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Dans les rues de Kaboul, 1972

L’islam au défi de la modernité

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L’islam, la deuxième religion dans le monde après le christianisme, suscite débats et controverses.

Dans les rues de Kaboul, 1972
Dans les rues de Kaboul, 1972

Courrier international leur consacre un dossier sous le titre Islam, le défi de la modernité. Du salafisme wahhabite à la pensée de Khomeiny en passant par les Frères musulmans ou le courant islamiste indopakistanais, le point commun de ces différents courants c’est le refus d’une modernité jugée « occidentale ». La journaliste d’origine libanaise Kim Ghattas estime dans un article de Foreign Policy, que les musulmans ont perdu leur libre-arbitre, l’espace accordé aux libertés publiques dans le monde musulman n’ayant cessé de se restreindre, « et cela bien avant l’arrivée des mouvements radicaux au pouvoir ». Elle rappelle que pour convaincre le président Trump de s’engager davantage en Afghanistan, le conseiller à la sécurité nationale Herbert Raymond McMaster « lui a montré une photo en noir et blanc de 1972 qui représentait des femmes en minijupe dans les rues de Kaboul ». Même si toutes les Afghanes ne portaient pas de minijupe dans ces années-là, « elles pouvaient le faire sans craindre d’être attaquées à l’acide ou flagellées ». Et de l’Égypte au Pakistan l’époque était aux débats nourris opposant laïcs, marxistes et islamistes sur « le rôle de la religion dans la société ». Une période désormais révolue : « De 1927, année de l’adoption de la loi antiblasphème rédigée par les Britanniques à 1985, seules dix affaires de blasphème sont passées devant le tribunal au Pakistan. Mais de 1985 à 2011, leur nombre a excédé les 4 000. Et aujourd’hui, le blasphème, réel ou supposé, peut vous faire perdre la vie. » Sur le rapport à la démocratie, The Economist observe qu’à l’exception de la Tunisie on peine à croire à la conversion des islamistes. Hassan Al-Banna, le fondateur des Frères musulmans « appelait à des réformes progressives » et ses partisans actuels en Égypte ont considéré « que la démocratie pouvait faire partie du processus d’islamisation » de la société. Mais l’exemple de l’AKP en Turquie illustre la dérive du pouvoir des islamistes – d’abord qualifiés de « modérés » – vers la dictature et la suspension des libertés publiques. Et l’hebdomadaire britannique rappelle que « Mohamed Morsi, grande figure des Frères musulmans devenu président [en 2012], s’est montré d’emblée clivant et borné. Il ne gouvernait pas depuis un an qu’il avait décrété ne pas être tenu par les contraintes de la justice. Il fit adopter une Constitution décriée par le monde politique laïc et plaça une majorité d’islamistes au sein de son gouvernement. Au moment du coup d’État contre lui [en 2013], une grande partie de l’opinion était déjà du côté de l’armée. »

L’islam en débat, du 11 septembre à Daech : un ouvrage en coédition Courrier International et France Culture, explore les impasses et les défis de l’islam politique

Une cinquantaine d’auteurs dont l’hebdomadaire a rassemblé des textes parus dans la presse étrangère, apportent leur contribution à un débat devenu « urgent et nécessaire ». Pour l’intellectuel et opposant syrien Yassin Al-Haj Saleh, l’islamisme a triomphé parce que l’horizon du progrès, ouvert par les décolonisations, s’est trop tôt refermé sous l’effet des dictatures qui se sont installées partout dans le monde arabe. « Le taux d’analphabétisme – observe-t-il – qui n’avait cessé de baisser, commençait à stagner, voire à repartir à la hausse. Et les libertés reculaient partout. » C’est ainsi que « les islamistes ont pu répandre leur vision du monde », il importe donc de « renouer avec le progrès ». Kamel Daoud explore l’imaginaire et les fantasmes de la notion de « paradis », au cœur du discours djihadiste, et qui a remplacé « les rêves de développement, de stabilité et de richesse qu’avaient promis les décolonisations. Désormais on ne parle des lendemains qui chantent que pour après la mort, pas avant. » Un imaginaire développé pendant des siècles et qui fait retour aujourd’hui comme l’utopie « du pauvre, du chômeur, du croyant et du djihadiste ». Avec, en miroir inversé de ces délices et licences, mais bien sur terre celui-là, et ouvert aux vivants, le modèle honni de l’Occident. Pourtant, dans cet Occident vilipendé, de nombreux musulmans vivent depuis longtemps. Ce sont eux que sont allés enquêter les anthropologues de la revue Ethnologie française, dont la dernière livraison porte sur L’islam en France, et les Pratiques et vécus du quotidien (PUF). S’il est vrai qu’au sein de cette communauté – par ailleurs extrêmement hétérogène – l’existence minoritaire d’un courant salafiste, avec son « éthique de rupture » et son idéal de la hijra (migration en terre d’islam), permet « de comprendre la radicalité et ses sources », selon Mohamed-Ali Adraoui, la grande majorité des musulmans de France a une pratique et une observance plutôt bien intégrées, marquées par la diversité et les accommodements raisonnables. C’est vrai pour la célébration du sacrifice de l’aïd, comme le montre Anne-Marie Brisebarre, c’est vrai aussi du rituel de la prière, étudié par Marie-Laure Boursin. Et si dans nos banlieues pauvres, l’islam peut servir de « marqueur d’altérité négative », l’exemple des étudiantes musulmanes enquêtées par Rania Hanafi illustre l’aspect positif d’évolutions sociétales sur la reformulation des liens familiaux et du modèle patriarcal.

Par Jacques Munier

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