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Sadiq Khan, maire de Londres

Vive la politique!

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D'après un sondage publié dans La Croix, 60% des Français disent s'intéresser à la politique. Petit tour d'horizon européen, de l'Autriche à Londres et son nouveau maire, en passant par la crise de nos Verts

Sadiq Khan, maire de Londres
Sadiq Khan, maire de Londres Crédits : Peter Nicholls

En Autriche on compte encore les voix pour départager les candidats à l’élection présidentielle et rarement l’expression « chaque voix compte » n’aura eu autant de sens

Le candidat écologiste qui, contre toute attente, est arrivé face à lui au premier tour, avait au départ peu de chances de l’emporter. « Économiste distingué – résume Jacques Le Rider dans Le Monde au vu des débats télévisés qui l’ont opposé à son adversaire – il a confirmé tous les défauts de ses éminentes qualités : son sérieux qualifié de professoral et sa répugnance à la polémique de bas étage l'ont empêché de mettre sérieusement en difficulté l'habile M. Hofer ». Aucune consigne de " vote républicain " en faveur de M. Van der Bellen n'avait été officiellement donnée par les partis de gouvernement, les conservateurs (ÖVP) et les sociaux-démocrates (SPÖ). Ces deux partis sont engagés au niveau régional dans des coalitions avec le FPÖ, qu'ils ont donc largement contribué à " dédiaboliser " et ils avaient perdu toute autorité après l’humiliation subie au premier tour. « En Autriche, le vote FPÖ est entré dans les mœurs – fait observer le germaniste, fin connaisseur de la société autrichienne. Celui qui aujourd'hui voudrait le dénoncer, comme au temps où Thomas Bernhard vitupérait contre l'Autriche mal dénazifiée, prêcherait dans le désert ». Pour le spécialiste de la Mitteleuropa, qui fut un temps directeur de l’Institut français de Vienne, « les grandes coalitions ont asphyxié le débat politique et donné au FPÖ le rôle d'unique parti d'opposition (les Verts autrichiens ayant opté depuis longtemps pour des alliances tantôt avec le SPÖ, tantôt avec l'ÖVP) – les sociaux-démocrates (SPÖ) et les conservateurs (ÖVP) ». Aux yeux des électeurs de Norbert Hofer, ces coalitions « n'ont fait que protéger une oligarchie entretenue par les partis contre le risque de l'alternance et imposer une ligne ni de droite ni de gauche, ni chair ni poisson, fondée sur la recherche du compromis ». Et sur la question des réfugiés l’extrême-droite n’aura qu’à poursuivre la politique très restrictive déjà adoptée par le gouvernement. « Le vivier électoral du SPÖ est à sec – relève Jacques Le Rider : dans ce pays où, depuis 2007, on acquiert le droit de vote à l'âge de 16 ans, 51 % des électeurs de moins de 30 ans ont voté pour Hofer au premier tour. Pire encore pour les sociaux-démocrates : quelque 70 % des ouvriers ont voté de même. » Un président à la droite de la droite peut-être en Autriche aujourd’hui, la leçon est à méditer pour ceux qui en France ne miseraient plus que sur la victoire du Front national au premier tour de la présidentielle pour éliminer leur adversaire.

La leçon symétrique mais bien différente vaut pour les Verts…

Une telle situation en perspective – le candidat des Verts au second tour alors qu’Eva Joly n’avait recueilli en 2012 que 2,31% des suffrages au premier tour – serait de nature à les inciter à dépasser leurs divisions… Vérité au-delà des Alpes, erreur en deçà : dans les pages Débats de La Croix, Daniel Cohn-Bendit dénonce l’inaptitude de son parti à faire des compromis. « En France, l’incapacité des écologistes de s’installer en politique n’a rien à voir avec l’écologie, mais avec les acteurs du mouvement » affirme-t-il. L’écologie est dans notre pays le champ clos de rivalités personnelles. « Il n’y a plus qu’un espoir pour les écologistes : que Nicolas Hulot soit candidat à la présidentielle. Il pourrait donner une nouvelle impulsion en parvenant à stabiliser la parole écologiste. Les électeurs vont déserter si Cécile Duflot se présente à la présidentielle » ajoute l’ancien député européen dans une estocade finale.

Dans Les Échos Dominique Moïsi nous invite à méditer la leçon d’une autre élection : celle de Sadiq Khan a la mairie de Londres

« Au moment où l’Amérique est tentée par Donald Trump, où l’Europe, de Budapest à Vienne sans oublier Varsovie, s’enfonce dans le populisme le plus radical, sinon xénophobe, le vote de confiance des Londoniens semble constituer la meilleure des réponses aux défis du présent. » Le politologue en vient même à estimer qu’il s’agit là d’un revers pour Daech. « L’élection d’un maire musulman, raisonnablement pratiquant, à la tête d’une ville victime du fondamentalisme il y a moins de onze années de cela, et ce au lendemain même des attentats de Paris et de Bruxelles, est une humiliation pour les djihadistes. La démonstration que leur stratégie – consistant à nous pousser dans les voies les plus répressives pour unir ainsi les minorités musulmanes contre leur pays de naissance ou d’accueil – n’est pas irrésistible. » C’est ce que, selon lui, contient la promesse « d’un islam européen » qui « partage pleinement et ouvertement les valeurs et la mémoire de l’Europe ». « Encore faut-il – ajoute le professeur au King’s College – que ces exemples soient reconnus et mis en avant, ce qui est plus facile dans une société britannique moins obsédée de laïcité que ne peut l’être la société française. »

Par Jacques Munier

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