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Manifestation anti-séparatiste de la Phalange espagnole, 12/10/17

Catalogne: la montée aux extrêmes

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Cette semaine s’annonce cruciale pour les relations entre Madrid et Barcelone.

Manifestation anti-séparatiste de la Phalange espagnole, 12/10/17
Manifestation anti-séparatiste de la Phalange espagnole, 12/10/17 Crédits : Pau Barrena - AFP

Dans sa lettre envoyée hier au chef du gouvernement espagnol, Carles Puigdemont, le chef du gouvernement autonome catalan, ne précise pas s’il a déclaré l’indépendance mais demande un “délai de deux mois” pour “ouvrir un chemin de négociation” et rappelle que la “suspension” de la déclaration d’indépendance était la démonstration “d’une volonté de trouver une solution”, précise Courrier international en citant le quotidien El País. Suite à quoi la vice-présidente du gouvernement central a déclaré : “Puigdemont a décidé de ne pas répondre. Personne ne refuse le dialogue mais le dialogue doit se faire selon la loi”. La loi et la Constitution ne prévoyant aucune indépendance possible de l’une des 17 communautés autonomes qui composent l’Espagne, Soraya Sáenz de Santamaría a rappelé que Carles Puigdemont avait encore jusqu’à jeudi pour affirmer clairement qu’il révoquait sa déclaration d’indépendance – même “suspendue”. Le dialogue de sourds se poursuit donc. L’arme fatale du gouvernement espagnol, c’est l’article 155 de la Constitution, qui lui permet de suspendre temporairement les prérogatives du gouvernement autonome catalan. Un article assez vague, jamais activé jusqu’à présent, qui stipule que “le gouvernement pourra adopter toutes les mesures nécessaires” pour obliger une communauté autonome “à respecter ses obligations”, ou “pour protéger l’intérêt général” de l’Espagne. Mais son application prendra du temps, elle doit notamment passer par le Sénat, où le chef du gouvernement autonome concerné peut défendre sa cause, et se conclure par un vote des sénateurs à la majorité absolue. Le Parti populaire de Mariano Rajoy dispose de cette majorité. On peut donc prévoir une poursuite du feuilleton qui dure déjà depuis des années. Pendant ce temps les grandes banques ainsi que de nombreuses entreprises déménagent leurs sièges et le groupe Planeta, géant de l’édition hispanophone annonce qu’il envisage d’en faire autant, ce qui mettrait fin au statut de « capitale de l’édition espagnole » de Barcelone.

Pourtant, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est reconnu par les Nations unies

Mais comme le rappelle Marc Semo dans Le Monde, il « peut se heurter à un principe fondateur du droit international public : celui des Etats à préserver leur intégrité territoriale ». Les projets d’indépendance proclamés unilatéralement en Catalogne et au Kurdistan irakien ont remis la question à l’ordre du jour. La résolution 1514 de l’ONU, intitulée Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, votée en 1960, proclamait bien le droit « de tous les peuples à déterminer librement leur statut politique » ainsi que « leur développement économique social et culturel ». Mais son article 6, précisait aussi que « toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays est incompatible avec les buts et les principes de la Charte des Nations unies ». En Europe, où « près la moitié des Etats ayant adhéré à l’Union européenne depuis 2004 n’existaient pas vingt ans plus tôt », la prudence est de mise à l’égard de la Catalogne. « La vraie question n’est pas tant celle de la proclamation de l’indépendance que celle de sa reconnaissance par l’autre », explique Serge Sur, spécialiste de droit international et rédacteur en chef de la revue Questions internationales. Et Marc Semo de retracer l’historique des difficiles accès à l’autodétermination de ces nations européennes. « Il n’y a pas de problème lors de séparations à l’amiable, comme celle de la République tchèque et de la Slovaquie. Mais les indépendances furent le plus souvent proclamées unilatéralement ». Les pays baltes, annexés de force par l’URSS en 1945, « arrachèrent par d’immenses manifestations pacifiques – violemment réprimées – le retour de leur indépendance ». Et que dire de l’ex-Yougoslavie, « avec les référendums d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie s’appuyant sur une disposition reconnaissant aux Républiques constitutives de la Yougoslavie fédérale un droit à la sécession rejeté par Belgrade » ? On le voit, « l’autodétermination reste avant tout une affaire de circonstances et de rapport de force ».

Un rapport de force qui semble aujourd’hui réveiller de vieux démons en Espagne

À force de parler du loup, on en voit la queue… Face à l’incompétence obstinée du chef du gouvernement espagnol et à la brutalité de sa réponse dans cette crise, les indépendantistes catalans, Carles Puigdemont en tête, ont évoqué la dictature franquiste. Et l’on constate qu’aujourd’hui les nostalgiques de la Phalange se sentent pousser des ailes, avec une multiplication des agressions, des coups de poing et contre-manifestations au salut nazi. Ludovic Lamant a mené l’enquête pour Mediapart : s’il est vrai que l’extrême-droite a toujours existé en Espagne, elle s’était comme fondue dans le paysage politique, notamment sous l’aile bienveillante du PP. Ce qui pourrait en partie expliquer la dureté du discours de Mariano Rajoy à l’égard du gouvernement catalan, histoire de ménager cette tendance ultra-nationaliste de son parti.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
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