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Angers, 12 juin 2015

Peut-on encore sauver la gauche?

5 min
À retrouver dans l'émission

Comment "réinventer l'idéal émancipateur et social du camp du progrès"?

Angers, 12 juin 2015
Angers, 12 juin 2015 Crédits : Josselin CLAIR - Maxppp

La question est posée dans les pages débats du Monde

Et chacun y va de son constat et de ses propositions. Michel Wieviorka dresse un bilan peu réjouissant de cette gauche qui « tenait en 2012 villes, départements, régions, Sénat et Assemblée nationale » et qui « est devenue minoritaire à tous les niveaux », sa base militante et le socialisme municipal qui constituait son modèle s’étant effondrés. Il déplore qu’elle ait ces dernières années – je cite « dirigé le pays sans vision, sans colonne vertébrale, à grand renfort de " com ", de sondages et de jeux politiciens », se désintéressant des idées et de la vie intellectuelle, échouant à établir des relations « avec la société civile, ses associations qui œuvrent sur le terrain, les syndicats »… Et la jeunesse qui était pourtant l’une de ses priorités affichées se détourne d’elle. « Entre une " gauche de droite " aux affaires (Manuel Valls, Emmanuel Macron) et une " gauche de gauche " (Arnaud Montebourg, Hervé Hamon), un vide sidéral s'est creusé, comme s'il n'y avait plus de gauche de gouvernement capable d'incarner une sensibilité sociale de type social-démocrate » observe le sociologue, qui estime qu’à ce jour « aucune personnalité ne semble capable d'occuper le lieu géométrique où serait incarné un lien entre des demandes sociales, culturelles et citoyennes » et l'action politique d'une telle gauche, pas même à la verticale du Mont Beuvrey. En appelant à une « reconstruction » il en esquisse les conditions : « un personnel politique renouvelé, rajeuni, féminisé, diversifié socialement et culturellement, et surtout bien formé et préparé : alors que le Front national travaille énergiquement à la formation de ses cadres et militants, le Parti socialiste n'a guère fourni d'efforts en ce sens depuis longtemps ». Pour Laurent Bouvet, la gauche doit sortir « de l'économisme pour penser notre commun » et s’engager sur le terrain « des enjeux dits culturels et identitaires : immigration, islam, frontières ». Se limiter à l'action économique, quelle que soit son orientation, c'est, selon lui, « se condamner très largement à l'impuissance politique ». Car si les préoccupations économiques et sociales demeurent, nos concitoyens « ne croient plus ni à la capacité ni à la volonté des responsables politiques d'y répondre. Qu'ils les considèrent comme impuissants face à la mondialisation et aux transformations du capitalisme, ou qu'ils les considèrent comme convertis au libéralisme et donc comme ayant abandonné toute velléité de transformation sociale » estime le politologue. C’est vers un autre sens du « commun » que fait signe le partisan de l’économie sociale et solidaire. Jean-Louis Laville constate « l'effervescence des initiatives citoyennes sur tous les continents » comme les monnaies locales ou les circuits courts, et il plaide pour qu’elles soient soutenues par les pouvoirs publics. Pour lui « la solution viendra des citoyens ». Je le cite : « L'architecture du XXe siècle a eu pour fondation le dualisme marché-Etat, il est désormais indispensable d'inclure le pôle de la société civile, qui ne se réduit ni à un secteur privé sans but lucratif ni à une action humanitaire sans portée économique. »

Les pages Débats&controverses de L’Humanité déplacent la question sur le terrain des nouvelles technologies

Progrès humain et démocratie : la révolution scientifique et numérique peut-elle mener à une transformation sociale ? Jean Lojkine et Jean-Luc Maletras contestent la fatalité d’une évolution qui verrait les technologies numériques détruire un nombre croissant d’emplois. Le sociologue et le syndicaliste chez Thales en veulent pour preuve l’histoire récente de l’informatisation du contrôle aérien qui, en France, s’est engagée sur la voie d’une intégration des opérateurs « dans un système interactif reliant l’intelligence humaine et l’intelligence des robots », contrairement à ce qui s’est passé aux Etats-Unis, où c’est la productivité du système qui a été privilégiée au détriment de la sécurité et de l’emploi.

Et dans les pages Champs libres du Figaro Jérôme Jaffré revient sur la crise au Parti socialiste et ses répercutions sur la carte politique

Car si « l’opposition des deux gauches - la gouvernementale et la contestataire - est un grand classique, cette fois-ci la cassure passe au sein du Parti socialiste et le coupe au niveau de l’électorat en deux parts à peu près égales » constate le politologue, qui estime qu’avec « la percée du FN, nous étions passés de la bipolarisation gauche-droite classique à la tripartition de l’espace politique » et qu’on « évolue désormais vers sa quadripartition » avec, en l’état, des conséquences considérables : « élimination de la gauche à l’issue du 1er tour de la présidentielle, désastre absolu aux législatives laissant face à face massivement dans les seconds tours la droite et le FN ». Jérôme Jaffré qui a cette formule à propos de la rivalité Hollande/Macron : « Le président est un précandidat qui ne sait pas s’il pourra vraiment faire campagne et Emmanuel Macron fait déjà campagne sans savoir s’il pourra finalement être candidat… »

Par Jacques Munier

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