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L'Europe des populismes

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À retrouver dans l'émission

Un spectre hante l’Europe mais ce n’est pas celui du communisme

Dominique Schnapper l’observait il y a peu dans Le Figaro : « Les résultats des élections en Autriche s'inscrivent dans une longue série de succès électoraux des partis dits populistes en Europe. Populistes en ce qu'ils prônent le repli sur le peuple «natif» et même, dans certains cas, la remise en cause des procédures de l'État de droit. L'entrée dans le gouvernement autrichien de Jörg Haider en 2000 avait fait scandale, elle avait provoqué des remontrances du gouvernement français et une sorte de mise à l'écart symbolique de l'Autriche dans les institutions européennes. Ce temps paraît loin tant on s'est habitué aux scores élevés de ces partis. » Et aucun pays européen n’est épargné, ni les vertueuses social-démocraties du Nord, où les Démocrates de Suède, par exemple, sont arrivés en troisième position, ou les Pays-Bas, connus depuis des siècles pour leur libéralisme, ni encore le Royaume-Uni, qui inventa l'idée de la démocratie représentative, ni à fortiori les anciens pays communistes, Hongrie et Pologne en tête. « Depuis la Seconde Guerre mondiale, ajoutait la sociologue le 10 mai, l’Europe s’est reconstruite sur la social-démocratie, qui opposait à l’idéologie communiste un projet de société conjuguant la protection sociale et la liberté politique. Depuis la chute du mur de Berlin, et avec les transformations de l’économie mondialisée, ce projet est en crise. » Commun à toutes les nations européennes, ensemble et séparément, et même aux États-Unis, c’est son affaiblissement qui profite au retour des idéologies du repli sur soi. Un « tragique effet pervers de leur triomphe contre l’empire soviétique » concluait-elle alors. « Dans chaque cas, on peut expliquer les raisons de ce succès. La tradition démocratique est récente et encore mal assurée dans les pays qui furent longtemps communistes. Le rapport avec le passé y est difficile, le personnel politique n'a pas toujours été renouvelé, le passage à l'économie libérale a créé des marginaux et des misères sociales, les nations de l'Europe de l'Est se sentent humiliées par la victoire de l'Ouest. Dans les social-démocraties, la forte redistribution repose sur un sentiment de solidarité et de communauté nationale qui se conjugue mal avec une ouverture trop large aux étrangers. » Une analyse que Jean Sévillia confirme aujourd’hui sur le site Figarovox : « Est-ce trop demander de s'informer et de réfléchir ? gronde le spécialiste de l’Autriche. Ceux qui se réjouissent aujourd'hui bruyamment de l'élection à Vienne d'un président écologiste - et qui auront bientôt oublié son nom - feraient mieux d'être attentifs. C'est à 16 000 voix près que s'est jouée l'élection. Norbert Hofer ne sera pas président de la République, mais il a averti ses électeurs : «Cette campagne a été un investissement pour l'avenir». Ceux qui s'intéressent à ce qui se joue dans les profondeurs du continent feraient bien de continuer à suivre ce qui se passe en Autriche. Ce n'est pas pour rien que ce pays se trouve au centre de l'Europe: il est un réceptacle de tout ce qui s'y passe. » Merci pour le conseil… on ne lâchera pas les autrichiens des yeux et accessoirement on veillera aussi aux manœuvres de l’extrême-droite comme de la droite décomplexée sur notre propre sol.

Le retour du refoulé nationaliste et xénophobe peut s’observer jusqu’au sein du 28ème et dernier (en date) état de l’Union européenne

Le Premier ministre croate a nommé au poste de ministre de la Culture un historien révisionniste réputé faire l’apologie du régime collaborationniste des Oustachis lors de la Seconde Guerre mondiale. Comment mieux dire en effet la relégation du projet politique européen… Dans les pages Idées de Libération un collectif d’historiens, de philosophes et de consciences universelles comme Beate et Serge Klarsfeld dénoncent vigoureusement la dérive et en appellent à une action commune pour contrer l’idéologie révisionniste de Zlatko Hasanbegovic.

La revue Gare de l’Est, pour aller au-delà de l’Europe centrale, vers l’Europe orientale

Ces Cahiers des mondes de l’Est explorent la partie de notre continent qui aspire à nous rejoindre et balance encore entre est et ouest, à l’image de la Russie. C’est sur elle que s’ouvre d’ailleurs cette livraison, par le grand entretien avec l’historien Andreï Gratchev, ancien conseiller et porte-parole de Mikhaïl Gorbatchev et aujourd’hui correspondant à Paris du journal Novaïa Gazeta. Près de trente ans après la Perestroïka et la Glasnost, il revient sur le recul des libertés alors acquises et les tendances lourdes de la politique actuelle de la Russie, qu’il explique notamment par le balancement perpétuel de la Russie entre ses deux pôles, européen et asiatique. Le pays qui s’invente une nouvelle identité en bricolant des éléments de son passé pré-soviétique, soviétique et post-soviétique, est traversé par la frontière entre Europe et non-Europe, géographiquement et politiquement. Poutine et les coutures de l’histoire russe…

Par Jacques Munier

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