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Michel Foucault dans les studios d'Europe 1

Il y a 40 ans: "Surveiller et punir"

8 min
À retrouver dans l'émission

Un colloque international débute aujourd’hui à la Cour de cassation autour du livre de Michel Foucault : Surveiller et punir, paru il y a quarante ans

Michel Foucault dans les studios d'Europe 1
Michel Foucault dans les studios d'Europe 1 Crédits : Alexis Duclos - Sipa

Le livre est resté un ouvrage de référence. Juste après sa parution il était même cité dans les bibliographies officielles de préparation aux concours de l'Administration pénitentiaire. Dans les écoles d'éducateurs et dans certains stages de cadres directeurs des prisons, on faisait des exposés sur Bentham et sur le panoptique à partir notamment de Surveiller et punir. Les pages Débats&controverses de L’Humanité se sont posé en avant-première la question de l’actualité des thèses du philosophe, avec les contributions de participants au colloque. Isabelle Fouchard, du CNRS, et Anne Simon, maître de conférences en droit pénal à Paris, observent que « la société de surveillance et de contrôle annoncée par Michel Foucault semble plus que jamais prendre corps. La pénalité apparaît dorénavant traversée par une volonté forte de prévenir, voire de prédire des comportements en infraction ». Les nouvelles prisons ont été conçues pour optimiser la surveillance par toute sorte de moyens techniques, et apporter des éléments d’observation à l’enquête judiciaire, comme en témoigne la création prévue d’un « service de renseignement pénitentiaire ». Mais, relèvent-elles aussi, « le droit est de plus en plus présent en prison. Les recours contentieux se sont développés de manière exponentielle sous l’impulsion décisive de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». Et surtout les organes de contrôle exercent une veille constante, « au premier rang desquels le contrôleur général des lieux de privation de liberté ». Jean-Marie Delarue qui l’a été jusqu’en 2014 publie d’ailleurs ce 1er juin prochain un ouvrage collectif sur l’avenir des prisons (*) où il rappelle qu’au moment de la parution de Surveiller et punir 26 000 personnes étaient incarcérées en France et près de 70 000 aujourd’hui. « La prison a-t-elle, entretemps, fait la preuve de son efficacité ? Les témoignages, les enquêtes sociologiques, les rapports officiels et les statistiques sur la récidive montrent plutôt l’inverse. » Jean-Marie Delarue intervient samedi à Paris 1 dans ce colloque pour évoquer « l’industrialisation de la captivité ». Judith Revel, également présente, analyse « l’anatomie politique » en quoi consiste l’ensemble des opérations qui permettent « ce nouvel investissement des corps » partout où il importe de le rendre « d’autant plus obéissant qu’il est utile, et inversement » : la caserne, le couvent, l’école, l’hôpital, la prison. « Naissance de la prison, naissance de l’usine, il ne s’agit pas là de confondre les deux espaces, ni de faire de la première l’archétype de la seconde – écrit-elle - mais de comprendre que, des cellules aux emplacements fonctionnels, de la distribution des détenus dans les bras (ailes de la prison) à celle des ouvriers sur la ligne, c’est un même travail qui s’accomplit. » Il ne faut pas réduire cependant cette transformation au modèle du panoptique, ni à son fantasme d’une « visibilité totale », et « la naissance de la prison à un problème d’architecture ». Mais y voir – précise-t-elle « le basculement général d’un régime qui affecte le temps autant que l’espace, et tous les corps – dès lors que leur utilité productive est entrevue. À la réorganisation des manufactures et aux règlements d’usines, Foucault consacre des pages formidables : comment les disciplines ont littéralement construit la figure de l’individu productif à travers une série d’opérations se fondant à la fois sur l’isolement de chaque corps mis au travail et sur sa paradoxale mise en série. »

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Par Jacques Munier

* Jean Bérard, Jean-Marie Delarue : Prisons, quel avenir ? PUF

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