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Iran, les "mercredis blancs"

Moyen-Orient, état des lieux

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Plusieurs publications font le point sur une situation en constante évolution. Et du Kurdistan syrien à l'Iran de la contestation, un vent de liberté se lève.

Iran, les "mercredis blancs"
Iran, les "mercredis blancs"

C’est sans doute la partie du monde la plus instable aujourd’hui mais on peut tenter d’y repérer quelques lignes de force. Alors que les civils continuent de payer un lourd tribut à la reprise en main par le régime syrien de la poche rebelle de la Ghouta, près de Damas, au Kurdistan on vote pour l’élection des représentants aux assemblées locales et régionales. Le processus s’est déroulé en deux temps : une première consultation a eu lieu en décembre dernier, qui a mis en place des conseils communaux, et de nouvelles élections sont prévues le 19 janvier pour constituer les assemblées des trois régions du Kurdistan syrien, qui s’appelle aussi le Rojava. Pour le mensuel CQFD, Maria Couture est allée enquêter sur cette initiative démocratique, inédite dans le pays. Multiculturel comme l’ensemble de la Syrie, le Kurdistan a organisé la consultation dans les trois langues officielles de la région : le kurde, l’arabe et le syriaque. Les instances élues seront composées pour moitié de femmes et le règlement prévoit que « tous les groupes ethniques, culturels et religieux soient représentés dans les conseils », avec un quota de 40% qui leur est réservé. Pour Hediye Yusuf, co-présidente du conseil exécutif intérimaire de la Fédération démocratique du nord de la Syrie, c’est aussi un signal adressé à l’État syrien pour qu’il se démocratise. Et ce qui se dessine ainsi c’est une configuration fédérale pour l’avenir : « Nous souhaitons répandre l’idée du confédéralisme démocratique, qui est aussi une solution pour toutes les régions du Moyen-Orient », ajoute cette responsable politique. L’État turc voisin est vent debout contre ce projet d’autonomie. Son armée engagée sur le territoire syrien et qui occupe les environs d’Idlib fait peser une menace directe sur l’une des trois régions kurdes – celle d’Afrin. Et les Kurdes ont été exclus des pourparlers de paix sous la pression du régime d’Erdogan. Mais la démocratie progresse à bas bruit dans cette partie du Moyen-Orient, et avec elle le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’hebdomadaire Le un élargit la focale et fait le point sur l’ensemble de la région. En ce moment, c’est l’Iran qui semble redistribuer la donne. Du coup, c’est une sorte d’« obsession iranienne » qui se répand, selon les termes de Michel Foucher, une obsession partagée au-delà même du périmètre régional et jusqu’aux Etats-Unis. Avec l’Irak, chiite à 70% et autrefois ennemi mortel, devenu son glacis protecteur depuis la désastreuse intervention américaine de 2003, le pays des mollahs assure son accès terrestre à la Méditerranée moyennant l’allégeance de l’allié syrien et du Hezbollah libanais. Comme le rappellent Éric Fottorino ou Sylvain Cypel, cette situation a des conséquences inattendues sur les relations entre Israël et les monarchies du Golfe, sur l’air de l’adage « les ennemis de mon ennemi sont mes amis »… Ce que confirme Alain Dieckhoff en résumant : « la question palestinienne devient objectivement secondaire ». Et c’est « tout bénéfice pour le gouvernement israélien, qui n’a aucune raison de se presser pour faire de véritables ouvertures diplomatiques et peut continuer imperturbablement sa politique de colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem. Israël a encore moins de raison de faire un geste aujourd’hui, après l’arrivée de Donald Trump. » Haro sur l’Iran, tout le monde est d’accord… Reste que l’accord sur le nucléaire, dans la ligne de mire du président américain, est jusqu’à ce jour le meilleur moyen de contenir ses ambitions militaires atomiques. Tant que l’Iran tirera des bénéfices économiques de cet accord du fait de la levée progressive des sanctions, il le respectera, estime Robert Malley, président du think tank International Crisis Group (ICG), et ancien conseiller du président Clinton pour le Proche-Orient. « Mais si les Etats-Unis imposent de nouvelles sanctions qui se traduisent par un assèchement des échanges économiques avec l’Europe, le rapport de force entre partisans et adversaires du pacte nucléaire pourrait basculer à Téhéran. Bref, plus les Européens renforceront leurs liens diplomatiques avec Téhéran, plus ils encourageront leurs entreprises à traiter avec l’Iran, plus grandes seront les chances que l’accord survive. Le rôle de la France, en particulier, sera capital », estime le diplomate, ancien coordinateur de la zone Golfe-Moyen-Orient-Afrique du Nord dans la seconde administration Obama. En Iran, les manifestations semblent s’essouffler. Mais une photo a fait le tour du monde. Une jeune femme seule, debout sur le coffre d’un scooter, tient un bâton au sommet duquel est attaché le voile qu’elle devrait porter sur la tête. Elle participait aux « mercredis blancs », un mouvement de protestation contre les contraintes vestimentaires imposées aux femmes. Elle est aujourd’hui en prison. Dans les pages idées de Libération, l’écrivaine italienne Dacia Maraini lui rend hommage. « Ce corps sobre, vêtu d’un jogging sombre, dit seulement : assez! Et il l’exprime avec une telle éloquence qu’il est aussitôt devenu une bannière. Je sais que vous me frapperez, paraît dire cette jeune fille sévère et folle, très belle dans sa sincérité essentielle, je sais que vous me mettrez en prison et peut-être me torturerez. Mais je suis là, je ne bouge pas, et j’expose le voile, qui est à la fois le signe de mon identité de genre et de ma sujétion, pour vous faire comprendre que je n’en peux plus. » Il faut défendre son initiative muette et courageuse, par tous les moyens et relais de l’opinion internationale.

Par Jacques Munier

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