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L'armée afghane, octobre 2017

Guerre et paix: le rôle de la politique

5 min
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Malaise à l’OTAN après la commande par la Turquie de quatre batteries de missiles sol-air de fabrication russe…

L'armée afghane, octobre 2017
L'armée afghane, octobre 2017 Crédits : Shah Marai - AFP

Des matériels stratégiques jugés incompatibles avec l’architecture de défense de l’Alliance atlantique et dont l’installation indiquerait qu’Ankara renonce à la mise en place du bouclier antimissile avec le camp occidental*. Mais ce n’est pas tout. L’autoritarisme du président Erdogan qui a dégarni l’organisation de 400 officiers suite au putsch, et sa volonté affichée de privilégier un axe avec la Russie ou l’Iran, inquiète Jaap de Hoop Scheffer, ex-secrétaire général de l'OTAN, lequel estime dans Le Monde que la situation nuit à « notre cohérence politique ». Ce qui l’amène à insister sur le volet politique de l’Alliance, seul à même de résoudre cette crise interne. Sur le plan stratégique, l’ancien secrétaire général considère que nous sommes revenus à « la mission originelle » de l’OTAN, qui est de garantir l’intégrité territoriale et les frontières de l’Europe. Après la fin de la guerre froide, l’Alliance avait adopté un concept opérationnel de caractère « expéditionnaire », notamment en Afghanistan ou dans les Balkans. Avec l'annexion de la Crimée et la crise du Donbass en Ukraine, « Vladimir Poutine a changé par la force les frontières de l'Europe pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale » et il faut désormais le convaincre de ne pas tenter quelque chose dans les pays baltes. D’autant que le président russe « parle ouvertement de l'utilisation des armes nucléaires ». L’OTAN doit donc ouvrir le débat de la place de l'arme nucléaire dans sa stratégie. Et l’Union européenne se consolider en termes de défense, car avec Donald Trump, « il nous faut désormais douter de l'engagement des Américains ». D’où l’insistance du diplomate sur le volet politique de l’OTAN, notamment pour renouer « un dialogue plus sérieux avec la Russie ». Dialogue sur les différentes nuances de gris incluses dans la notion de « sérieux »…

Autant éviter que la guerre ne prolonge la politique par d’autres moyens, selon la formule célèbre de Clausewitz

La revue Inflexions, dévolue au dialogue entre civils et militaires, pose la question dans sa dernière livraison : « L’action militaire, quel sens aujourd’hui ? » John Christopher Barry cite les Réflexions sur la guerre de la philosophe Simone Weil en 1933 : « Nous risquons, si nous ne faisons pas un sérieux effort d’analyse, qu’un jour proche ou lointain la guerre nous trouve impuissants, non seulement à agir, mais même à juger. » Le chargé de cours à St Cyr-Coëtquidan plaide lui aussi pour la vision politique, car « gagner les batailles n’est pas la même chose que gagner la guerre », et la « victoire n’est pas un concept militaire mais un concept politique ». « L’Irak – rappelle-t-il – (quatorze ans de guerre), l’Afghanistan (quinze ans de guerre), la Lybie (sept ans de guerre), le Mali (quatre ans de guerre) : des exemples de conflits armés toujours en cours, sans résolution, bien que les forces occidentales aient été victorieuses sur les champs de bataille ». L’absence d’objectifs politiques clairs conduit, selon lui, « à des situations larvées, ni guerre ni paix ». Saint Augustin et Spinoza le disaient déjà : la paix est un ordre juste, elle suppose la justice. Et Rousseau, dans Le Contrat social : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir ».

Une vision politique qui fait cruellement défaut en Europe

Où il n’y a pas même de défense commune. Dans Les Echos Bruno Alomar décrit quelques aspects concrets de l’impuissance européenne. « A l’exception de la France, tous les pays européens, mis à part le Royaume-Uni, ont abdiqué leur sécurité ultime aux Etats-Unis. » L’introuvable Europe de la défense – c’est le titre de son article – fait le bilan calamiteux : « La brigade franco-allemande est un échec patent. L’avion A400M est un modèle de ce qu’il ne faut pas faire sur la gestion d’un grand programme d’armement. L’Agence européenne de défense est une coquille vide. Les atermoiements des uns et des autres quand il s’est agi pour la France de solliciter de ses partenaires un soutien logistique dans la guerre qu’elle livre dans la bande sahélo-saharienne ont laissé des traces »… Et en matière d’avion de combat européen l’économiste évoque « un vide générationnel ». Face à cela, la vision géopolitique de la Russie apparaît au contraire d’une grande cohérence même s’il lui arrive souvent d’avancer masquée, surtout dans le but de déstabiliser l’Europe. La revue Hérodote consacre sa dernière livraison à la géopolitique de la Russie et elle souligne cette cohérence. Mais comme le relève Gaïdz Minassian dans Le Monde, il y a loin de l’analyse nuancée à l’adoption pure et simple du point de vue russe. Et si le « discernement cache en fait une intention à peine dissimulée de mettre au même niveau la stratégie agressive de Moscou et celle de ses rivaux en Europe », l’analyse manque son objet. Selon lui, « le dernier numéro de la revue Hérodote, consacré à la Russie, ne sort pas de cette ambivalence ». Un exemple : la confusion entre « soft power » et propagande, terme qui « conviendrait davantage aux techniques d’influence grossières de Moscou ».

Par Jacques Munier

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