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Au premier anniversaire des attentats de Paris

13 novembre 2015, in memoriam

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment ne pas évoquer les victimes des attentats de Paris, le 13 novembre 2015, il y a exactement deux ans ?

Au premier anniversaire des attentats de Paris
Au premier anniversaire des attentats de Paris Crédits : D. Meyer, H. Lucas - AFP

Et parmi les rescapés, nombreux sont ceux qui, encore aujourd’hui, « sont en grande souffrance ». Dans le cadre d’une étude baptisée « Remember », 120 personnes sont suivies par le neuropsychologue Francis Eustache. Il précise dans _Libération.fr_les conditions de cette enquête biomédicale inédite sur le syndrome de stress post-traumatique. « Les troubles de ce type – explique-t-il – se manifestent par l’intrusion d’images, d’odeurs aussi qui proviennent en partie de la scène traumatique. » Ce ne sont pas des souvenirs, des réminiscences de ce qui s’est passé. « Ce sont des flashs qui envahissent le cerveau, qui s’imposent comme si l’événement traumatique revenait à nouveau. » Ces « blessés psychiques sont submergés par des images qui les terrorisent. Ils organisent leur vie en fonction de ces flashs, mettent en place des stratégies d’évitement. » L’objectif de l’étude « est d’identifier l’impact cérébral, cognitif et psycho-pathologique du traumatisme et de son évolution sur cinq ans ». L’un de ses effets les plus tangibles à ce stade de l’enquête, c’est que « certains ont eu l’impression d’avoir changé de statut. Ils sont arrivés comme victimes, ils sont repartis comme acteurs. »

 Charlie Hebdo publie un reportage à Molenbeek, d’où sont venus la plupart des terroristes du 13 novembre. La bourgmestre Françoise Schepmans affirme que « L’ancien maire était dans le déni. Il voyait Molenbeek comme un laboratoire socio-culturel du vivre-ensemble », qu’elle lui conseillait « de sécuriser, sinon ça vous explose à la figure ». Depuis, de nombreuses mosquées qui diffusaient la propagande djihadiste ont été fermées, un vaste plan de sécurité urbaine mis en œuvre. Pour autant, d’après les journalistes Jean-Pierre Martin et Christophe Lamfalussy, auteurs du livre Molenbeek-sur-djihad (Grasset), « Après des années de naïveté, il y a eu une prise de conscience avec les attentats. Mais aujourd’hui il y a le retour du déni. Et en ne parlant que de Molenbeek, on risque de louper d’autres phénomènes inquiétants, comme à Verviers, Anderlecht ou Charleroi. » Dans Le Figaro, Laurent Nunez, le patron de la DGSI estime que la volonté de Daech de nous attaquer reste intacte, car « la propagande de l'État islamique fait toujours de la France un objectif majeur ». Le chef de file de la lutte antiterroriste en France insiste sur la coordination des différents services de renseignement, où « chacun a accès à ses bases de données et les informations sont croisées en temps réel », ainsi qu’au sein de l’Union européenne, où les renseignements sont désormais échangés en permanence, de même qu’avec certains partenaires étrangers, notamment au Maghreb. Mais, encore une fois, malgré le délitement de Daech sur le terrain irako-syrien et le fait que « nombre de ses combattants ont été tués sur zone, parmi lesquels figurent 281 Français répertoriés comme présumés morts » il resterait dans les décombres du califat 686 hommes et femmes de nationalité française ainsi que 500 enfants. Et la menace vient aussi de tous ceux qui n’ont pas pu partir mais qui ont fait de notre pays leur terre de djihad.

Malgré le silence obstiné de Salah Abdeslam, détenu à Fleury-Merogis depuis 18 mois, on commence à retracer le parcours des terroristes du 13 novembre

Le Monde publie une grande enquête sur l’Algérien « Hamza le sniper », arrivé en Allemagne avec les réfugiés. Après plusieurs petits délits – vol à l’étalage ou escroquerie – « au printemps 2016, les services allemands de renseignement transmettent à la justice une information détonante : le petit voleur détenu à Heinsberg (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) est en réalité un personnage clé de la vague d’attentats qui a frappé l’Europe en 2015 ». Bilal Chatra, aujourd’hui détenu à Fresnes, « était l’éclaireur des kamikazes, le poisson pilote de l’organisation Etat islamique », résume Soren Seelow. C’est lui qui « a fait entrer en Europe deux terroristes de la cellule de Verviers, tués par la police belge le 15 janvier 2015 », qui a également « guidé sur la route des Balkans l’auteur de l’attaque d’un train Thalys », et « encore lui qui a permis à Abaaoud de rentrer à Bruxelles pour orchestrer les attentats du 13 novembre 2015 ». Célébrer la mémoire des victimes aujourd’hui, les blessés ou les traumatisés, ne doit pas nous faire oublier toutes celles qui en Syrie ou en Irak, sur les territoires perdus de l’autoproclamé califat, ont eu à subir la barbarie de Daech. Dans les pages idées de Libération, le journaliste syrien Yassin Swehat rappelle que « l’image de la capitale du califat avec ses hommes masqués et armés, leurs exactions et exécutions, a écrasé celle de Raqqa comme ville », dont les habitants n’ont jamais été reconnus « comme des victimes du terrorisme au même titre que ceux qui sont tombés dans les attentats commis par Daech dans plusieurs villes européennes ». Des victimes ignorées, tout comme le combat mené par certains contre le groupe terroriste, et disparus sans qu’on ait pu les identifier. « Les Raqqaouis ont ainsi été successivement les victimes de la capitale du califat, puis de la guerre pour l’anéantir et dernièrement de la couverture médiatique de la bataille. »

Par Jacques Munier

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