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Vienne, 1960

Il y a 50 ans, la mort du Che

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Il y a 50 ans, le commandant Che Guevara tombait sous les balles de l’armée bolivienne.

Vienne, 1960
Vienne, 1960 Crédits : Alberto Korda - Maxppp

Dans des circonstances non élucidées à ce jour, le guérillero a été exécuté le 9 octobre 1967, après avoir été capturé la veille à La Higuera, dans une région isolée des contreforts des Andes. C’est d’ailleurs ce jour, le 8 octobre, que les Cubains ont choisi de célébrer chaque année pour lui rendre hommage, comme le rappelle Anthony Berthelier dans le HuffPost, depuis Santa Clara où il a suivi les cérémonies. Car c’est dans cette ville située à 300 km à l'est de la capitale cubaine que le Che remporta en décembre 1958 une victoire décisive contre les troupes du dictateur Batista. En Bolivie, le gouvernement d’Evo Morales a décrété quatre jours d’hommage, ce qui ne plaît guère aux vétérans ayant combattu le révolutionnaire argentin. Lesquels, comme le rapporte Courrier International, « ont décidé d’organiser un hommage à leurs 58 collègues tués au combat » à l’époque. C’est la décision gouvernementale d’inviter « deux anciens guérilleros cubains qui avaient échappé à l’assaut de l’armée bolivienne en 1967 » qui a déclenché cette contre-manifestation. 50 ans après, l’histoire reste à vif dans cette partie du monde. Et même avec la conversion du Commandante en « icône consumériste et mondialisée », dont Andy Warhol avait donné le coup d’envoi, dès 1968 en sérigraphiant ses neuf portraits inspirés de la célèbre photographie d’Alberto Korda, même avec les tee-shirts à son effigie ou les posters des chambres adolescentes, il continue d’incarner ce moment « où enfin le Sud entrait en scène », résume Olivier Compagnon dans Libération. Pour l’historien, la figure du Che reste emblématique de « l’histoire d’une Amérique latine que l’on commençait tout juste à qualifier de tiers-monde au milieu des années 50 et qui demeure le continent le plus inégalitaire de la planète ». Mais aussi « l’histoire du non-alignement et de ses espoirs frustrés lorsque Ernesto Guevara rencontre Nehru à New Delhi en juillet 1959 », celle aussi « de l’Afrique tout juste décolonisée qui aiguise la convoitise de Washington autant que celle de Moscou tout au long des années 60, depuis Alger où le Che prononce en février 1965 son célèbre discours sur le sous-développement et le néocolonialisme »… « Ou encore l’histoire du Vietnam, “cette nation qui représente les aspirations et les espoirs de victoire de tout un monde laissé pour compte” et qui est au cœur du message qu’il adresse à l’organisation de solidarité tricontinentale le 16 avril 1967. Résolument transnationale – conclut Olivier Compagnon – l’histoire d’Ernesto Guevara est d’abord celle de la guerre froide vécue et pensée depuis les Sud et non pas depuis les centres de pouvoir états-unien, soviétique et, dans une moindre mesure, chinois ou européen. En cela, elle constitue aujourd’hui encore un appel salutaire au décentrement du regard sur l’histoire du monde au XXe siècle. »

Régis Debray lui rend hommage à sa manière dans L’Obs

Son camarade de combat dans la sierra bolivienne évoque, au delà des controverses sur l’apôtre inflexible de la lutte armée, un détail révélateur : son goût pour les livres. En particulier la demande qu’il lui fit lorsqu’il quitta « le campement guérillero de Nancahuazù » de lui ramener l’ouvrage de l’historien anglais Edward Gibbon sur le déclin et la chute de l’Empire romain. « Il est clair – souligne Régis Debray – que la question clé de notre monde contemporain est de savoir à quel moment de l’histoire romaine se trouve aujourd’hui l’empire américain. » Sa fille, Laurence Debray, a mené « une enquête à la fois intime et historique » dans un livre paru chez Stock sous le titre Fille de révolutionnaires. Elle s’interroge dans Marianne sur son engagement dans la lutte armée, qu’elle qualifie d’hécatombe, « une forme de violence devenue inacceptable ». Mais rappelle les propos de son père « lors de son procès en Bolivie, le 10 octobre 1967, après l’annonce en pleine audience de la mort du Che : “Entre la violence des militaires et la violence des guérilleros, entre la violence qui réprime et celle qui libère, chacun prend son parti.” Frédéric Faux a tenté de démêler les nombreux témoignages sur l’assassinat du Commandante. Dans son livre, publié à l’Archipel sous le titre Les derniers jours de Che Guevara, il confirme l’exécution par un militaire bolivien sur ordre de sa hiérarchie. Notamment pour éviter la publicité d’un procès et l’éventualité de maintenir en détention un prisonnier aussi encombrant, la peine de mort n’existant pas en Bolivie. Pablo Neruda, dont le Canto general était l’un des « compagnons de route » du Che écrit alors un poème intitulé Tristesse à la mort d’un héros : « La Bolivie est retournée à ses rancœurs, à ses gorilles oxydés, à sa misère intransigeante, et comme des sorciers effrayés les sergents du déshonneur, les petits généraux du crime, ont caché avec efficacité le cadavre du guérillero comme si le mort les brûlait. » L’Humanité publie un grand dossier sur le cinquantenaire, avec notamment les réactions à l’époque de Neruda, Sartre, Ben Bella, Eduardo Galeano ou Cortázar : « J’ai eu un frère / qui allait par monts et par vaux / tandis que je dormais. / Je l’ai aimé à ma façon, / j’ai pris sa voix / libre comme l’eau, / j’ai cheminé parfois / près de son ombre. »

Par Jacques Munier

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