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Jean-Luc Nancy

Que reste-t-il de la lutte des classes?

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Dans le contexte de la mondialisation, la lutte des classes a-t-elle encore un sens ?

Jean-Luc Nancy
Jean-Luc Nancy Crédits : Ulf Andersen - AFP

C’est la question posée dans les pages débats de L’Humanité. Pour Jean-Luc Nancy, non seulement elle « n’a rien perdu de son actualité » mais elle « s’impose de manière plus évidente que jamais ». Car, souligne le philosophe, « Les classes sont le produit social de la production devenue la raison d’être d’un monde qui se conçoit comme la croissance indéfinie de sa propre capacité de croissance. » Dans ce processus, « ce qui croît avec la croissance productrice (fût-elle purement financière), c’est l’écart entre les places dévolues aux populations et aux personnes ». Des écarts et des inégalités qui s’aggravent avec, à l’échelle du monde, « d’énormes rivalités de production et d’accumulation qui déplacent les pôles de la puissance », en causant souffrances et même famines. C’est dans ces écarts qui se creusent que résident « les ferments d’une lutte qui reste celle des classes, même si ce n’est plus seulement selon le schème de la propriété des moyens de production » mais – affirme Jean-Luc Nancy – selon une autre configuration : « celle de la propriété des fins », des finalités et objectifs. Il faut pour cela « renouveler de fond en comble la pensée de ce qui peut être propre aux fins. La pensée, donc, de ce qui peut être propre à l’inappropriable. Ce n’est plus une lutte finale, c’est une lutte pour trouver d’autres fins. » La diversification des mouvements sociaux, qui dépassent les rapports de classe, pourrait bien en constituer l’indice le plus visible. Et au point de vue global, la lutte contre le changement climatique est un vecteur de réduction des inégalités entre grandes puissances et pays émergents. À la veille du One Planet Summit qui se tiendra demain à Paris, Joël Cossardeaux fait le bilan dans Les Echos de la COP 23 qui vient de se tenir à Bonn, en démentant le sentiment d’échec qui a prévalu à sa conclusion et qui était largement dû au désengagement de Washington de l’Accord de Paris. Outre que ses objectifs n’ont pas été remis en cause, l’harmonisation des engagements de réduction des gaz à effet de serre permet de réduire « le clivage entre les pays du Nord qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement, et les pays du Sud, qui en font les frais et revendiquent un droit légitime au développement ». C’est ainsi que l’échéance des objectifs varie entre ces pays. « L’enjeu est de réussir à les placer tous sur une même ligne d’arrivée sans que cela n’entraîne un relâchement chez certains ou, au contraire, une contrainte insupportable pour les nations en développement. » Par ailleurs, la conférence de Bonn a fait émerger de nouveaux acteurs « non étatiques à la pointe du combat climatique ». C’est le cas notamment de « la coalition des villes, des entreprises et des universités adhérentes à l’America’s Pledge », qui « pèse plus de la moitié du PIB des Etats-Unis » et qui a compensé le retrait décidé par Donald Trump.

La question à l’ordre du jour du sommet qui se tient à Paris demain est celle du financement 

Dans la page Débats de La Croix, Gaël Giraud résume les enjeux : « Le but est d’arriver à des engagements forts en matière de financement, domaine où l’on est particulièrement en retard. Le coût des infrastructures qui permettront de limiter la hausse de la température mondiale à 2 °C à la fin du siècle est situé entre 43 000 milliards d’euros et 77 000 milliards pour les quinze prochaines années. C’est l’ordre de grandeur du PIB mondial annuel. » Pour l’économiste de l’Agence française de développement, « la finance est une partie du problème, mais aussi de la solution ». Même si les investissements verts sont moins rentables que les investissements financiers, c’est l’occasion de « réorienter vers l’économie réelle verte les milliers de milliards créés ces dernières années par les banques centrales via les politiques d’assouplissement monétaire. Cet argent a été capté par les marchés financiers où il alimente une bulle spéculative ». Des annonces devraient être faite demain pour réorienter le crédit bancaire des fonds associés aux crédits « bruns » (finançant les énergies fossiles) vers les crédits « verts » par un système de bonus-malus.

L’économiste Joseph Stiglitz s’en prend aux monopoles qui, selon lui, étouffent l’innovation et découragent l’investissement

Et sont, selon lui, au cœur des dysfonctionnements de l’économie américaine. Il s’en explique dans les pages Débats deL’Obs. Alors que les taux d’intérêt sont au plus bas, l’investissement est très faible, du fait « que lorsqu’on est un monopole, qui a un rendement moyen élevé, le rendement marginal que procure un nouvel investissement est faible ». En ligne de mire, le pouvoir des « Big Five », les cinq grandes entreprises technologiques que sont Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Les dispositions fiscales décidées par Trump aggravent la situation et c’est pourquoi Joseph Stiglitz en appelle à l’Europe, pour mettre un terme aux montages qui permettent aux dénommées GAFAM de détourner l’argent des impôts sans l’investir dans l’économie réelle.

Par Jacques Munier

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