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Voter à 16 ans

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Faut-il abaisser l’âge de la majorité civique ? L’hebdomadaire Le un ouvre le débat

« Notre démocratie y trouverait-elle un second souffle et la jeunesse un nouvel intérêt pour la politique ? » La question est posée à la une, et à un an de la présidentielle on peut rappeler qu’en 2012, 59 % des 18-24 ans, déclaraient un fort intérêt pour la présidentielle contre 52 % dans l’ensemble de la population. Denis Jeambar, qui cite ces chiffres de l’Ifop, rappelle d’ailleurs que plusieurs pays européens ont testé la mesure : l’Allemagne, dans cinq Länder pour les élections locales et régionales, en Écosse lors du référendum sur l’indépendance. L’Autriche est la seule à l’avoir généralisée, avec des résultats ambivalents : gros succès en 2008 avec 80 % des 16-17 ans qui ont voté aux législatives. En 2013, ils n’étaient plus que 63 % ! Et le 25 avril dernier, combien d’entre eux ont placé le représentant de l’extrême droite en tête du premier tour de l’élection présidentielle ? Brice Teinturier distingue deux jeunesses : celle qui dispose du capital culturel et financier, et celle qui est privée du « bien le plus précieux, le seul que l’on ait à 15 ou 20 ans : une perspective d’avenir. Cette jeunesse-là – ajoute le politologue – nourrit les bataillons de l’ébranlement démocratique qui traverse la société française. Aujourd’hui, 70 % de nos concitoyens estiment que « le régime démocratique est irremplaçable » et qu’il s’agit du « meilleur système possible », mais 30 % – près d’un Français sur trois ! – est d’un avis contraire… Chez les moins de 35 ans, cette opinion monte à 37 % et frôle même les 50 % chez les moins de 35 ans précarisés. Accorder le droit de vote à 16 ans ne résoudrait pas les problèmes de cette jeunesse-là, mais aurait l’immense mérite d’envoyer un signe à une population qui se vit comme non reconnue et reléguée ». Un symbole d’inclusion qui contribuerait au déverrouillage de la société. Et pour Anne Muxel « un bienfait démocratique », une opportunité de réhabiliter la politique et faire reculer la défiance comme l’abstention. « Plus on intègre les jeunes de façon précoce dans un apprentissage de la vie civique et politique, plus les chances sont grandes que leur participation soit durable », comme le montrent les travaux sur la participation électorale et la socialisation politique. « Il faut qu’une personne ait voté trois fois dans la foulée de son entrée dans la citoyenneté active pour que les chances de la voir participer ultérieurement soient fortes » souligne la sociologue, en pointant le rôle que pourrait jouer l’Éducation nationale dans la formation civique, donnant à l’enseignement de la laïcité un sens renouvelé. La sociologue Monique Dagnaud parle de « la culture lol » de la dérision politique pour illustrer le rapport des jeunes au fonctionnement de la démocratie. Se moquer de la politique suppose une réelle expertise. Pourquoi ne pas l’employer à se désigner des représentants ?

Dans les pages Débats&controverses de L’Humanité l’accent est mis sur l’apprentissage de la démocratie par la matraque

Qui est responsable des violences policières dans les manifs anti-loi travail ? Dominique Noguères, de la Ligue des droits de l’homme, dénonce celles qu’ont subi de jeunes lycéens et qui se sont étendues aux rassemblements de Nuit debout ou aux manifestations syndicales, même – et c’est une première – pour le 1er mai. Elle rappelle la loi qui stipule que « toute personne appréhendée est placée sous la protection des policiers ou des gendarmes et préservée de toute forme de violence ou de tout traitement inhumain ou dégradant », un rappel à la loi qui s’applique dès le premier instant de l’interpellation, quels que soient le terrain ou les circonstances. Un courageux policier syndicaliste, Alexandre Langlois, met directement en cause la responsabilité du pouvoir politique dans les stratégies agressives de maintien de l’ordre, comme celle qui consiste à « transformer l’évacuation de certaines places en « souricières » ou à « laisser passer des groupes d’activistes violents, clairement identifiés ».

Du courage, il en est aussi question dans les pages idées de Libération

«Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Sophie Wahnich cite l’article 35 de la Constitution de 1793 et se demande ce qu’est l’insurrection d’un peuple libre. Elle fait l’analogie entre les assemblées à ciel ouvert de Nuit debout et celles de la Révolution française, « les lieux de la délibération sur les lois où deux à six cents citoyens se constituaient autour d’un président, de secrétaires, de scrutateurs pour décider de la validité des lois proposées par les législateurs. Ces assemblées étaient le lieu de la souveraineté populaire ». Se réunir, redevenir libre, ne plus céder… au sommaire de la dernière livraison de la revue Vacarme sous le signe du courage, avec la contribution de Sophie Wahnich sur le courage révolutionnaire

Par Jacques Munier

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