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Tarzan, Joseph Newman

Le mythe de la virilité

5 min
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La cause des femmes est intimement liée à la critique de la domination masculine.

Tarzan, Joseph Newman
Tarzan, Joseph Newman Crédits : picture-alliance - Maxppp

Ça semble une évidence. Mais si aujourd’hui le constat des inégalités est fait dans le détail, si les femmes sont sorties de l’angle mort de l’histoire grâce à des historiennes comme Michèle Perrot, le système de la domination masculine semble moins étudié à l’exception des travaux fondateurs de Pierre Bourdieu ou de Françoise Héritier, ou encore des gender studies. Dans l’interminable séquence actuelle des affaires de harcèlement sexuel, l’hebdomadaire Le un s’emploie aujourd’hui à renverser la perspective en tentant de déconstruire le mythe de la virilité qui, d’après Olivia Gazalé, s’avère bien souvent anxiogène pour les hommes eux-mêmes. En ce sens, l’émancipation des femmes serait aussi une libération pour eux. « La virilité est un modèle de domination sur la femme, mais aussi de l’homme par l’homme », rappelle la philosophe. C’est également « un idéal nostalgique : à chaque époque, on regrette la virilité prétendument originelle qu’on aurait perdue. Déjà chez Aristophane, au Ve siècle avant Jésus-Christ, transparaît le regret des vrais hommes face à des contemporains jugés efféminés ! » L’auteure de l’ouvrage qui vient de paraître chez Robert Laffont sous le titre Le Mythe de la virilité estime qu’elle « induit des assignations sexuées souvent mortifères pour les hommes eux-mêmes et les rapports qu’ils entretiennent avec les femmes ». À la fois coercitif, discriminatoire, mais aussi contraignant et paradoxal, le modèle de la virilité « est un idéal hors d’atteinte, qui traduit avant tout la vulnérabilité, l’inquiétude que les hommes ont en partage », ce qu’illustre la sémantique étrange du mot « testicules », qui vient de testis , « la preuve ». Faire ses preuves, endosser le rôle, les garçons apprennent ça dès l’école, comme le montre Julien Bisson, qui a mené l’enquête dans une classe élémentaire des Alpes-Maritimes. Dans ce premier lieu de socialisation, « des stéréotypes apparaissent : les filles sont plus soigneuses, leur écriture est plus nette, tandis que les garçons se montrent plus brouillons, mais aussi plus inventifs », observe Charlotte, leur institutrice. Si des progrès sont manifestes dans les manuels scolaires, d’autres inégalités perdurent : « les directeurs invariablement masculins, l’interdiction des jouets dans la cour, à l’exception des ballons en mousse, le tracé du terrain de foot, qui offre l’espace de jeu central aux garçons »… Lesquels forment la grande majorité (80 %) des élèves punis à l’école. La sociologue Sylvie Ayral* s’est  penchée sur la question : « Le passage par la case sanction relève d’un rite de virilité. Les garçons font exprès de se faire punir, car ils savent pouvoir en tirer des bénéfices secondaires en termes de popularité. C’est une conduite sociale qui leur permet de se distinguer des filles, jugées plus scolaires, plus obéissantes ». Quant à elles, analysait Christian Baudelot, si elles réussissent mieux, c’est aussi parce qu’elles ont compris que l’école, malgré tout, était un lieu où faire valoir leur droit à l’égalité, davantage que dans le milieu familial.

« La sexualité masculine est-elle violente ? » Manon Paulic pose la question dans l’hebdomadaire

Là aussi on est dans le mythe, celui « d’une pulsion irrépressible » dont se justifient les agresseurs. La psychanalyse, la sexologie montrent qu’il n’y a pas de « besoin sexuel », au sens « où l’absence de sexualité ne développe pas de maladie chez l’homme ». Par contre, et c’est sans doute un effet pervers du modèle de la virilité, les hommes en veulent toujours plus ! D’où une forme de « frustration » que certains ont du mal à gérer. « L’hypersexualité de notre société, caractérisée par la tyrannie de la performance et de la jouissance à tout prix, n’apaise en rien ce sentiment de frustration. L’image de l’homme conquérant et de la femme objet continue de nourrir l’imaginaire de l’industrie cinématographique, des jeux vidéo, des publicités… mais par-dessus tout de la pornographie » résume Manon Paulic. Et pourtant, la chimie des émotions montre que le dosage de testostérone s’accroit chez les femmes dans les états amoureux précoces, les plus passionnels, alors qu’il baisse chez les hommes dans le même temps, eux qui en sont pourtant les mieux pourvus. Un bel effet d’équilibrage vient alors renverser les rôles : pour les hommes, il faut en rabattre sur la volonté de puissance afin de paraître « tout beau, tout nouveau, tout gentil » ; pour les femmes au contraire cet afflux lâche la bride à l’esprit de conquête, si bien que dans ce moment où s’enflamment les passions et qu’il s’agit de faire durer, les hommes sont des femmes comme les autres (Groucho Marx), et inversement… 

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