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Manifestation de soutien des Kurdes d'Irak, Sulaimaniyah, 29/01/18

Pax Poutina

5 min
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À Sotchi, le sommet de Vladimir Poutine pour la paix en Syrie a débuté hier en l’absence des délégations de l’opposition et des Kurdes. C'est-à-dire en l'absence du peuple syrien...

Manifestation de soutien des Kurdes d'Irak, Sulaimaniyah, 29/01/18
Manifestation de soutien des Kurdes d'Irak, Sulaimaniyah, 29/01/18 Crédits : S. Mohammed - AFP

À l’issue des pourparlers de Vienne, sous l’égide des Nations unies, le Comité des négociations syriennes (CNS), regroupant la quasi-totalité de l’opposition au régime, avait annoncé samedi dernier son intention de boycotter l’étape de Sotchi. Les Kurdes, qui subissent l’offensive turque dans la province d’Afrine, lui ont emboité le pas. « La Turquie et la Russie sont les garants de Sotchi et ces deux pays se sont mis d’accord sur Afrine, ce qui contredit le principe même de dialogue politique », a déclaré Fawza Youssef, une responsable du mouvement kurde syrien PYD. Un spécialiste du Moyen-Orient à Moscou, Anton Mardasov, est cité par Isabelle Mandraud dans Le Monde. Selon lui en laissant faire la Turquie sur le sol syrien, « la Russie fait passer un message aux Kurdes qui ont refusé sa protection : les “enclaves” se restreignent de plus en plus et mieux vaut chercher des compromis avec le régime de Damas. » Et le spécialiste d’évoquer « un troc entre la Russie et la Turquie, la première laissant les coudées franches à la seconde qui l’aurait tenue informée de ses visées avant le début des opérations ». Par ailleurs, en imputant « la responsabilité de l’opération turque aux États-Unis », affirmant qu’elle avait été déclenchée par l’armement américain des Forces démocratiques syriennes, l’alliance kurdo-arabe qui a combattu l’État islamique, Moscou tire ses marrons du feu. « Il est clair – ajoute cet expert – que la Russie cherche à bouter les Etats-Unis hors de Syrie, afin de protéger le régime Assad et accroître la rupture entre Washington et Ankara, son allié au sein de l’OTAN. » C’est pourquoi, précise Marie Jégo, la correspondante du quotidien à Istanbul, la participation d’Ankara à Sotchi « est cruciale. La Turquie, principal soutien de la rébellion anti-Assad, est la meilleure caution du processus diplomatique mené par Moscou ». Côté turc, il s’agit de « peser sur les futures négociations et empêcher l’apparition d’une région autonome kurde dans le nord de la Syrie. » Mais l’attitude va-t-en guerre du président turc inquiète toutes les parties. Dimanche, il a évoqué son intention de poursuivre l’offensive vers la ville de Manbij, située à une centaine de kilomètres à l’est d’Afrine, où des instructeurs américains sont déployés aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées militairement par les brigades kurdes. Il a également annoncé son intention de « marcher sur Idlib », ce qui n’est pas sans alarmer la Russie. Idlib, au sud d’Afrine, est en effet l’une des quatre zones de désescalade destinées à accueillir les groupes rebelles anti-Assad, selon les accords conclus à Astana entre la Russie l’Iran et la Turquie. Il est vrai que ces fameuses « zones de désescalade » tant vantées par les Russes n’ont pas été respectées, ni à La Ghouta près de Damas, bombardée sans relâche et même gazée encore tout récemment par le régime, ni à Idlib, où son aviation poursuit ses raids avec l’appui de l'aviation russe. Reste que, malgré les bombements de torse, il semble que l’offensive turque se heurte à une forte résistance. « Entrée dans sa deuxième semaine, l’opération « Rameau d’olivier », menée par l’armée turque et ses supplétifs rebelles syriens, a fait 20 morts côté turc (7 militaires turcs, 13 membres de l’Armée syrienne libre) et plus de 100 morts – combattants et civils – à Afrine » précise Marie Jégo. Une résistance confirmée par Fehim Isik, du site d’information en ligne Arti Gercek, basé en Allemagne. Dans un article publié par Courrier international, il rappelle la bataille de Kobané en 2014 et 2015, où les forces kurdes étaient parvenues, après des mois de siège, à repousser l’État islamique, signant sa première défaite majeure. Mais il craint que les pertes civiles n’aillent en augmentant. « Dans un premier temps – prévoit-il – la Turquie se montre attentive à ne pas trop faire de victimes chez les civils. Pas par amour des Kurdes ni par respect du droit international, mais pour éviter de déclencher des réactions hostiles de par le monde. Pour autant, plus l’armée turque et ses alliés djihadistes se trouveront en difficulté, plus leur avancée sera freinée, moins Ankara aura de remords à bombarder massivement. » Et d’en appeler à la conscience internationale : « Personne ne doit oublier qu’il a une dette envers les Kurdes, pour avoir protégé le monde des monstres de Daech et de leurs semblables. » Le journaliste turc fustige notamment les réactions des pays européens, qui « ont choisi la politique de l’autruche. L’ONU, elle, se contente de déplorer la mort de civils et d’appeler à la retenue. » Dans les pages idées du Monde Kendal Nezan, le responsable de l'Institut kurde de Paris, résume : « On dirait que le tyran turc qui terrorise sa population tétanise aussi les dirigeants occidentaux. » Et il rappelle que « les Kurdes ont mis en place des institutions, des conseils élus représentatifs des populations locales pour gérer ces territoires. Ils y ont accueilli, avec très peu d'aide internationale, plus d'un demi-million de réfugiés et de déplacés en grande partie arabes fuyant la barbarie de Daech ou celle du régime syrien. Au moment où, après sept années d'épreuves, ils pensaient entrevoir la fin de cette guerre et s'apprêtaient à organiser des élections, les voilà en butte à la vindicte du président turc Erdogan, déçu par la défaite de ses alliés djihadistes et la faillite de sa politique syrienne. »

Par Jacques Munier

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