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Editions du Sandre

Écrits politiques de Castoriadis

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La publication des œuvres de Cornelius Castoriadis, philosophe, théoricien d’un socialisme antitotalitaire et psychanalyste, se poursuit aux Éditions du Sandre.

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Avec notamment la nouvelle édition de La Société bureaucratique, qui nous introduit au cœur de sa pensée, car il fut l’un des tout premiers à dénoncer la bureaucratie soviétique à une époque où le Parti communiste français jouissait d’un grand prestige dans les milieux intellectuels. La Quinzaine littéraire consacre un dossier à cette parution, avec un article de Philippe Caumières, coauteur de Pour l’autonomie. La pensée politique de Castoriadis (L’Échappée, 2017) et un entretien de Nicolas Poirier, auteur de L’Ontologie politique de Castoriadis (Payot, 2011) avec l’éditeur de cet ensemble copieux des Écrits politiques, et longtemps membre du groupe Socialisme ou barbarie, Enrique Escobar. De Castoriadis, on peut résumer le projet d’anthropologie globale, qui articule philosophie et psychanalyse, sujet individuel et émancipation collective par l’un de ses livres les plus connus – L’institution imaginaire de la société. Sa critique du matérialisme historique débouche sur l’étude du rôle de l’imaginaire politique dans la formation des institutions qui structurent la vie sociale. C’est ce point que développe Philippe Caumières dans La Quinzaine : Castoriadis, critique de Marx, met en lumière chez lui une « tension » entre l’affirmation selon laquelle l’histoire est le produit des luttes et la thèse qui fait de l’infrastructure économique la clé de l’analyse des sociétés, « laquelle est indépendante de la conscience des hommes ». Pour Castoriadis, « chaque société ne relève que d’elle-même » et « s’auto-institue à partir de ce qu’il nomme des significations imaginaires sociales », qui « donnent sens à toute pratique sociale et indiquent ce qu’il convient ou non de faire (honorer son Dieu, défendre sa patrie, accumuler des richesses, etc.) ». Mais cette dimension instituante s’efface quand la société s’en remet, quant au fondement de ses normes, à des lois prétendument universelles : Dieu, la nature, la raison ou les lois du marché… C’est ce que le philosophe désigne comme « la clôture du sens ». Circulez, rien à voir ni à comprendre dans la transcendante légitimité de l’organisation sociale !

Il faut peut-être rappeler l’histoire de Socialisme ou Barbarie, qui fut d’abord un groupe avant d’être une revue. 

Dans la foulée de leur engagement critique, Castoriadis et Claude Lefort décident en 1949 de doter d’un organe d’expression et de diffusion la tendance qu’ils ont formé au sein du parti trotskiste avec quelques autres. Dans le contexte de la guerre froide, l’allure quelque peu apocalyptique de son titre traduit la conviction de ses animateurs de se trouver au seuil d’un troisième conflit mondial. Dans cette situation la marge est étroite pour ouvrir une perspective socialiste qui ne soit pas inféodée au monde soviétique. « Partis de la critique de la bureaucratie, nous sommes parvenus à formuler une conception positive du contenu du socialisme » affirme Castoriadis dans la dixième livraison de la revue. Cette conception oscillera entre pouvoir des conseils ouvriers fédérés et autogestion. Une notion prend forme dans ce creuset, qui sera capitale dans sa pensée, celle de l’autonomie comme condition de l’approfondissement démocratique. Et la revue accordera une grande place aux témoignages de la résistance ouvrière, en France et dans le monde, notamment anglo-saxon. Mais c’est la question de la bureaucratie soviétique qui aimante l’essentiel des analyses, car « La “question russe” (…) est la pierre de touche de la compréhension des problèmes du mouvement ouvrier depuis trente ans ». Enrique Escobar résume : « le système capitaliste « traditionnel », la « propriété  privée des moyens de production » peuvent bien disparaître, la société d’exploitation renaîtra inévitablement de ses cendres si la population ne trouve pas en elle-même la volonté et les moyens de prendre en charge la nouvelle société. » Ce que Castoriadis affirme dans la revue : « La question qui se trouve donc posée le lendemain d’une révolution victorieuse est celle-ci : qui sera le maître de la société débarrassée des capitalistes et de leurs instruments ? La structure du pouvoir, la forme du régime politique, les rapports du prolétariat avec sa propre direction, la gestion de la production et le régime dans les usines ne sont que les aspects particuliers de ce problème. » D’où l’importance d’une analyse de fond de la bureaucratie, où Castoriadis s’inspire davantage de Max Weber que de Marx. Si « Le trait déterminant, du point de vue politique, de la société bureaucratique, c’est la fusion de la classe dominante, de son parti et de l’État », alors ses caractéristiques se rapprochent de ce que Max Weber définissait comme la bureaucratie*, forme adéquate de la domination de l’esprit du capitalisme : « non pas une lourde machinerie inefficace mais au contraire l’incarnation d’un type de domination d’une efficacité supérieure aux autres ». L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (« quatre mots, quatre mensonges », comme disait Castoriadis en citant Souvarine) a adopté le modèle en décuplant ses pouvoirs.

Par Jacques Munier

*« Dans tous les domaines (État, Église, armée, parti, entreprise économique…) le développement des formes “modernes” de groupement s’identifie tout simplement au développement et à la progression constante de l’administration bureaucratique : la naissance de celle-ci est, pour ainsi dire, la spore de l’État occidental moderne. (…) Notre vie quotidienne tout entière est tendue dans ces cadres. » (M. Weber, Économie et société)

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