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Les catacombes

Les mystères de Paris

5 min
À retrouver dans l'émission

C’est les vacances et les rues de Paris se remplissent de touristes d’un genre particulier : ils parlent notre langue.

Les catacombes
Les catacombes Crédits : M. Cassago - Getty

On les appelait les « cousins de province » mais on n’entend plus guère cette expression légèrement condescendante. C’est que Paris, on le sait, est une ville de passage, qui a toujours brassé des populations d’origines très diverses et notamment venues des quatre coins de France. « Être parisien – disait Sacha Guitry – ce n’est pas être né à Paris, c’est y renaître. » De cette diversité, les quartiers de Paris conservent la trace dans leur physionomie sociale, même changeante, dans leur mémoire affichée ou passée sous silence, dans leurs petits secrets… C’est à les exhumer que Michel Dansel a consacré un livre épais, fruit d’une pérégrination à travers les vingt arrondissements de la capitale. Sous les pavés, la grande histoire côtoie les épopées ordinaires, ce que l’auteur de Paris secret (Bouquins Robert Laffont) appelle « une mosaïque polychrome », dont de larges pans ont été effacés par le temps. « Paris, dans ses permanentes métamorphoses, accumule les secrets les plus dépareillés, les invraisemblances les mieux déguisées par l’histoire, les légendes bétonnées dans la réalité et toute la palette des possibles » résume-t-il. Les promeneurs du jardin du Luxembourg peuvent-ils seulement imaginer que la chasse à courre y fut longtemps pratiquée, les visiteurs de Notre-Dame qu’il fut un temps où l’on pouvait y entrer à cheval ? À Paris plus qu’ailleurs, « le sacré comme le profane cohabitent partout »… À preuve, parmi tant d’autres, cette anecdote à propos du cardinal Charles de Lorraine, de retour du concile de Trente, stoppé dans son élan pour faire une entrée triomphale dans la capitale avec ses hommes d’armes par le gouverneur d’alors, le Maréchal de Montmorency. Contraint de se sauver dans une arrière-boutique, il trouva refuge sous le lit d’une servante accorte… Ça se passait non loin de l’actuelle place Joachim-du-Bellay où se dresse aujourd’hui la fontaine des Innocents, dans le quartier des Halles. À l’époque le lieu était dénommé « le charnier des Innocents » car il accueillait une immense fosse commune. Pendant des siècles, des milliers de cadavres y furent ensevelis, « sur plus d’une dizaine de mètres sous terre et jusqu’à deux mètres cinquante au-dessus du niveau de la rue. Des odeurs pestilentielles envahissaient le quartier. » On raconte ainsi – le fait est attesté – que peu de temps avant la fermeture du cimetière, « au mois de mai 1780 les murs de la cave d’un restaurateur s’éventrèrent sous la pression des ossements qui s’y déversèrent ! »

De fait, la Ville lumière recèle sa part d’ombre et même une géographie souterraine

Michel Dansel, qui ne s’y attarde pas, évoque notamment le transfert des ossements vers les Catacombes, la nuit et pendant des mois. Dans les galeries qui s’étendent sur 300 kms sous Paris, ouvertes par les carrières d’où vient la pierre ayant servi à la construction de la ville, un imaginaire inversé hante les boyaux. Aurélien Noyelle les a arpentés à la recherche des tribus qui les occupent le temps d’une fête macabre, ou de séjours nocturnes très ritualisés illustrant les survivances de la pensée archaïque dans le monde moderne. Là, une sociabilité alternative volontiers libertaire pose les tréteaux de la nuit. Les tagueurs s’occupent du décor… On désigne ce petit monde qui cultive le secret du nom de cataphiles, et ceux qui se risquent dans les entrailles par curiosité, les touristes. Sous Paris (Lemieux éditeur) décrit ces communautés éphémères ou plus durables, dont le style anarchiste le dispute à l’esprit potache, ainsi que ses lieux emblématiques : le bar des Rats, auréolé du prestige de l’histoire déjà ancienne d’un groupuscule interlope, la Plage, avec sa large reproduction, mordant sur le ciel, de La Vague d’Hokusai, le Cellier et la galerie de l’École des Mines, où les futurs ingénieurs des sous-sols viennent tous les ans peindre une fresque en l’honneur de leur promotion… Le tout nimbé de cet imaginaire chtonien et archaïque de retour à la Terre Mère. En surface, on retrouve le monde commun mais pas forcément moins archétypique, avec un chauffeur de taxi d’un genre particulier, pour une course psychanalytique. Elie Francis, d’origine libanaise publie Taxi ! (Atlande) où il raconte ses tentatives d’introspection dans les parages inconscients de ses clients, non sans se livrer lui-même. Peut-être vous êtes-vous déjà embarqué dans l’habitacle freudien et vous reconnaitrez-vous dans l’un des portraits esquissés le temps d’un trajet. Volontiers philosophe, Élie met ainsi à profit son séjour « dans un entre-deux, un lieu intermédiaire entre deux stations de taxi, entre deux moments de la vie des gens, dans une parenthèse en quelque sorte ». Tout déplacement étant une métaphore, il estime que sur le parcours, il trace un chemin à ses clients et les aide « à trouver leur route ». Comme tout chauffeur de taxi, il sait reconnaître d’instinct ceux qui sont d’humeur à bavarder, de même que « ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de parler comme si le monde allait subitement s’arrêter s’il n’était pas couvert en permanence par leur voix ». L’ensemble donne une savoureuse physiologie sociale, avec ses moments de poésie. Paris sous la neige, « une page blanche pour tout réécrire »… « Vous devriez essayer la poésie – lui dit alors son client – c’est un chemin plus court vers l’essentiel et ça aide à se sentir plus libre. »

Par Jacques Munier

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