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Les Rencontres d’Averroès se tiennent ce weekend à Marseille.

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Alger Crédits : H. Zaourar - AFP

Même et surtout si l’on ne peut oublier la tragédie des migrants, les Rencontres s’emploient à jeter des ponts entre les deux rives, et cette 24ème édition est placée sous le signe des libertés. Leur fondateur et animateur, Thierry Fabre, rappelle dans L’Humanité à quel point celles-ci « sont en péril dans le monde méditerranéen », là où des sociétés jeunes « cherchent à inventer un avenir » à égale distance de la dictature et de l’islamisme. Dans ce contexte, il faut inlassablement défendre l’idée d’un « possible monde commun », loin du « clash des civilisations ». Marseille s’y prête parfaitement, elle qui « est profondément connectée au monde méditerranéen ». L’ambition de ces rencontres est aussi de « comprendre le moment historique de l’islam contemporain travaillé par une volonté de purification » – on pourrait dire aussi de repli sur soi et de crispation identitaire – et de contribuer à éclairer ce « qui relève du politico-religieux », ainsi que « la marginalisation de la pensée critique ». Première table-ronde demain à 15h, avec notamment Yadh Ben Achour, juriste tunisien, qu’on peut retrouver dès maintenant dans la page Débats du journal La Croix, partenaire des Rencontres. Le spécialiste de droit public et des théories politiques islamiques observe que « La Tunisie fait figure d’anomalie arabe, pour reprendre l’expression de Safwan Masri, de l’université de Columbia. Malgré les vicissitudes politiques, et le terrorisme qui a failli mettre à mal la transition, la Tunisie a évolué dans le bon sens. Elle a instauré la paix civile et développé le système démocratique dont l’alternance politique entre 2011 et 2014 est le plus vibrant témoignage. De grandes réformes en matière d’égalité et de libertés sont lancées. » Selon lui, « L’islamisme va montrer ses limites avec le temps. Le terrorisme est d’ailleurs l’expression de son échec ». Malheureusement, il « parle très fort. On n’entend que lui. » L’auteur de Quel islam pour l’Europe ? insiste sur les réformes – dues à l’adaptation – et les réussites en Occident : « À Berlin, des mosquées ouvrent leurs portes à des femmes qui dirigent des prières, comme à Londres, aux États-Unis ou en Afrique du Sud, des homosexuels sont accueillis, hommes et femmes s’y côtoient… Cet islam-là n’a pas de problème avec la culture européenne et ne peut pas ne pas avoir d’avenir. » Même « le monde arabo-musulman n’échappera pas à cette évolution. La démocratie et les droits humains sont par nature laïques, car par nature temporels. Les sociétés sont conservatrices. L’islam reste très présent. Mais derrière la grande illusion de la charia souveraine se cachent des révolutions invisibles, de petites formes de laïcité sociale et juridique. »

L’Algérie, dont l’économie dopée au pétrole et au gaz tourne au ralenti, louvoie entre immobilisme politique et dynamisme d’une jeunesse entreprenante

Le Point consacre un éclairant dossier à cette puissance encore stable dans un environnement chaotique. Et sous la stabilité, une société jeune, effervescente ou amorphe… dont le taux de chômage avoisine les 30% mais qui développe les start-up sur le continent insubmersible de l’internet. Dans ses mots incisifs l’écrivain Kamel Daoud résume le paradoxe qui en délivre toute une série d’autres : l’opacité du pouvoir. « Le régime est féodal, discret, convaincu de sa mission d’arbitre entre le pétrole et la famine, l’Algérien et l’anarchie, la menace externe et l’ordre interne. Il faut être Algérien pour sentir tout ce soupçon majeur de la caste des décolonisateurs envers les décolonisés. Un lien ténu de redevances infinies. Le décolonisateur remplace le colon. » Avec cette leçon à caractère universel : « il y a peu de vie après le terrorisme ». Car partout on hésite à « choisir entre la démocratie et la sécurité ». Dans les pages idées de Libération Aurélie Daher, Politologue et historienne, enseignante à Sciences-Po et à l’université Paris-Dauphine (Irisso) analyse le rétropédalage saoudien au Liban : « Face au soutien des chancelleries occidentales au Premier ministre libanais démissionnaire, le royaume des Saoud a dû se rendre à l’évidence: forcer Saad Hariri à quitter son poste, élément clef d’un subtil équilibre des forces dans la région, était une mauvaise idée » résume l’auteure de Hezbollah – mobilisation et pouvoir (PUF, 2014). Et dans Le Monde Laure Stephan poursuit son grand reportage à Damas par temps de guerre, où la population veut croire à la fin de la guerre et des privations. Mais si le mot " réconciliation " revient souvent dans le discours officiel, elle semble encore abstraite dans une ville qui tente de se maintenir à flot : un mot « pour désigner le retour dans le giron de l'Etat des anciens rebelles et de leurs sympathisants, au terme d'accords que l'opposition dénonce comme des redditions forcées. Il leur faut reconnaître qu'ils sont " tombés dans un piège pour détruire la Syrie ", selon une formule reprise par les partisans loyalistes. Mais combien de temps faudra-t-il pour que le ressentiment s'estompe ? » Après les morts, les destructions, les milliers de disparitions, dans les propos parfois elliptiques de ses interlocuteurs « l'ombre des douleurs intimes est toujours présente ». 

 Par Jacques Munier

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