LE DIRECT
Jérusalem, le 7 décembre 2017

Jérusalem

5 min
À retrouver dans l'émission

Les Etats-Unis reconnaissent désormais officiellement Jérusalem comme la capitale d’Israël.

Jérusalem, le 7 décembre 2017
Jérusalem, le 7 décembre 2017 Crédits : Oren Ziv - Maxppp

Une décision qui risque de conforter la relation " idolâtre " d'Israël à la terre, à la " sainteté " et à l'histoire, selon le rabbin David Meyer, qui estime dans Le Monde que « la " sainteté " associée à ce lieu, dont la tradition juive se fait l'écho à de très nombreuses reprises, ne devrait pas être confondue avec une obligation quelconque de souveraineté ». Car, demande le professeur à l’Université grégorienne pontificale de Rome, Jérusalem a-t-elle besoin d'être la capitale de l'Etat d'Israël pour garder sa signification religieuse pour le peuple juif ? Il est vrai que selon la loi fondamentale votée à la Knesset le 30  juillet 1980, Jérusalem est la " capitale éternelle et indivisible " d'Israël. Mais en liant trop étroitement la destinée de la Ville sainte à l'idée de souveraineté politique, le rabbin souligne « l'impasse sur certains aspects souvent oubliés du récit biblique » et notamment que « la Torah ne fait aucune mention de la ville ». C’est pourquoi il suggère de dissocier les deux questions – souveraineté politique et légitimité religieuse – en allant même plus loin : « Plutôt qu'une capitale de deux Etats, il serait sans doute plus juste et religieusement plus sensé de refuser l'idée que Jérusalem puisse être une capitale. Ni capitale d'Israël ni capitale de la Palestine. » Un tel « abandon volontaire de souveraineté restituerait à la ville son potentiel de " sainteté " et, surtout, ferait justice à l'idée religieuse d'une ville qui se veut être le symbole des aspirations humaines vers une conception du divin » partagée par les trois religion du Livre. Mais comment faire comprendre la subtilité du raisonnement au président américain, un raisonnement qui s’appuie en l’occurrence sur des notions rabbiniques relatives à la dépossession et à l’utilisation à des fins religieuses ou rituelles de certains biens ou lieux dans le but de les « consacrer à une utilisation non profane » ? D’autant que le thème de la souveraineté israélienne sur Jérusalem fait consensus aux Etats-Unis, même si aucun président n’était jusqu’alors passé à l’acte pour des raisons d’opportunité politique liées au processus de paix. Or c’est à l’évidence pour des raisons de politique intérieure que Donald Trump a tenu à honorer cette promesse de campagne, et pas au nom d’une hasardeuse vision géopolitique dont il semble par ailleurs totalement dénué. Une partie importante de son électorat est composée par les chrétiens évangéliques qui s’identifient à l’histoire d’Israël en vertu notamment de l’idéologie de la fameuse « destinée manifeste ». Une enquête* a montré que plus de 80 % d’entre eux sont convaincus d’un don divin d’Israël au peuple juif, alors que 40 % seulement des Américains de confession juive partage cette conviction*.

La décision du président américain accentue l’isolement diplomatique de son pays

Et elle ruine son rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Courrier international relaie les réactions dans le monde arabe, à commencer par la presse palestinienne. « Jérusalem est l’emblème de la Palestine – souligne le quotidien de Ramallah Al-Hayat Al-Jadida. Sans Jérusalem, la Palestine ne serait qu’un cadre géographique, sans racines ni identité. Jérusalem, c’est notre profondeur historique, civilisationnelle et religieuse. C’est la mosquée Al-Aqsa et aussi le Saint-Sépulcre. » Le journal panarabe Al-Quds estime dans son éditorial que la décision de Trump montre la vision unilatérale de Washington. “Le transfert de l’ambassade à Jérusalem aurait de ceci de positif que cela clarifierait les choses.” Et l’article de pointer l’embarras dans lequel Trump met ses alliés arabes, notamment la monarchie saoudienne et l’Égypte du maréchal Sissi. Dans L’Orient-Le Jour, Anthony Samrani estime que « Donald Trump est en train de sortir les États-Unis de l’histoire du Moyen-Orient. » Et il souligne que « La question de Jérusalem est peut-être actuellement la seule à pouvoir réunir, non seulement les pays arabes, mais plus généralement les musulmans dans le monde entier, y compris les Saoudiens et les Iraniens ». C’est donc selon lui un « superbe cadeau » qu’il vient de faire à l’Iran « alors que tous les regards étaient ces derniers temps braqués sur l’autoroute chiite qui relie Téhéran à la Méditerranée » en passant par l’Irak, la Syrie et le Liban. Un cadeau, empoisonné pour Israël également, c’est le point de vue du quotidien israélien Ha’Aretz. Hemi Shalev se demande quel sera le prix à payer pour son pays. « Cette décision va saboter toute initiative de paix, provoquer un retour de bâton qui nuira aux intérêts américains et israéliens au Moyen-Orient. Ce sera un précieux atout pour la propagande iranienne. »***

La réaction ne s’est pas fait attendre côté palestinien

Des manifestations et des affrontements contre l’armée israélienne se sont déroulés hier en Cisjordanie et à Gaza, où le Hamas a appelé à une nouvelle intifada dès aujourd’hui. L’Humanité revient sur l’histoire de la première Intifada, dont l’élément déclencheur, il y a trente ans jour pour jour, fut le choc volontaire d’une voiture par un camion militaire israélien, tuant quatre Palestiniens. Le « soulèvement » durera 6 ans jusqu’à la signature des accords d’Oslo. L’histoire va-t-elle encore se répéter ?

Par Jacques Munier

* Enquête du Pew Research Center de 2014

Chroniques

6H45
11 min

Les Enjeux internationaux

11ème sommet de l’OMC à Buenos Aires : une régulation agricole mondiale est-elle possible ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......