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Paris, Place de la République, janvier 2018

#metoo, #wetoo

5 min
À retrouver dans l'émission

Un collectif masculin appelle dans Le Monde à soutenir le mouvement #metoo et dénonce les comportements violents à l'encontre des femmes.

Paris, Place de la République, janvier 2018
Paris, Place de la République, janvier 2018 Crédits : A. Newim - AFP

Dans Le Nouveau Magazine Littéraire, Raphaël Glucksmann, le directeur de la rédaction, et Michel Hazanavicius, réalisateur, signent une tribune contre la « liberté d’importuner » et pour l’égalité entre les sexes « qui seule nous rendra tous et toutes réellement libres ». Pour Olivia Gazalé, auteure de l'essai Le Mythe de la virilité (Robert Laffont, 2017), le harcèlement sexuel découle de l'idéologie de la virilité. Et « Pour que les hommes changent leur regard sur les femmes, il faut qu'ils commencent par changer celui qu'ils portent sur eux-mêmes. Car cette construction des sexes est aussi une violence pour le sexe masculin, sommé de se conformer à des canons virils cœrcitifs et discriminatoires, qui entretiennent l'homophobie et le mépris de tout homme qui ne possède pas les marqueurs de la virilité triomphale ». L’enquête de Faustine Vincent dans Le Monde sur la libération de la parole des femmes vue du côté masculin témoigne d’une certaine ambivalence dans les réactions, entre la crainte d'une « chasse aux sorcières » et la prise de conscience. Ce que le sociologue Philippe Rigaut traduit dans les pages Débats & analyses du quotidien comme une forme de double-bind, d’injonction contradictoire, entre un sujet social en marche vers l'égalité et un sujet érotique « dans une position plus ambiguë, comme contraint par l'ombre portée du phallus ». La psychanalyste Piera Aulagnier le disait à sa manière : « Si l'homme est prêt à revendiquer son autonomie de désirant, il pardonne mal la réciprocité quand il n'en est pas le bénéficiaire. » C’est ainsi désormais : la liberté sexuelle s’arrête là où commence celle des femmes… En particulier dans les comportements de séduction. Se faire belle ne doit plus être perçu comme un appel systématique à la drague ni la féminité comme un signal automatique de disponibilité. « L'enjeu n'est pas la castration » ajoute le sociologue qui emprunte au vocabulaire de la psychanalyse et rappelle que « Pour beaucoup d'hommes, la femme demeure ce continent noir dont parlait Freud ; une Terra incognita d'autant plus inquiétante aujourd'hui que ses contours sociologiques ont évolué dans le sens d'une plus grande appropriation de territoires longtemps réservés aux hommes ». Et que par ailleurs le caractère obscur de la sexualité féminine l’est de moins en moins. Ebdo, le nouvel hebdomadaire participatif, rouvre le dossier d’une « bombe anatomique » : le clitoris. 42% des femmes ne sauraient pas encore qu’il est le « détonateur du plaisir féminin ». D’où l’importance de l’éducation, après les avancées sociétales qui ont rendu aux femmes la libre disposition de leur corps, pilule et IVG, une éducation sexuelle qui est selon Constance Poniatowski dans son édito « la seule façon de permettre aux deux sexes de développer autonomie, estime de soi, respect mutuel et donc l’égalité dans leurs rapports. Il ne suffit pas de naître femme ou homme, il faut aussi savoir le devenir. » Thiphaine Honnet fait le tour des publications détaillant les prodigieux pouvoirs de l’organe qui est « l’homologue fonctionnel du pénis », et permet à la sexualité féminine de démentir sa condition de réceptacle, voire de simple « trou ». Sa curieuse étymologie renvoie au grec « kleitoris » qui signifie « fermoir » ou « clé », elle libère les rêveries de l’appât et du piège, du collet et de l’appeau, du clapet à désir… Et remise aux archives la toute puissance du phallus, en dégageant l’horizon d’une révolution clitoridienne dans la connaissance de l’inconscient. Freud considérait le plaisir clitoridien comme infantile. Enfance de l’art, de l’art d’aimer. Mais Lacan, qui identifiait pénis et clitoris, a contribué à renverser la perspective freudienne de la sexualité féminine comme procédant uniquement d’un manque – celui du phallus – entité symbolique, métaphore paternelle à laquelle seul pourrait se substituer le désir de maternité, comme le montre Marie Pesenti-Irrmann dans un ouvrage publié aux éditions Érès sous ce titre éloquent : Lacan à l’école des femmes. Patientes ou rencontrées dans la littérature, la tradition mystique ou encore empruntées à la mythologie, des femmes ont ouvert à ses yeux un nouveau continent : celui de la jouissance et de l’amour. En contrepoint du triptyque Désir/Phallus/Nom du père, elles esquissent une trinité inédite : Jouissance/Amour/Femme. « Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir », affirme-t-il dans Le Séminaire sur L’angoisse. C’est que, pour la femme, « le fait qu’elle s’exhibe et se propose comme objet du désir, l’identifie de façon latente et secrète au phallus, et situe son être de sujet comme phallus désiré, comme signifiant du désir de l’autre, le situe, cet être, au-delà de ce qu’on peut appeler la mascarade féminine, puisqu’en fin de compte tout ce qu’elle montre de sa féminité est précisément lié à cette identification profonde, à un signifiant qui est le plus lié à sa féminité. » C’est dans Le Séminaire sur Les formations de l’inconscient. Du Lacan dans le texte… A bon entendeur, salut !

Par Jacques Munier

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