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Alep, la vieille ville, mai 2015

Syrie, la guerre par défaut

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C’est la deuxième édition des Rendez-vous de l’Histoire du monde arabe. L’actualité syrienne s’y est invitée

Alep, la vieille ville, mai 2015
Alep, la vieille ville, mai 2015 Crédits : Abdalrhman Ismail - Reuters

Et ce dès aujourd’hui sur la question des réfugiés en Jordanie. Dans L’Obs, Yassin al-Haj Saleh, l’une des grandes figures de l’opposition syrienne – seize ans de prison sous la dictature de Hafez al-Assad – exprime son incrédulité face aux discussions de Genève. « Le régime n’a jamais fait aucune concession à l’opposition en quarante ans d’existence. » Pour l’opposant communiste qui vient de publier chez Sindbad-Actes Sud La Question syrienne, « le régime temporise ». L’idée même qu’il soit prêt à négocier est selon lui inconcevable quand on connaît l’histoire de la Syrie. De même – ajoute-t-il « il est impossible d’en finir avec le terrorisme islamiste en s’alliant avec Bachar al-Assad. Si l’État islamique a pu prendre cette ampleur, c’est grâce à lui. » Rappelant qu’il n’y a pas de comparaison possible entre les méfaits de Daech et ceux du régime et que les décapitations, même si elles sont spectaculaires, ne représentent que peu de choses face aux 300 000 morts causées par « la violence inouïe du régime d’Assad » Yassin al-Haj Saleh évoque son passage à la prison de Palmyre. « Le nombre des détenus islamistes était bien supérieur à celui des autres prisonniers politiques. Leurs conditions de détentions inhumaines, que j’ai partagées pendant un an, ont certainement contribué à les radicaliser. Ils purgeaient parfois des peines de vingt ans, au cours desquelles ils étaient frappés quotidiennement. À leur sortie, leur soif de vengeance était inextinguible. » Le sociologue et écrivain originaire de Raqqa, dont les deux frères ont été enlevés par Daech, cite le témoignage de l’un d’entre eux lorsqu’il était torturé : « De quoi te plains-tu – lui disaient les soldats de l’État islamique – ce que nous te faisons ne représente même pas le quart de ce que nous avons subi dans la prison de Saydnaya, près de Damas ! » Saydnaya que Hédi Aouidj appelle « la couveuse de Daech ». Dans la revue XXI, il raconte les cent jours passés après le « printemps de Damas » par Abdallah, un étudiant syrien, dans la cellule où se trouvent de futurs hauts responsables de l’organisation Etat islamique comme Ali Moussa al-Shawakh, alias « Abou Loukhman » et Abou Ali al-Anbari. En 2011, au début de la révolution syrienne, les prisonniers de Saydnaya sont tous amnistiés sur décision de Bachar al-Assad. Aussitôt libres, les islamistes vont constituer l’ossature des mouvements djihadistes qui fusionneront avec l’Etat islamique en Irak.

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Il revient sur la question lancinante de la politique étrangère dans la campagne électorale américaine : « pourquoi l'Amérique est-elle sans cesse en train de guerroyer au Grand Moyen-Orient ? » Alors que paradoxalement elle aimerait tant se désengager. L’attitude de Barak Obama est en cause, même si l'entourage du président a beau jeu de rappeler « les leçons de la désastreuse aventure irakienne de 2003 » et le « chapitre de chaos sanglant qui ravage encore la région et nourrit la bête djihadiste ». Mais si l’on peut convenir que « l'outil militaire n'est pas l'instrument le plus performant pour assurer la défense des intérêts américains au Moyen-Orient », la prudence de l’administration Obama, « cette sorte de " ni-ni " : ni retrait complet ni engagement militaire massif » donne au final « cette impression d'une situation guerrière permanente, de bataille jamais vraiment perdue, mais jamais vraiment gagnée non plus ». A propos de la Syrie et des pourparlers de paix, le correspondant à Beyrouth du quotidien du soir évoquait jeudi une « guerre par défaut ». « Aucun des deux camps ne semble à même de prendre un ascendant décisif- observait-il. Mais ce constat ne suffit pas à débloquer les négociations. L'opposition, avec le soutien de ses protecteurs arabes (Arabie saoudite et Qatar) et occidentaux (France et Royaume-Uni), s'accroche à une exigence – le départ d'Assad – sans rapport avec ses capacités militaires. Et le régime, encouragé par son patron iranien, dédaigne toute idée de transition post-Assad, au nom d'une illusoire reconquête de tout le territoire. Malgré les efforts de Mistura pour concocter un compromis, ce double déni garantit l'échec des négociations. » Conclusion de Benjamin Barthe : « Pour l'instant, il n'y a pas plus de solution militaire que de solution politique. Dans une telle situation, la guerre s'impose par défaut. »

Le genre de situation que l’ONU a souvent eu à démêler. L’organisation doit renouveler son secrétaire général, le mandat de Ban Ki-moon arrivant à échéance.

Et pour renverser la formule qui veut que le numéro un des Nations Unies soit plus un secrétaire qu’un général, certains, face aux défis actuels, souhaitent « bien plus un général qu’un secrétaire ». Dans L’Humanité l’historienne Chloé Maurel plaide pour une élection véritablement démocratique, même s’il y a certains progrès, dans la parité notamment. Une vraie campagne électorale, relayée par les médias, concernerait davantage la population mondiale et la personne investie gagnerait en légitimité.

Par Jacques Munier

Les Rendez-vous de l’Histoire du monde arabe

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