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Après le démantèlement du camp de Stalingrad, Paris

« J’habiterai mon nom »

5 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd’hui, France Culture joint sa voix et ses programmes à la Journée internationale des migrants.

Après le démantèlement du camp de Stalingrad, Paris
Après le démantèlement du camp de Stalingrad, Paris Crédits : A. Gyori - Getty

Instituée en l’an 2000, cette Journée vient rappeler l'adoption de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Aujourd’hui, 150 manifestations donneront le coup d'envoi officiel des Etats généraux de la migration, avec le secteur associatif qui pallie quotidiennement les insuffisances de l'Etat en matière d'hébergement et de nourriture, pour rappeler qu'il existe une France solidaire qui agit au nom des droits de l'homme et du respect de la dignité. Dans Le Monde, des maires de grandes villes, dont Martine Aubry, Alain Juppé ou Roland Ries signent une tribune collective où ils « s'alarment de la pénurie de moyens mis à disposition par l'Etat pour accueillir les migrants ». Car les villes sont en première ligne : « Intégrer celles et ceux reconnus réfugiés et venir en aide aux déboutés du droit d'asile qui malgré tout restent sur notre territoire est un enjeu majeur » rappellent les signataires, qui évoquent « la mise en place d'un réseau solidaire entre les villes de France et qui, en lien avec les réseaux existants, se consacre à cette question ». C’est que le chef de l’état lui-même, qui vantait pourtant durant la campagne l’accueil des réfugiés en citant l’Allemagne comme modèle, a adopté à cet égard une « ligne dure », celle de la « dissuasion migratoire ». Maryline Baumard en décrit les effets : « A Calais, alors que la ville grelotte, les couvertures des 700 exilés sont jetées au gré des opérations policières, les abris détruits. A Paris, les petites toiles de tente des plus chanceux des 800 migrants vivant dans les rues ont été lacérées cette semaine. Dans ces deux départements, la consigne donnée aux forces de l'ordre d'éviter la reconstitution de campements efface toute autre considération. » Le ministère de l’intérieur va même jusqu’à « prendre la main sur l'hébergement d'urgence qu'il sait être une réserve de sans-papiers. Une circulaire, en date du 12 décembre, instaure la création de " brigades mobiles " envoyées pour contrôler les personnes hébergées dans les hôtels sociaux ». La journaliste du Monde le souligne : « Jamais un gouvernement n'était allé aussi loin. » Dans les pages idées de Libération, la romancière rwandaise Scholastique Mukasonga fait le récit de sa rencontre avec les migrants à Ouistreham. « Sous les capuches, on devine des visages noirs, jeunes, très jeunes, et ils marchent par deux, par trois, jamais plus, ils marchent, ils marchent… Ils regardent au loin, bien au-delà de l’horizon borné de la Manche… Et je me suis vue moi-même comme il y a quarante ans, marchant, marchant sans savoir où aller dans cette ville inconnue qu’était alors pour moi Bujumbura, la capitale du Burundi. » L’hiver est là, il souffle un vent glacial. Une dame âgée qui passe régulièrement voir les migrants s’insurge : « Pourquoi la municipalité n’ouvre-t-elle pas un de ses gymnases ? » Les habitants de Ouistreham, observe l’écrivaine, « du moins certains, ont plus de cœur que leur maire », qui ne veut pas que sa ville « devienne un nouveau Calais ».

« J’ai reconnu dans ces jeunes, qu’ils soient chassés de chez eux par la guerre, la misère, la famine, une énergie inébranlable qu’on appelle l’espérance », nous dit aussi Scholastique Mukasonga

En dépit de tout et notamment la brutalité du démantèlement du camp de la « jungle », dont témoigne Émilie Grillet, de Médecins Sans Frontières, dans la dernière livraison de la revue transculturelle L’autre. « Un hangar, plusieurs files d’attente, deux propositions de ville en France, un choix, un bus et adieu Calais. » La psychologue clinicienne s’inquiète pour ses patients les plus fragiles et vulnérables, elle a organisé un suivi sans connaître leur destination. Et elle raconte ce lieu de consultation qui s’était improvisé dans la Jungle, où leur existence était reconnue. L’effet en retour aussi de leur récit de vie, consigné dans leur dossier, où ils se reconnaissaient avec émotion à travers la traduction. Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, estime dans La Croix que « Plus qu’une crise des migrants, l’Europe traverse une crise d’identité et de ses politiques d’intégration. » Car selon lui, « le nombre des gens qui migrent reste très faible » et « les migrations seront de plus en plus Sud-Sud. Chacun sait que la solution serait d’ouvrir les canaux de migration légale et sécurisée et de combattre la xénophobie et l’intolérance. » L’Humanité décrypte le projet de loi « immigration et asile », une série de mesures jugées inquiétantes par les associations, comme la « déconstruction du droit d’asile », « l’enfermement et l’éloignement généralisés », le contrôle des centres d’hébergement d’urgence : « Des  circulaires  préfectorales demandant aux associations gestionnaires de collaborer ont déjà été émises », alerte Claire Rodier, du Gisti. Dans le beau recueil intitulé Exil, Saint-John Perse, rend hommage à la figure du migrant, avec cette réponse aux incessantes mises en demeure et vérifications auxquelles il est soumis : « J’habiterai mon nom ».

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Du global au local : les conséquences de la politique migratoire européenne en Afrique
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