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E. Macron à l'Elysée, 15/10/2017

Le style de l'entretien élyséen

5 min
À retrouver dans l'émission

En politique comme dans l’histoire, derrière les ruptures apparentes, il y a souvent des continuités qui s’ignorent…

E. Macron à l'Elysée, 15/10/2017
E. Macron à l'Elysée, 15/10/2017 Crédits : P. Wojazer - AFP

C’est ce que constatait déjà Tocqueville dans L’Ancien régime et la Révolution, événement « disruptif » s’il en est… En l’occurrence c’était la continuité du processus engagé depuis des siècles et dont l’achèvement était la centralisation de l’État. Hier soir, par sa prestation présidentielle très Ve République, ce rendez-vous élyséen avec les Français, Emmanuel Macron renoue avec la symbolique qu’il avait déjà exploitée au soir de son élection au palais du Louvre. C’est pourtant sur des enjeux différents qu’il avait mené campagne. Ni droite, ni gauche et donc au centre : comme le rappelle Dominique Rousseau dans les pages idées de Libération, notre constitution de 1958 s’est élevée contre le régime des partis qui, sous la IVe République, favorisait la conjonction des centres en maintenant à l’écart du pouvoir à gauche les communistes et à droite les gaullistes. Le professeur de droit public à l’université Paris-I cite Michel Debré dans son discours du 27 août 1958 : « Parce qu’en France la stabilité gouvernementale ne peut venir de la loi électorale, il faut qu’elle résulte au moins en partie de la réglementation constitutionnelle, et voilà ce qui donne au projet de Constitution son explication décisive et sa justification historique. » Le Royaume-Uni est alors le modèle, là où le paysage politique est structuré autour de deux partis, l’un gouvernant, l’autre s’opposant. « C’est pourquoi, De Gaulle va d’abord imposer le scrutin majoritaire à deux tours, lequel force les partis à se regrouper en deux coalitions opposées pour espérer l’emporter au second tour; c’est pourquoi aussi, il va imposer l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel qui ne laisse au second tour que deux candidats en lice et donc favorise la bipolarisation. » C’est ainsi que « l’histoire politique de la Ve République est celle d’une mise hors-jeu progressive des centres ». Et pourtant, observe le juriste, par un curieux effet pervers de ces dispositions constitutionnelles, si « la bipolarisation a réduit l’espace disponible pour un parti du centre, elle a obligé chacun des deux pôles à prendre en charge, ensemble ou alternativement, la politique du centre ». Ce qui l’amène à souligner qu’Emmanuel Macron ne vient pas de « nulle part » comme on le dit trop souvent. « Le centriste Lecanuet fait 16% à la première élection présidentielle au suffrage universel direct de 1965, Poher 23% à celle de 1969, Barre 17% en 1988, Balladur 18% en 1995 et Bayrou 18% en 2007. Il y a donc toujours eu un électorat réfractaire à la division droite–gauche et des hommes politiques qui ont continué à porter la possibilité d’un gouvernement des centres. » Selon lui, Emmanuel Macron appartient à cette histoire. « Mais lui a réussi là où ces hommes ont échoué; il a cassé la bipolarisation droite–gauche et a imposé un gouvernement des centres. » Maintenant il lui incombe de faire ce que Giscard, pour rassembler « deux Français sur trois », n’a pas pu mettre en œuvre. S’il « veut construire une République des centres, il doit retenir cette leçon et faire voter très vite le scrutin proportionnel qui libère les regroupements artificiels à droite comme à gauche, permet à chaque groupe d’être représenté conformément à son influence électorale et de construire une majorité sur des concordances politiques. Michel Debré a donc toujours raison – conclut Dominique Rousseau. La véritable constitution d’une république est sa loi électorale; celle de la République des centres est la représentation proportionnelle. »

L’analyse approfondie de l’électorat d’Emmanuel Macron confirme elle aussi la continuité plutôt que la rupture

C’est l’exercice auquel se livre Hervé Le Bras dans la dernière livraison de la revue Les Temps Modernes. Il étudie notamment l’évolution sur le temps long du vote catholique, déjà ciblé par Mitterrand avec sa fameuse affiche de « La force tranquille » et cette image de village avec son église. Même si la perte d’audience du Parti communiste a été l’autre élément déterminant, la baisse tendancielle de la pratique religieuse des Français doit être selon le démographe considérée ensemble comme des phénomènes convergents « car ils signifiaient l’affaiblissement de l’opposition majeure qui avait structuré le comportement électoral des Français depuis 1945 ». En indiquant qu’il voterait pour François Hollande et non pour Sarkozy au deuxième tour de l’élection de 2012, François Bayrou « a symbolisé cette évolution de l’ancienne mouvance catholique vers la gauche modérée », une évolution qui a également eu pour conséquence de « renforcer le courant social-démocrate au sein du Parti socialiste ». Chiffres à l’appui, il n’y a pas eu de vote préférentiel des catholiques pour Fillon, malgré la « fable » accréditée par le soutien du mouvement Sens commun. Conclusion : « En déclarant qu’il était de gauche et de droite, Macron a dit la vérité sur son électorat qui est à la fois celui du centre droit, emporté dans son mouvement de long terme vers le centre, et celui de la gauche modérée dans laquelle on peut classer la fraction social-démocrate du PS. Il n’y a donc pas eu « révolution », malgré le titre du livre du futur Président, mais reconfiguration ».

Par Jacques Munier

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