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Sigmund Freud

Idées de lectures

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La finance et l'évasion fiscale, Umberto Eco et la pensée médiévale, Freud et Spinoza... Dans la presse, des livres qui éclairent le monde

Sigmund Freud
Sigmund Freud Crédits : KEYSTONE Pictures USA - Maxppp

Alors que débute à Londres un sommet anti-corruption controversé, L’Humanité ouvre ses pages débats à un commissaire divisionnaire spécialiste de l’évasion fiscale

Jean-François Gayraud dénonce l’impunité d’une finance qui a inversé le rapport de forces prévalant jusqu’aux années 1980, où la politique pouvait exercer son autorité sur le financier. Aujourd’hui c’est lui « qui assoit jour après jour sa domination sur le pouvoir politique et même judiciaire ». Une situation qui a des conséquences directes sur nos existences : « le surendettement provoqué par des prêts prédateurs et la spéculation tue ». Le contempteur des criminels à col blanc parle d’une « zombicratie » : « un système avide qui sclérose l’économie. Une grande partie du système bancaire international donne l’apparence de la bonne santé mais c’est un système mortifère, lesté, grevé de mauvaises dettes donc de prêts non recouvrables, douteux et parfois même frauduleux. Comme dans les films d’horreur ces morts-vivants ne cessent de revenir à la vie ». Jean-François Gayraud voit à cela deux raisons : après la crise de 2008, « les banques ont été sauvées par l’argent du public, avec le sang frais des contribuables ». Et les États se sont refusés à « amener les banquiers fraudeurs à l’origine des bulles immobilières et boursières sur le terrain pénal ». Pire encore des lois, notamment en France, ont favorisé l’optimisation fiscale. Face à cette situation le haut fonctionnaire de police qui publie L’Art de la guerre financière chez Odile Jacob estime que les États doivent abandonner le « mauvais réflexe de sauver les banques au nom du too big to fail » et devant la finance dérégulée « redécouvrir les vertus de la punition et de l’interdiction ». Des préconisations que ne désavouerait pas Eva Joly dont le dernier livre taille un costume à Jean-Claude Juncker, « l’homme des paradis fiscaux placé à la tête de l’Europe ». Jean-Pierre Stroobants a lu pour Le Monde Le loup dans la bergerie, aux éditions Les arènes. « Au-delà du cas du Luxembourg – écrit-il – l'ancienne juge d'instruction de l'affaire Elf a raison de marteler que les populations ne pourront plus tolérer longtemps que l'Europe des Père la rigueur admette que, chaque année, 1 000 milliards d'impôts échappent aux Trésors nationaux en raison de l'inexistence d'une politique fiscale commune aux Vingt-Huit. »

On retrouve Umberto Eco dans le quotidien du soir. Son recueil d’essais a passionné Patrick Boucheron

Consacrés à la pensée médiévale et publiés chez Grasset, ils renouent avec le « hobby » de toute une vie, employée à « égarer son lecteur dans des dédales de complots et de falsifications qui ne sont rien d'autre que les réverbérations contemporaines de la grande forêt symbolique du Moyen Age. Attendait-il – demande le professeur au Collège de France – de la sémiotique, science méticuleuse des classifications, de quoi mettre de l'ordre dans ce fatras de l'imaginaire ? Cela pourrait bien être le contraire. » Dans un article de 1962 sur les origines scolastiques de l’esthétique de Joyce, il écrivait : « On peut dire que l'histoire de la culture moderne n'a pas été autre chose que l'opposition continuelle entre l'exigence d'un ordre et le besoin de distinguer dans le monde une forme changeante, ouverte à l'aventure, imprégnée de possibilités. »

Dans un entretien fictif imaginé par le Corriere della sera en 2010, il dialoguait avec Thomas d’Aquin

« Je vous vois sourire, Maître – lui disait-il. Vous n'allez pas si mal qu'on le dit. Je souris – lui répond le Docteur angélique – parce que je sens que d'ici ce soir je serai mort. » Michel Juffé, lui, a imaginé une correspondance entre Freud et Spinoza, une étonnante et lumineuse entreprise dont il parle à Yann Diener dans Charlie Hebdo. Publiée chez Gallimard, elle fomente la rencontre de deux pensées qui s’éclairent l’une l’autre, mais aussi celle de deux personnes arrimées à leur époque. Il faut voir Freud expliquer à Spinoza l’importance de la sexualité et Spinoza justifier sa lecture laïque de la Bible. Les échanges sont nourris de l’impeccable connaissance par Michel Juffé des œuvres des deux épistoliers et de leurs circonstances historiques et biographiques. Le philosophe, formé à l’école de Gilbert Simondon et Félix Guattari, trouve là un merveilleux « plan d’immanence » pour conjuguer psychanalyse et philosophie. En réponse à l’inquiétude de Freud face à la montée du nazisme, Spinoza retrace l’histoire de la persécution des juifs en Europe depuis le IVème siècle, des juifs qui, en toute circonstance, croient naïvement que Dieu viendra les sauver. « Cette tragique erreur est à double effet : d’un côté elle leur donne un courage inouï pour persister à travers tous les malheurs ; de l’autre elle en fait de faciles victimes ». Avec, pour finir, le sourire du dessinateur Vuillemin – nous sommes à Charlie. Freud au réveil en pyjama et bonnet de nuit, le cigare au bec : « J’ai fait un rêve angoissant : Spinoza m’écrivait et je mettais un siècle à lui répondre… Merde ! Je sens que ça va me pourrir la journée ».

Par Jacques Munier

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