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Maison d'arrêt de Caen

Misère de la pénitentiaire

5 min
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Le mouvement des surveillants de prison se poursuit sur fond de colère liée aux conditions de travail et aux tâtonnements dans la prise en charge de la radicalisation.

Maison d'arrêt de Caen
Maison d'arrêt de Caen Crédits : M. Daniau - AFP

Le mouvement des surveillants de prison, déclenché par l’agression de trois d’entre eux par un détenu condamné pour terrorisme au centre de Vendin-le-Vieil, se poursuit sur fond de colère liée aux conditions de travail et aux tâtonnements dans la prise en charge de la radicalisation, et ce malgré la visite de la ministre de la justice, Nicole Belloubet, qui s’est rendue à Vendin-le-Vieil hier, « pour écouter les personnels, comprendre ce qui s’est passé et voir ce qui peut être amélioré sur la sécurité ». Dans Le Monde.fr Jean-Baptiste Jacquin et Elise Vincent soulignent que « la montée de la violence touche tous les établissements, mais la multiplication des détenus radicalisés inquiète ». Un sujet qui divise le monde pénitentiaire. « L’UFAP-UNSA et FO militent pour des établissements où seraient regroupés les 500 détenus liés à des affaires de terrorisme. Une façon d’espérer notamment une reconnaissance de pénibilité. A l’inverse, le SNDP et la CGT y sont opposés, redoutant une hausse de la violence. Ils sont cependant favorables à l’essor des quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) où les détenus sont « évalués » pendant quatre mois avant d’être dispatchés. » Dans la page Débats de La Croix, on élargit la focale sur les conditions de travail du personnel pénitentiaire. David Besson, secrétaire général adjoint de l’Ufap Unsa – Justice rappelle qu’aujourd’hui « chaque surveillant a en charge une coursive d’environ 100 détenus. Dans ce contexte, nous n’avons plus le temps d’échanger avec eux et de repérer ceux qui se radicalisent. Anticiper un passage à l’acte violent s’avère d’autant plus difficile ». Sur la question des détenus radicalisés ou condamnés pour terrorisme, le syndicaliste exprime sa préoccupation. « Certains d’entre eux ont intégré ces derniers mois des ailes spécifiques dans une poignée d’établissements – les quartiers détenus violents (QDV) et les quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER). On note toutefois deux problèmes. D’une part, les surveillants en charge de ces unités sont clairement en nombre insuffisant. » Et l’on peut déplorer « l’absence d’étanchéité de ces unités. Les détenus qui y sont affectés continuent de côtoyer tous les autres, notamment lors des activités » avec le risque afférent d’endoctrinement des autres détenus et d’accroissement des menaces à l’encontre du personnel et des codétenus. « Sur la radicalisation, on navigue à vue » estime Damien Pellen, premier secrétaire du syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP) « Il y a des personnes détenues qui mettent un climat qui n’est pas serein – précise-t-il – qui mettent la pression à d’autres détenus, qui déstabilisent des détentions. Et en face, on tâtonne. Je ne suis pas sûr que les volontés soient arrêtées au niveau national, elles ne sont en tout cas pas déclinées localement. » Et de rappeler la réalité « des établissements surpeuplés, où les détenus n’ont pas assez accès à un travail ou des activités, et avec trop peu de personnels. Quand on a un surveillant pour 120 détenus, comment voulez-vous qu’il sache qu’untel ne va pas bien en ce moment, que tel autre trafique ou met la pression sur tel autre, bref, que la situation est en train de dégénérer ? Il faut améliorer le confort de travail des surveillants et leur permettre d’intervenir sur des situations précises de manière sécurisée. » Pas sûr que le volet du Projet de loi de finances pour 2018 concernant l’Administration pénitentiaire apporte une réponse aux inquiétudes. Le Sénat qui l’a rejeté doute qu’il puisse satisfaire à l’ambition présidentielle de – je cite « construire 15 000 places de prison afin de répondre à un triple objectif : assurer la pleine effectivité des peines prononcées, traiter dignement et dans des conditions de plus grande sécurité les détenus et faciliter leur réinsertion. Dans un contexte de surpopulation carcérale alarmant, aggravé par la menace terroriste, l'administration pénitentiaire joue également un rôle majeur dans la politique de lutte contre la radicalisation ». Marie Crétenot a examiné en détail ce budget pour la revue de l’OIP (Observatoire international des prisons)Dedans-Dehors. Elle confirme la perplexité des sénateurs : « personne ne peut y trouver son compte : ni les partisans de la décroissance carcérale, ni les tenants de l’extension du parc carcéral, ni ceux qui pensent pouvoir concilier construction et développement des alternatives à l’emprisonnement. » Elle cite Alain Marc, le rapporteur pour avis du budget pénitentiaire qui relève qu’aucun crédit n’est consacré à cette agence ou au développement du travail d’intérêt général » et elle note la diminution (-9,8%) des services pénitentiaires d’insertion et de probation, « amputant tout particulièrement les moyens dédiés à la prise en charge des personnes en milieu ouvert, dans le cadre d’alternatives à l’emprisonnement et d’aménagement de peine ». Objectif également à la baisse pour l’accroissement du parc carcéral : « est-ce là l’effet des difficultés de recrutement de l’administration pénitentiaire ? » demande-t-elle. « Avec des salaires peu attractifs, des conditions de travail déplorables, un climat tendu, les postes de surveillants créés sont à peine pourvus » rappelle la journaliste de Dedans-Dehors, par ailleurs consacré au travail en prison, « une mécanique archaïque »…

Par Jacques Munier

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