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Max Weber

Le métier de sociologue

5 min
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À distance de controverses médiatiques récentes sur la nature et le rôle des sciences sociales, des chercheurs poursuivent leur travail de décryptage des évolutions de la société.

Max Weber
Max Weber Crédits : Keystone - Maxppp

Le mensuel Sciences Humaines propose un dossier sur les nouveaux « clivages et recompositions » de la société française. Niveaux de revenu et aggravation des inégalités, reconfiguration des « classes sociales », nouvelle visibilité des différences religieuses, de genre ou de génération, clivages politiques qui se déplacent de la traditionnelle opposition droite-gauche vers une divergence entre les partisans du recentrage national et les défenseurs d’une société ouverte sur la mondialisation – comme l’analyse Pascal Perrineau – ou encore bipolarisation du travail, avec la raréfaction des emplois intermédiaires (ouvriers qualifiés de l’industrie, employés…) au profit des plus qualifiés ou, au contraire des moins qualifiés, sous l’effet de l’informatisation, comme le montre l’économiste Gregory Verdugo, le paysage d’ensemble se modifie sous nos yeux sans que nous ayons d’emblée les clés pour le comprendre. Encore faut-il éviter les explications séduisantes et souvent répétitives en termes de territoires, en vogue ces dernières années. Pour Hervé Le Bras, s’il est vrai que la ségrégation spatiale s’est amplifiée, avec une concentration dans les grandes villes des jeunes et des classes supérieures, ces dernières il y a peu « encore présentes sur une grande partie du territoire car impliquées dans l’industrie », le démographe montre que « la diversité n’est pas réductible à un critère géographique », car « il n’y a pas de division absolue du territoire mais une multitude de points de vue sur lui ». La revue XXI lui emboîte le pas avec son dossier sur la « double France, voyage dans un pays éclaté ». Dans son édito intitulé Cartes et territoires, Christophe Boltanski insiste : « Il y a plusieurs France en France ». En cause notamment « le triomphe de l’entre-soi. Chacun cherche à cohabiter avec ses semblables et à fuir ceux qui se situent immédiatement en dessous dans la hiérarchie sociale ou ne partagent pas le même mode de vie ». Ce que confirment « les tendances observées ailleurs, aux Etats-Unis, avec la victoire de Donald Trump, au Royaume-Uni à l’occasion du Brexit ou encore en Suisse, lors d’un référendum sur l’interdiction des minarets : le vote populiste est le plus souvent un vote exprimé loin des grandes villes, de leur dynamique, de leur prospérité et aussi de leur mixité. » D’où le dommage collatéral subi par la recherche de la vérité, « première victime d’un monde en vase clos. En devenant des liens partagés, les rumeurs prennent corps. » Olivier Brunhes a mené l’enquête à Montlouis, dans le Cher. Dans ce village, « des clans irréductibles s’affrontent. Chasseurs, bios, anciens, nouveaux ne se parlent plus que par invectives, plaintes aux gendarmes et assignation en justice ». Des fractures picrocholines et néanmoins réelles qui traversent des territoires grands comme un mouchoir de poche.

Un domaine se développe en sociologie, celui des études sur les sciences et la technologie

Un domaine émergent marqué à ses débuts « par une double critique de la science : une remise en cause de l’universalité des résultats scientifiques et du bien-fondé de la Raison, mais aussi une dénonciation des effets d’autorité et de domination culturelle que peuvent entraîner dans la société les énoncés scientifiques et les politiques qui s’en réclament », rappelle l’édito de la dernière livraison de la revue Zilsel. « Alors que la grotesque « post-vérité » est aujourd’hui érigée en droit politique à contredire les données scientifiques sur le climat, sur l’immigration et tant d’autres champs exposés à l’ignorance savamment fabriquée », la rédaction de la revue estime qu’il faut « reconstruire un socle solide pour une sociologie des sciences et des techniques soucieuse des effets induits de leurs lectures et de leur mode de circulation dans l’espace public ». Dans ce deuxième N°, la revue propose notamment un grand entretien avec Diane Vaughan réalisé par Arnaud Saint-Martin. La sociologue américaine est connue pour la recherche qu’elle a consacrée à l’accident tragique de la navette spatiale Challenger, survenu en 1986, un énorme « échec organisationnel ». Au sommaire également une reconstitution du dialogue entre Norbert Elias et Pierre Bourdieu sur la place de la philosophie dans les sciences sociales. Marc Joly évoque le projet d’une théorie générale de la société humaine conçu par l’auteur de Sur le processus de civilisation, un livre où Norbert Elias décrit la civilisation comme une longue évolution des structures de la personnalité dont on trouve les origines dans l'évolution des structures sociales. A égale distance de la philosophie avec son « sujet transcendantal » et de l’idéologie, le sociologue affirme son appartenance à une famille de sociologues (Sombart, Weber, Mannheim) pour lesquels la résolution des problèmes sociologiques du présent supposait de connaître les structures des sociétés passées. Dans cette optique, on lira avec intérêt les notes d’un cours inédit de Foucault sur la magie, « fait social total », qui témoigne de l’intérêt du philosophe pour l’ethnologie et signale – comme le rappelle Jean-François Bert dans sa présentation du document – combien la lecture de Marcel Mauss a été cruciale pour le jeune Foucault.

Par Jacques Munier

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6H45
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