neurosciences

C’est par exemple l’instance inconsciente de la censure, responsable du processus de refoulement, car il semble établi que « Les mécanismes de contrôle cognitif sont l’apanage exclusif du fonctionnement conscient. » Rien qui confirme non plus que l’inconscient soit essentiellement habité par des pulsions sexuelles. Mais à l’inverse, les neuroscientifiques constatent le rôle éminent des émotions dans nos calculs rationnels. Dans les pages Débats de L’Obs, Antonio Damasio évoque les organismes unicellulaires à l’origine de la vie sur notre planète, il y a plus de trois milliards d’années, et leur réaction face à l’environnement. « Dans un environnement riche en substances nutritives, les bactéries peuvent se permettre de mener des existences relativement solitaires, mais si les ressources font défaut, ou face à une agression, elles s’agglutinent pour constituer des groupes, y compris avec des bactéries dotées d’un autre génome, dont elles ne sont donc pas parentes. » Selon lui, nous réagissons de la même manière « lorsque nous sommes saisis par la peur ou bien par une douleur intense ». Mais si l’émotion « est un mouvement, une action chimique, les sentiments, qui sont les expériences mentales découlant des émotions, nécessitent l’existence d’un système nerveux. » Les Cahiers dynamiques, revue professionnelle de la Protection judiciaire de la jeunesse, consacre dans sa dernière livraison un dossier aux émotions dans le cadre du travail éducatif. Son intérêt est notamment de les étudier sous les angles conjugués des jeunes et des professionnels. Tout est question d’équilibre, de manière à trouver la bonne distance entre l’empathie et la confusion des sentiments. Si les émotions peuvent jouer un rôle positif dans la transmission, de part et d’autre de la chaîne éducative, il faut pouvoir les contrôler, voire acquérir une véritable compétence émotionnelle qui puisse répondre à celle que les jeunes acquièrent et mobilisent dès le premier âge. Une belle illustration de « la dimension rationnelle de l’émotion ».

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Espagne . Quels scénarios prévisibles pour le pays et pour l’Union européenne après le vote de demain en Catalogne ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......