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Devant les bureaux de l'ONU, Sanaa, 20/11/2017

Yémen, l'Arabie malheureuse

5 min
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Jamais sans doute le territoire que les Anciens grecs et romains appelaient « l’Arabie heureuse » n’a aussi peu mérité ce nom.

Devant les bureaux de l'ONU, Sanaa, 20/11/2017
Devant les bureaux de l'ONU, Sanaa, 20/11/2017 Crédits : Khaled Abdullah - Reuters

C’est une autre guerre, meurtrière pour les civils et les enfants, qui se déroule au Yemen dans l’angle mort de la communauté internationale

Jamais sans doute le territoire que les Anciens grecs et romains appelaient « l’Arabie heureuse » n’a aussi peu mérité ce nom. Le conflit, né des suites du « printemps yéménite » de 2011, menace aujourd’hui « 11 millions d’enfants dans une détresse absolue », prévenait L’Express.fr, en citant Geert Cappelaere, le directeur régional de l'Unicef pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, selon lequel ces enfants ont besoin de nourriture et de médicaments car « toutes les 10 minutes un enfant meurt au Yémen de maladies pouvant être évitées ». L'ONU, « qui dit craindre "la plus grande famine" de ces dernières décennies au Yémen », a appelé la coalition arabe sous commandement saoudien « à lever rapidement le blocus qu'elle impose à ce pays ». Le site du Figaro relaie le cri d’alarme lancé la semaine dernière par des ONG et les agences de l'ONU : en totalité « Plus de 20 millions de personnes ont un besoin urgent d'assistance humanitaire ». Yohan Blavignat rappelle que « La guerre civile yéménite est un conflit qui oppose depuis juillet 2014 les rebelles chiites Houthi et les forces fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh – qui contrôlent Sanaa et le nord avec le soutien de l'Iran – au gouvernement d'Abdrabbo Mansour Hadi, élu en 2012 à la suite de la révolution yéménite et soutenu par l'Arabie saoudite. » Pour Laurent Bonnefoy*, « L'engagement saoudien peut être lu comme le résultat de la montée en puissance du prince héritier Mohammed Ben Salmane qui a cherché au Yémen à se légitimer dès son accession au rang de ministre de la défense en janvier 2015. » Le chercheur CNRS au CERI estime que « De son côté, l'Iran joue un rôle bien plus limité au Yémen. Il ne bombarde pas, ni n'a envoyé d'hommes. Un soutien financier et technique aux houthistes est probable mais ne constitue pas le ferment de la rébellion quand bien même celle-ci s'inscrit de façon évidente dans une symbolique et un univers politique chiite. Au-delà d'une dimension confessionnelle, l'Iran voit sans doute dans ce conflit un moyen de pousser l'Arabie saoudite à s'enliser dans une guerre qu'elle ne peut pas gagner. Et d'ailleurs, cela se fait à moindre coût pour les dirigeants iraniens. » Mais cette guerre « risque bien d'avoir des conséquences sérieuses pour la région et le monde ». Car « le Yémen est depuis longtemps un territoire dans lequel les groupes djihadistes ont une assise territoriale et trouvent un certain appui. Or la situation de guerre, notamment parce qu'elle brise les institutions étatiques mais aussi parce qu'elle légitime la lecture confessionnelle et violente, renforce les mouvements djihadistes. » Et notamment Al-Qaeda. Faut-il rappeler « que c'est la branche yéménite de cette organisation qui avait commandité l'attentat contre Charlie Hebdo » ?

Le silence de la communauté internationale est aussi dû aux alliances occidentales dans la région

Et aux contrats d’armements passés avec les monarchies du Golfe. Dans _Libération_François Burgat résume : « Le drame se joue au service d’un agenda saoudien aussi brouillon qu’irresponsable. » Le chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Iremam) décrit la « complexité » de la situation – les rebelles houthistes – du nom de leur leader Hussein al-Houthi tué sur ordre de l’ex-président Ali Abdallah Saleh – et qui forment la communauté zaydite, associée au chiisme, ont fait alliance avec leurs ennemis d’hier pour évincer le président élu, sans compter Al-Qaeda et Daech qui « poursuivent un agenda jihadiste transnational, tout en trouvant le temps de s’entre-tuer »… Mais il estime que cette complexité occulte « d’autres raisons plus importantes et bien plus simples à comprendre ». Et « d’abord que le prince héritier Mohammed ben Salmane, le va-t-en-guerre saoudien, après avoir lancé la diplomatie du royaume dans un interventionnisme sans précédent (en Syrie, au Yémen et, plus récemment, au Liban), ne veut pas reconnaître qu’au Yémen son remède s’est révélé bien pire que le « mal » supposé. Et qu’il est parfaitement incapable aujourd’hui d’imposer une solution militaire. » Autre raison, « fondamentale : le soutien sans faille de Washington, Paris et Londres à la politique saoudienne ». Au point que « pour compléter les efforts des Etats-Unis et alimenter les frappes de son allié et client saoudien, la France n’a pas hésité à priver son armée de l’air de ses propres réserves de munitions ». François Burgat en conclut que « par simple manque d’armements, si ses alliés occidentaux s’y opposaient, la coalition saoudienne ne pourrait en aucune façon poursuivre sa campagne destructrice. Malgré le peu de sympathie qu’inspire le camp contre-révolutionnaire d’Ali Abdallah Saleh, des houthistes et de leur sponsor iranien, une évidence absolue s’impose : si des millions d’enfants yéménites sont en train de souffrir et des milliers de mourir, c’est certes parce que l’Iran s’accommode de la durée de ce conflit où s’usent les capacités militaires de son rival saoudien. Mais c’est plus encore parce ce que Trump a fait sienne l’obsession anti-iranienne de son partenaire saoudien ».

Par Jacques Munier

Pour aller plus loin :

Laurence Louër : Sunnites et chiites Histoire politique d'une discorde (Seuil)

* Laurent Bonnefoy : le Yémen. De l’Arabie heureuse à la guerre. Fayard, 2017

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