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Notre-Dame-des-Landes

L’écologie, avenir de la politique ?

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"La vraie révolution que nous devrions entreprendre est celle de nos modes de consommation, de nos comportements, de notre philosophie..."

Notre-Dame-des-Landes
Notre-Dame-des-Landes Crédits : E. Ruiz - AFP

Une vingtaine d’associations, d’ONG, de syndicats et partis politiques s’engagent en faveur d’un maintien de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en cas d’abandon du projet d’aéroport. Leur tribune est publiée par Mediapart et Jade Lindgaard, qui avait réalisé plusieurs reportages sur le terrain pour le site d’information en ligne, relaie leur soutien « à l’expérimentation sociale à ciel ouvert qui se déroule sur les hectares occupés par le mouvement anti-aéroport » : « Dans un monde miné par l’individualisme, le gaspillage des ressources naturelles, les crises sociales et environnementales, le bocage de Notre-Dame-des-Landes doit rester une terre d’inspiration et d’espoir, nourrie par l’idée des biens communs, les solidarités et le soin du vivant. » On voit bien qu’au-delà des arguments écologiques, c’est la perspective utopique d’un renouvellement de la politique qui anime ce mouvement. Pour de nombreux intellectuels engagés dans la cause environnementale, c’est d’ailleurs la seule véritable issue aux problèmes posés par le réchauffement climatique et la dégradation de la biosphère : un changement radical de nos modes de vie, de consommation et de prédation des ressources. « L’anthropocène renouvelle notre philosophie politique » affirment les coordinateurs du dossier proposé par la revue Esprit. « Donner leur place aux contenus sociaux des contraintes écologiques, c’est rouvrir la possibilité de la politique, d’une action politique autonome », écrit la philosophe Catherine Larrère. Et Bruno Latour relève que « les questions écologiques ne peuvent pas reposer sur l’appareil normal de l’État. Ce dernier s’occupe toujours de ce que les militants sont parvenus à rendre visible avant. Tel est l’intérêt des zones à défendre ». Le sociologue observe que « les questions écologiques restent extérieures aux préoccupations sociales tant qu’il n’y a pas de peuple capable de les lier ». Il estime dans l’entretien intitulé Une terre sans peuple, des peuples sans Terre qu’il faut « trouver un peuple correspondant à la question écologique, de la même manière qu’il y a eu longtemps un peuple qui correspondait à la question sociale ». En prenant du champ, il déduit de l’attitude du président américain – qui déserte le monde commun et déclare la guerre aux pays qui font l’épreuve de la mutation écologique en prétendant que leurs problèmes ne le concernent pas – qu’il reconnaît ainsi « clairement que l’environnement est la grande question géopolitique » du moment. Ce qui conduit Bruno Latour à développer l’hypothèse « d’une fuite généralisée vers l’offshore » des classes possédantes qui ont optimisé leur magot au soleil des paradis fiscaux en creusant les inégalités et en séparant leur monde à coups de frontières et de murs érigés autour de l’American way of life. « La conjoncture forme un triangle - résume-t-il – premièrement l’horizon de la mondialisation continue, sous la forme baroque d’une hypermodernisation futuriste et post-humaine ; deuxièmement, une régression massive, dans tous les pays, vers des appartenances ethniques ou nationales ; et troisièmement, la question d’une autre façon d’être au monde, d’un ancrage au sol mondial, qui n’est pas le sol barrésien fait de sang, de morts, de cimetières et d’églises. C’est là qu’il faut tracer une nouvelle opposition entre l’horizon utopique du retour au sol natal et la question nouvelle du terrestre. » Dans ce contexte, « l’Europe est à la bonne échelle ». Face à « l’abandon simultané des Etats-Unis et du Royaume-Uni, l’hostilité toujours aussi pressante de la Russie et la concurrence de la Chine », semble se dessiner en creux « l’Europe comme zone à défendre »… D’autant que derrière les défis que nous peinons à relever s’en profilent déjà d’autres. Dans un ouvrage au titre éloquent : La guerre des métaux rares (Les Liens qui Libèrent), Guillaume Pitron explore La face cachée de la transition énergétique et numérique. Il s’en explique dans les pages Débats de L’Obs : les technologies dont on attend la solution à nos défis environnementaux sont avides de métaux rares dont l’extraction est extrêmement polluante et qui nous placent dans une situation de grande dépendance vis-à-vis de la Chine, laquelle « développe une impressionnante stratégie à long terme », sur son sol et ailleurs, en Afrique notamment. Les moteurs électriques, les éoliennes, le solaire, ainsi que les technologies numériques, des téléphones portables aux infrastructures informatiques, sont truffés de ces métaux aux noms barbares : antimoine, germanium, lithium, cobalt, bismuth, terres rares… « Si vous faites le calcul sur l’ensemble du cycle de vie des voitures électriques et de leurs batteries, depuis les mines dans lesquelles sont extraits les métaux jusqu’aux décharges, elles consomment autant d’énergie primaire (fossile, nucléaire etc.) qu’un véhicule diesel », résume Guillaume Pitron en citant un rapport de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie. Selon lui, ce « mirage » de la transition énergétique et numérique « nous détourne de la vraie révolution que nous devrions entreprendre, celle de nos modes de consommation, de nos comportements, de notre philosophie ». Et par exemple, comme le suggère Jeremy Rifkin, passer d’un monde de la propriété à un monde de l’accès et du partage.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

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