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Un scrabble à Dublin

"L'Europe, l’Europe, l’Europe…"

4 min
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Les pronostics sont serrés, mais le Brexit pourrait « fragiliser l’identité et l’unité britannique ».

Un scrabble à Dublin
Un scrabble à Dublin Crédits : Clodagh Kilcoyne - Reuters

Après les politiques, les intellectuels et les artistes, les historiens sont entrés dans le débat en faveur du Remain et c’est un historien qui en parle à Catherine Calvet dans les pages idées de Libération. Car l’histoire joue un rôle non négligeable dans l’affaire. Charles-François Mougel rappelle que « le mot Union n’a pas le même sens des deux côtés de la Manche. A la différence des continentaux, pour les Britanniques l’expression Union Européenne fait immédiatement référence à la construction même du Royaume-Uni fondé sur les Unions successives de l’Angleterre et du Pays de Galles en 1536, puis de l’Ecosse en 1707 et de l’Irlande en 1801. » Alors même si les Britanniques restent marqués par l’identité insulaire, ils ne peuvent oublier leur histoire, celle notamment de la difficile intégration de l’Irlande du Nord. « L’adhésion de la Grande Bretagne et de la République d’Irlande à l’UE n’a pas suffi à résoudre ce vieux conflit mais elle l’a dissous dans un ensemble plus large, impliquant Belfast, Londres, Dublin…et Bruxelles ! » Le Brexit provoquerait un « craquement sans précédent » au Royaume-Uni : un nouveau référendum pour l’indépendance en Écosse, sans doute aussi au Pays de Galles – « plus intéressé par les subventions européennes que par un face à face avec Londres » – ainsi qu’en Irlande du Nord. Les partisans du Brexit sont surtout des populistes eurosceptiques, notamment à l’extrême-droite le Ukip, qui voient là une occasion de rejouer l’opposition aux élites, et là aussi l’histoire intervient dans un pays où « aujourd’hui encore Eton, Oxford et Cambridge, la City, l’aristocratie restent les bastions de l’Establishment. Et c’est pour défendre ses intérêts, qu’elle assimile volontiers à l’intérêt général, que cette élite souhaite le Remain ».

Un historien britannique de l’économie qui enseigne, lui, à Harvard pose un sombre diagnostic dans la revue Le débat

Niall Ferguson, ce proche des néo-conservateurs relève, non sans lyrisme, le paradoxe que constitue l’afflux des migrants sur notre continent : « De l’extérieur l’Europe paraît belle et séduisante. De l’intérieur, cependant, elle est laide comme l’un de ces vieux manoirs prussiens ou polonais imposants que les communistes avaient transformés en sanatoriums miteux pour travailleurs. » Selon lui la cause en est une « dégénérescence institutionnelle » de l’Europe, dont le premier aspect est générationnel : le déséquilibre institué par l’État-providence et le système des retraites, un fardeau pour les générations suivantes. La suite est à l’avenant : entre une Europe vieillissante et un monde musulman juvénile on ne sait trop à lire l’historien de la finance où va pencher la balance puisque ces populations immigrées appelées à prendre la relève mais – je cite « mal éduquées », n’auraient que le chômage pour perspective.

Le dossier européen proposé dans cette livraison de la revue Le débat porte en fait sur le nouveau contexte géopolitique de notre continent

Michel Foucher y fait une description détaillée de l’actuel environnement géostratégique de l’Europe, avec notamment une Russie à l’affût qui entretient ses « conflits gelés » dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence, l’étranger proche qu’il n’est pas question de voir rejoindre l’Union Européenne. Le géographe et ex-diplomate exprime ses réserves quant à l’extension indéfinie de l’intégration, un moteur qui tourne à vide. « Comment bâtir une politique extérieure commune si nul ne sait où commence cet extérieur, si le dehors proche n’a d’autre vocation que de se muer en dedans » ? Et de citer Kissinger : « l’Europe ne peut pas se couper de la quête contemporaine pour un ordre mondial en faisant de sa construction interne son objectif géopolitique ultime ».

Ukraine, Syrie, Lybie : la guerre est à nos portes, le défi est réel et l’Europe de la défense inexistante

Le général Vincent Desportes fait l’inventaire et passe les troupes en revue. « Force est de constater que jamais les armées françaises n’ont été autant déployées, et que jamais elles n’ont vécu un rythme aussi rapide de paupérisation et de dégradation de leurs capacités. » L’ancien directeur de l’École de guerre esquisse les traits par défaut du nouveau visage des conflits armés multidimensionnels, dont l’aspect politique va surpasser la puissance tactique et stratégique : « l’art est désormais de savoir passer du conflit terminé – le cessez-le-feu - au conflit résolu ». Si tu veux la guerre, prépare la paix…

Par Jacques Munier

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