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Saint-Martin

Les météores

5 min
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Difficile de trouver un sujet de conversation plus répandu et consensuel que le temps qu’il fait…

Saint-Martin
Saint-Martin Crédits : John Frumm - AFP

D’autant qu’il a désormais acquis la dignité d’un sujet à la fois scientifique et politique avec le changement climatique. Dans Écumes, le philosophe Peter Sloterdijk évoquait « l’élévation de l’atmosphérique au rang de théorie » ou « la mathématisation du flou ». Et dans le grand entretien qu’il a donné au journal Le Monde, le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, met en avant le caractère « sociétal et culturel » des transformations du modèle agricole et énergétique français. On ne saurait mieux dire, après Roland Barthes, qu’il n’est « rien de plus idéologique que le temps qu’il fait ». La dernière livraison de la revue Communications est consacrée au sujet. Ethnologues, historiens, géographes, climatologues s’emploient à démentir le proverbe selon lequel « Qui parle du temps perd son temps ». Expression d’un fatalisme qui nous vient d’une époque où les prévisions météo n’existaient pas, alors que les paysans ont toujours développé un sens, une connaissance intuitive du temps et, grâce à mille indices, une capacité à prévoir comment il va « tourner ». Mais le proverbe renvoie aussi à ce que chacun peut observer aujourd’hui encore : le temps qu’il fait remplit la banalité de nos conversations quotidiennes, il a même une sorte de « fonction phatique », comme disent les linguistes : établir un contact ou le maintenir. Et le moment partagé du bulletin météo a toutes les apparences d’un « rite fédérateur », car ce « rendez-vous » consensuel » nous met en relation les uns avec les autres en nous informant quotidiennement sur le temps qu’il fait à Dijon, chez une cousine, ou à Marseille où vit un ami proche. Le thème est neutre, et par conséquent consensuel, il fonctionne à la manière d’un « objet transitionnel » et d’un « facteur de cohésion sociale ». Il est aussi particulièrement révélateur de l’évolution des sensibilités. Christophe Granger explore les croyances et les pratiques propitiatoires qui ont longtemps survécu dans nos campagnes, processions et prières pour faire venir la pluie ou le beau temps. L’historien analyse la disparition de ces « gestes socialement institués » comme le fruit d’une évolution qui a ramené le rapport au temps qu’il fait dans l’intimité des sensibilités personnelles. C’est particulièrement vrai pour le phénomène moderne du bronzage, auquel il a par ailleurs consacré un livre : La saison des apparences, publié chez Anamosa. On peut citer ici une nouvelle de D.H. Lawrence intitulée Soleil, qui décrit la volupté des sensations éprouvées par une jeune femme à laquelle son médecin a prescrit des bains de soleil : « dans ce bien-être vague, chaud et lourd, elle sentait ce qu’elle avait de plus profond en elle s’ouvrir et se détendre. Un pouvoir mystérieux, caché dans son être, plus profond que sa conscience et que sa volonté, l’unissait au soleil ». Véronique Antomarchi, quant à elle, étudie les représentations du froid chez les Inuit, à travers les transformations induites par les effets du réchauffement climatique. Chez eux, au contraire, c’est le froid qui est valorisé, la chaleur étant associée à la faiblesse, voire à la maladie. Pour désigner l’âge qu’on a, on ne parle pas du nombre de printemps mais d’hivers.

Je cueillerai, compagne de la mousse, / La responsette à la racine douce, / Et le bouton des nouveaux groseilliers / Qui le Printemps annoncent les premiers…

C’est « pour la rate et pour le mal de flanc », tout comme la pimprenelle est « heureuse pour le sang ». À travers cette évocation poétique des bienfaits de l’alimentation pour la santé, Ronsard souligne aussi l’importance de respecter le rythme des saisons. L’hebdomadaire Le un lui emboîte le pas en s’interrogeant sur les vertus du « bio » et la valeur du label. On peut y lire l’entretien croisé entre un restaurateur 3 étoiles et un gastro-entérologue – Alain Passard et Matthieu Allez – qui insistent, au delà de certaines incohérences de la filière bio, sur la nécessité de vivre et manger au fil des saisons : par exemple la tomate, dont le rôle est de désaltérer en été, peut être produite en janvier au Maroc, à toute vitesse « dans des poches en fibre synthétique », alimentées hors sol au goutte à goutte par des solutions réputées « bio »… « Une saison est un rendez-vous – rappelle Alain Passard, le chef du restaurant parisien L’Arpège qui propose une cuisine axée sur les fruits et légumes provenant de ses potagers. L’asperge en avril, la tomate en été, le panais l’hiver. Tout est écrit. Si la nature a créé des saisons, c’est pour éviter la routine. » Et ça tombe bien : l’hiver approche, « notre organisme a besoin de se réchauffer ». Le panais, un racinaire pour confectionner un savoureux velouté, ou « un céleri-rave pour faire un gratin », la terre hivernale sait pourvoir à nos besoins. La revue Reliefs ouvre le dossier de la planète bleue – bleue comme l’océan et pas comme une orange (P. Eluard : La terre est bleue comme une orange). Une carte du monde centrée sur l’empire de Neptune fait apparaître l’immensité océanique comme une mer intérieure, et la Méditerranée comme un grand lac. Une invitation à en prendre soin, d’autant plus qu’on connaît l’influence de la mer sur le temps qu’il fait.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

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