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Charles et Yvonne

La figure présidentielle

4 min
À retrouver dans l'émission

La fonction présidentielle s'est dégradée, mais "on veut du sens, de la vision, de l’autorité ; le président doit dire le réel, ce qu’est le pays et le monde "

Charles et Yvonne
Charles et Yvonne Crédits : Alexandre MARCHI - Maxppp

Hier, le Président est venu parler d’histoire au micro d’Emmanuel Laurentin, aujourd’hui c’est l’Histoire nous qui parle du Président

Et c’est un peu la chronique d’une mort annoncée… « Qu’est-il arrivé à la figure présidentielle ? » question posée par l’hebdomadaire Le un, qui lui taille un costard dans l’étoffe des « Habits neufs de l’empereur ». Et comme dans le conte d’Andersen, de nos jours « le roi est nu ». Banalisée, victime de la tyrannie de la transparence et des médias, la figure présidentielle est en passe d’abdiquer sa puissance symbolique en faveur de son incarnation mortelle. Ce que Mazarine Pingeot désigne dans sa contribution comme le passage de la personnification à la personnalisation du pouvoir. Mais – fait observer Brice Teinturier dans les mêmes pages « On ne se rend pas compte, lorsqu’on fait porter à Nicolas Sarkozy et à François Hollande la responsabilité de l’affaiblissement de la fonction présidentielle, que notre société ne supporterait plus la verticalité gaulliste ». Le politologue relève néanmoins que l’attente du pays reste forte à l’égard de la majesté de la fonction : « On veut du sens, de la vision, de l’autorité ; le président doit dire le réel, ce qu’est le pays et le monde ». Et il rappelle le rôle de la mondialisation ou de la question européenne dans l’affaire. « Quand vous êtes dans un cadre de souveraineté très fort comme sous de Gaulle ou Pompidou, les grandes décisions vous appartiennent. Dans une Europe élargie, à souveraineté partagée, le sentiment d’impuissance se généralise, la voix de la France porte moins ». La voix de la France, pour dire le pays et le monde, qui l’aura mieux incarnée que le Général, que je vous propose de réécouter dans une séquence de son discours historique de Bayeux en 1946 où, tout en posant par anticipation les principes du régime présidentiel de la Vème République, il cite Solon, le principal artisan de la constitution démocratique athénienne. « Des Grecs, jadis, demandaient au sage Solon: « Quelle est la meilleure constitution? » Il répondait : « Dites-moi, d’abord, pour quel peuple et à quelle époque ? » Aujourd’hui, c’est du peuple français et des peuples de l’Union française qu’il s’agit, et à une époque bien dure et bien dangereuse ! Prenons-nous tels que nous sommes. Prenons le siècle comme il est. » Prenons le siècle comme il est, on l’entend déjà : Charles a disparu sous de Gaulle, disait Régis Debray : le "moi je" s'efface devant le "il" ou le "nous". Les compagnons de captivité du capitaine de Gaulle prétendaient qu'ils ne l'avaient jamais vu sous la douche… Des deux corps du roi, l’un est transcendé dans la symbolique du pouvoir et destiné à s’incarner dans l’Histoire. La relève est depuis lors mal venue, malaisée, mal assurée. « Qui est le nouveau président de la République ? », demandait Françoise Giroud dans L’Express en 1969 suite à la première conférence de presse de Georges Pompidou, « on est tenté de se poser la question après l’avoir vu, tant il apparaît qu’il y a plusieurs hommes en lui et qu’il ne sait pas encore très précisément lui-même lequel occupera l’Élysée. Parmi tous les personnages que tour à tour il évoque, comme s’il les essayait, l’un d’eux semble si visiblement ébloui par ce qui lui arrive qu’il n’a pas encore entièrement dominé sa surprise. Cela, sans doute, est plus sympathique que s’il avait jugé naturel de devenir le premier des Français. Mais il est temps qu’il s’y habitue. Sinon, c’est nous qui finirions par nous en étonner. »

En Autriche la fonction présidentielle est loin d’être seulement honorifique, prévient le politologue Jan-Werner Müller

Face au populisme, le cordon sanitaire doit tenir – affirme-t-il dans Le Monde. En s'alliant avec le FPÖ – réceptacle d'anciens nazis après-guerre, avant de se transformer en parti protestataire avec Jörg Haider – les partis traditionnels ont permis sa dédiabolisation tout en perdant leur crédibilité. Il rappelle que la Constitution autrichienne confère au président des prérogatives proches de celles d'un président français et que du fait qu’il « est censé incarner l'unité nationale, il est préoccupant de voir que la moitié de l'électorat a accordé sa confiance à un homme qui sème autant la division. Car Hofer se présente comme le font tous les populistes d'extrême droite : il est le seul qui représente le vrai peuple, le seul qui dit la vérité et tous ses adversaires sont illégitimes et anti-autrichiens. Ce discours ne convient pas à une figure présidentielle » conclut le professeur à Princeton.

Par Jacques Munier

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