LE DIRECT
Nouméa, Centre culturel Jean-Marie Tjibaou (par Renzo Piano)

Le référendum en Nouvelle-Calédonie

5 min
À retrouver dans l'émission

Mercredi dernier les indépendantistes et les loyalistes calédoniens se sont exprimés à la tribune de l'ONU devant la commission de décolonisation.

Nouméa, Centre culturel Jean-Marie Tjibaou (par Renzo Piano)
Nouméa, Centre culturel Jean-Marie Tjibaou (par Renzo Piano) Crédits : P. Guyot - AFP

Une commission qui se tient tous les ans et qui examinait cette année le cas de la Nouvelle-Calédonie, où l'État français a progressivement transféré de nombreuses compétences au gouvernement local, à l’exception des domaines régaliens. C’est pourquoi le « Caillou » reste inscrit par l'ONU sur la liste des pays et territoires à décoloniser. « La confrontation s’est révélée cruciale – souligne Carine Fouteau dans Mediapart – car elle a constitué une préfiguration des débats passionnels qui ne vont pas manquer de monter en puissance au cours des prochains mois ». À près d’un an du référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, « les représentants des différents camps, avec toutes leurs nuances, se sont retrouvés ». Et force est de constater que la situation ne se résume pas à l’opposition entre des Kanaks majoritairement indépendantistes et des Caldoches, Calédoniens d’origine européenne, massivement opposés à l’éloignement de l’État français. Le président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Philippe Germain (Calédonie ensemble, centre droit) a d’ailleurs salué « le processus décolonial entamé avec les accords de Matignon, évoquant entre autres l’amélioration de la représentation politique des séparatistes dans les institutions locales, les transferts de compétences, la reconnaissance d’un statut civil coutumier, la possibilité d’adhérer à des organisations internationales et la redistribution d’une partie des terres aux Kanaks ». Mais Rock Wamytan, président du groupe UC-FLNKS et nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, a dénoncé la poursuite d’une « politique de colonie de peuplement ». Et « Malgré la politique de « rééquilibrage » engagée à la suite de l’accord de Nouméa, les écarts socio-économiques restent si importants entre le sud de Grande Terre, peuplé par les Caldoches, où se concentrent les ressources financières, et les provinces du nord et des îles, terres kanakes en grande difficulté (le taux de chômage atteint 30 % dans le nord, contre seulement 8 % dans le sud), que le risque de fracture est réel » observe la journaliste de Mediapart. Pourtant « les équilibres politiques sur place penchent plutôt en faveur du rejet de l’indépendance ». Prochaine étape : la réunion à Matignon du comité des signataires de l’accord de Nouméa au cours de la deuxième quinzaine d’octobre, en vue « de résoudre deux problèmes centraux pour la suite des événements : la formulation de la question posée lors du référendum et la délimitation du corps électoral ».

Cette question de la constitution du corps électoral fait débat

Depuis longtemps déjà, comme le rappelle Stéphanie Graff dans le dossier consacré à la « Kanaki Nouvelle Calédonie » par la revue Mouvements. S’il est vrai que l’accord de Nouméa signé en 1998 reconnaît « les ombres de la période coloniale », il affirme une égale légitimité sur le territoire calédonien au peuple autochtone kanak et aux nouvelles populations installées à partir du XIXe siècle. Or la démographie n’est pas favorable aux Kanaks, qui ne représentent que 40% de la population après avoir bien failli disparaître : au recensement de 1923, leur population avait chuté de 80% depuis l’époque où James Cook découvre l’île en 1774. Spoliations foncières, ségrégation raciale et spatiale, déplacements et travail forcé, pendant longtemps les Kanak furent soumis au régime disciplinaire de l’Indigénat. En plus des colons, le bagne ouvert en 1864 a constitué une autre source de peuplement : condamnés de droit commun et politiques – notamment les communards – dont une partie bénéficie du droit de s’implanter comme « concessionnaire pénal », c’est-à-dire colon agricole. Les négociations s’annoncent donc laborieuses, au carrefour de la mémoire, de l’histoire et de l’économie. Une économie de dépendance, même si la province Nord est riche du plus grand gisement de nickel de la planète. L’usine qui l’exploite est la propriété à 51 % de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP), désormais aux mains des Kanak.

La séquence politique qui s’ouvre en vue du référendum d’indépendance sera aussi l’occasion de découvrir la richesse de la culture kanak

Et là deux noms s’imposent, ceux des anthropologues Maurice Leenhardt et Alban Bensa. Le premier la fait connaître dès le début du XXe siècle, le second, ami personnel de Jean-Marie Tjibaou, a publié de nombreux ouvrages sur sa renaissance et ses protagonistes. Son dernier livre, coécrit avec Kacué Yvon Goromoedo et Adrian Muckle : Les sanglots de l’aigle pêcheur (Anacharsis) revient sur la Guerre kanak de 1917, déclenchée contre les recrutements forcés vers les tranchées de la Grande Guerre. Dans un livre récent publié aux ateliers henry dougier sous le titre Calédoniens. Lignes de vie d’un peuple, Catherine C. Laurent a recueilli les témoignages de Kanak et aussi de Calédoniens de toutes origines *, rassemblés sur le Caillou. Les autochtones évoquent notamment leur expérience de la double culture, kanak et française. Billy Wapotro, enseignant et anthropologue rappelle aussi l’intérêt pour la civilisation austronésienne où la sienne s’insère. Pourvu que ça dure !

Par Jacques Munier

* Le « boom du nickel » fait affluer 35 000 immigrants entre 1969 et 1972.

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Amérique du Sud. 50 ans après la mort de Che Guevara, les nouvelles guerres latino-américaines
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......