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M. Aoun, S. Hariri, Beyrouth, 22/11/2017

Nouvelle donne au Proche-Orient

5 min
À retrouver dans l'émission

Après le retour de Saad Hariri au Liban, la presse tente de reconstituer la séquence qui vient de se dérouler entre Ryad, Paris et Le Caire pour en saisir la logique.

M. Aoun, S. Hariri, Beyrouth, 22/11/2017
M. Aoun, S. Hariri, Beyrouth, 22/11/2017 Crédits : LEBANESE PRESIDENCY - AFP

Surtout après la volte-face (prévisible) du Premier ministre, qui a accepté de surseoir à sa décision de démissionner à la demande du président Michel Aoun, pour – je cite « donner une chance au dialogue ». D’après Benjamin Barthe dans Le Monde, qui évoque « des sources convergentes, le chef d'Etat et son premier ministre se seraient donnés un délai d'une quinzaine de jours pour mener des consultations tous azimuts, à l'échelle locale et internationale. L'objectif tacite du chef du camp sunnite libanais est d'aboutir à une redéfinition du pacte gouvernemental, dans le but de limiter la marge d'autonomie du Hezbollah, force dominante jusque-là dans la coalition. » En signe – semble-t-il – de bonne volonté, lundi, dans sa dernière allocution télévisée en date, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’est dit lui aussi ouvert au dialogue, il « a récusé toute implication au Yémen et annoncé que ses troupes quitteraient la Syrie et l’Irak le jour où les autorités de Damas et de Bagdad déclareraient victoire ». D’après Fadia Kiwan, professeure de sciences politiques à l’université Saint-Joseph, la conjoncture actuelle pourrait faciliter le dialogue. « Le conflit syrien se termine, Daech est fini, un climat de fin de guerre s’installe doucement dans la région qui peut permettre un repositionnement des uns et des autres. Il faut profiter de ce moment. » Reste à savoir si l’Arabie saoudite est prête à jouer le jeu. « Nul ne sait, pour l’instant, si le premier ministre a coordonné son changement de pied avec Riyad ». Pour Mohamed Al-Herez, un ingénieur chiite de Tripoli cité par Benjamin Barthe, il « est possible que les Saoudiens aient été choqués et qu’ils cherchent à se venger… Malheureusement, le Liban est un théâtre, un grand théâtre de marionnettes. » L’heure est donc désormais aux négociations, mais la partie s’annonce serrée puisque, comme le souligne Virginie Le Borgne dans Mediapart, « Si Saad Hariri semble avoir gagné au sein de la population, il en est autrement en ce qui concerne le monde des partis politiques. « Il a beaucoup de problèmes au sein de son mouvement, avance Ali Mourad, maître de conférences en droit public à la Beirut Arab University. Même dans sa garde rapprochée, certains ont suivi le choix saoudien et ne l’ont pas défendu. Comment va-t-il pouvoir continuer à travailler avec eux ? » Et d’ajouter : « La situation est devenue un peu surréaliste pour lui puisque ses opposants historiques (le Hezbollah et Michel Aoun) ont tout fait pour qu’il revienne ! » Courrier international cite les propos deDalal Al-Bizri, du site d’info Al-Araby al-Jadid : « C’est à la faveur d’un “arrangement” que Michel Aoun et Saad Hariri ont pu se hisser respectivement à la présidence de la République et à la présidence du Conseil des ministres. C’était il y a à peu près un an. Le pacte qui lie les deux hommes est le plus pourri qu’ait connu le Liban, qui peut pourtant s’enorgueillir d’un riche passé de corruption parmi ses dirigeants. » 

Du coup, tous les regards se tournent vers l’Iran et l’Arabie saoudite pour tenter de deviner la suite des événements

Pour Nabil Mouline dans L’Obs, la politique libanaise n’est qu’un des aspects de la stratégie saoudienne : « Face à la politique hégémonique de l’Iran dans la région, Mohammed Ben Salman a voulu montrer que l’Arabie saoudite était capable de perturber le jeu. » Car aucune des deux puissances n’a « les capacités ni la volonté de s’engager dans une guerre frontale ». En revanche, les guerres par procuration, en Syrie ou au Yemen, voire désormais au Liban, vont sans doute se poursuivre jusqu’à ce que les deux protagonistes « se stabilisent, car les deux régimes sont en transition ». Le chercheur au CNRS analyse la situation saoudienne, où Mohammed Ben Salman « est en train de mettre brutalement fin au système de multidomination saoudien, cette distribution horizontale du pouvoir entre un certain nombre de princes puissants et de factions » pour « revenir à une organisation verticale du pouvoir ». En somme, résume-t-il « Ce n’est pas le printemps de Riyad, c’est l’automne des caciques. » Pour Henry Laurens dans Le Point, MBS « a compris que le modèle économique du pays ne pouvait plus reposer sur la rente pétrolière ». Et « sa décision de laisser les femmes conduire vise à séduire les Occidentaux mais aussi à donner la possibilité à celles-ci de travailler, car beaucoup d’emplois, aujourd’hui, ne sont pas pourvus par des Saoudiens ». Le professeur au Collège de France estime aussi que le prince « veut persuader les Arabes qu’il incarne le leadership régional comme le faisait autrefois Nasser ». Quant aux Iraniens, ils « ont la conviction qu’en entretenant plusieurs conflits fonctionnant comme une ceinture de sécurité autour de leur pays, ils sont protégés ». L’avenir dira comment les uns et les autres parviendront à résoudre leurs équations respectives. Mais le futur proche du Liban et le règlement politique de la guerre en Syrie devraient en livrer des indices.

Par Jacques Munier

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