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Les Baumettes II

Réparer ou punir

5 min
À retrouver dans l'émission

À l’invitation de la présidente de la Commission des lois de l’Assemblée nos députés ont visité les prisons.

Les Baumettes II
Les Baumettes II Crédits : B. Horvat - AFP

Une quarantaine d’entre eux se sont rendus dans un établissement pénitentiaire de leur circonscription, en vue du projet de loi de programmation – dont le vote est prévu au printemps – qui doit notamment décider du plan de construction de nouvelles places de prison. Une manière aussi de préparer l’audition prochaine de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, dont l’hebdomadaire Le un publie aujourd’hui un long entretien. À la tête d’une équipe d’une cinquantaine de personnes, dont quarante contrôleurs – anciens avocats, magistrats ou directeurs de prison – Adeline Hazan a pour mission de « déterminer si des atteintes aux droits fondamentaux sont commises afin d’y mettre un terme ». Il s’agit notamment du droit à la vie et à l’intégrité physique, du maintien des droits familiaux, à la santé, du droit à des activités ou au culte. « Pour les mineurs – précise-t-elle – nous portons une attention particulière au droit à l’éducation. Notre rôle est de donner à voir l’invisible. Faire en sorte que l’État de droit ne s’arrête pas aux portes des lieux de privation de liberté, ce qui est souvent le cas. » Dernière visite en date : la maison d’arrêt de Fresnes « dans un état de vétusté et d’hygiène terrifiant : des rats couraient partout, les détenus étaient couverts de piqûres de punaises. Ce sont des conditions de vie indignes pour les détenus et des conditions de travail épouvantables pour les surveillants, qui occasionnent beaucoup de violence, et parfois même de la corruption. » En l’occurrence le rapport établi « a permis le déblocage d’un budget proche d’un million d’euros pour financer notamment la dératisation ». Pour l’hebdomadaire Manon Paulic a mené l’enquête aux Baumettes, autrefois de sinistre réputation avant d’être rénovée. En 2012 le Contrôleur général des lieux de privation de liberté de l’époque, Jean-Marie Delarue, avait passé douze jours sur place avec son équipe, et dénoncé « une situation épouvantable : cafards dans les réfrigérateurs, installations électriques non sécurisées, absence de cabines de douche et d’eau chaude, cours de promenade inondées, jonchées de déchets et de rats crevés… Les détenus s’entassent à trois dans des cellules de neuf mètres carrés. » Mais aujourd’hui, avec sa nouvelle structure agrandie, « l’Observatoire international des prisons (OIP) craint que la région ne désengorge certains établissements au détriment de la prison des Baumettes. Or une prison surpeuplée, aussi bien conçue soit-elle, est une prison qui fonctionne au ralenti. » C’est la leçon que retient Erik Orsenna, qui a rendu de nombreuses visites en prison, notamment à Fleury-Mérogis dans le cadre de sa mission pour la lecture. Il évoque le terme de « maison d’arrêt », qui signifie aussi que la vie s’est arrêtée. « C’est l’inverse de la réinsertion » estime-t-il. « Quand la vie s’arrête, quand on vit uniquement avec des gens arrêtés, on va forcément vers le pire. »

L’écrivain insiste sur l’importance de la lecture dans ces conditions

Une importance insuffisamment prise en compte car la lecture n’est pas considérée comme une activité mais comme un loisir en prison et l’accès à la bibliothèque est loin d’être une priorité. Le dernier N° de Passe-Murailles, la revue du Genepi, publie un dossier sur Prison et fiction. Comment la fiction, notamment au cinéma, rend compte de la condition carcérale, en répercutant souvent des stéréotypes qui contribuent à l’étiquetage social et ne facilitent pas la réinsertion. Mais aussi comment les détenus peuvent utiliser la fiction comme une ressource, non seulement par la lecture mais par l’écriture, à travers le témoignage, l’autofiction ou la poésie râpeuse du rap. La revue ouvre d’ailleurs ses pages à ces différents genres de textes dans sa rubrique Voix captives. « Qui pourrait dire la durée du présent ? » écrit Emmanuel. « Vivre l’instant. Quand j’étais actif, je regrettais de ne pas savoir le faire suffisamment, je concevais cela comme un danger, un risque de rater l’instant d’après, j’avais toujours une longueur d’avance… »

Toutes les activités sont bénéfiques au temps carcéral, ainsi qu’à la réinsertion

Mais il faut trop souvent attendre des mois avant d’y avoir accès… Et si la réinsertion est bien l’un des objectifs affichés de l’incarcération, la question conduit inévitablement à celle du sens de la peine. Aujourd’hui, en maison d’arrêt, le taux de récidive dans les cinq ans est de 63 %, alors qu’il est bien inférieur dans le cas des peines alternatives. Pour l’OIP, « Il faut repenser le sens de la peine et imaginer des alternatives à la prison. On incarcère des personnes pour des infractions routières quand on pourrait envisager des travaux d’intérêt général. » Dans le dernier N° de la revue de l’OIP, DedansDehors, Didier Fassin, l’auteur de Punir, une passion contemporaine, dénonce « l’obsession de la punition » et rappelle que pendant longtemps c’est plutôt la notion de réparation qui s’imposait : « compenser un dommage plutôt que sanctionner un coupable ».

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

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