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place de la République

Le "mal français"

5 min
À retrouver dans l'émission

Le « mal français » se soigne à République, pas ce que nos voisins anglais, italiens ou espagnols ont aimablement baptisé ainsi… mais la pathologie diffuse diagnostiquée jadis par Alain Peyrefitte

place de la République
place de la République Crédits : Christian Hartmann - Reuters

Kamel Daoud déambule dans Paris et promène son regard sur le « mal français »

C’est en quelque sorte le regard du persan… Sa chronique dans Le Point a pour titre Capitale des pas perdus, où l’on entend l’écho du recueil de Paul Éluard, Capitale de la douleur – qui devait à l’origine s’intituler L’art d’être malheureux – mais aussi la résonance des pas solitaires dans ces larges vestibules sans fin qui ouvrent une ligne de fuite aux âmes inquiètes. « Déclinisme ? se demande-t-il. Gauchisme ou mollesse universelle ? Perte de sens ou errance assise ? » L’écrivain peine à mettre des mots sur le mal « en se promenant sous le beau ciel de Paris ». Il éprouve sans doute lui aussi le paradoxe hexagonal déjà signalé par Cioran, qui voyait notre pays comme « la province idéale de l’Europe » où vit un « peuple accablé par la chance ». « Pas de mot exact pour désigner le « mal français », à tel point que cela justifie mille commentaires » relève non sans malice l’observateur avisé. « Quelque chose qui ressemble à du chagrin d’avoir été quitté par une histoire fabuleuse ». Peut-être aussi « un repli sur soi ou une défaite de l’ambition universelle que cette nation a inventée il y a trois siècles », ou encore le clivage latent entre cette « épopée universelle » et la culture du terroir… « Pour le passant étranger, c’est le spectacle d’une attente – écrit Kamel Daoud : c’est un pays entier qui attend quelqu’un. » Il ne lui a pas échappé que nous sommes entrés en campagne pour l’élection présidentielle, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. On risque les hypothèses et la sémantique – je cite « Un maraudage en monde clos. Un paradoxe raffiné. Une déclinaison hexagonale du doute sur soi et d’affirmation sur les autres. » On esquisse une étiologie : « voilà un pays qui se porte bien malgré tout, mais qui voudrait peut-être s’essayer à l’hystérie par oisiveté ». Ultime recours de l’entendement, un « orientalisme inversé » suggère que le « mal français » serait une version tardive et résiliente du « fatalisme imaginaire que l’on attribuait au Moyen-Orient d’autrefois »… On a envie d’exhorter l’écrivain à quitter les avenues aux « arbres distingués » pour orienter ses pas vers des lieux moins déprimants : la place de la République, par exemple

D’autant que la compagnie y invite. Aujourd’hui dans L’Humanité des débats : Jolie Môme, Sandra Laugier et Yves Sintomer

Et dans les pages idées de Libération Alina Reyes ou Frédéric Worms … J’y reviens tout de suite mais dans L’Huma Yves Sintomer insiste sur l’aspect territorialisé du mouvement Nuit debout : cri de protestation face à la montée de l’autoritarisme, de la xénophobie et des idées réactionnaires il traduit aussi un désir de « vivre ici et maintenant ». « Paris est une ville chère – rappelle-t-il – il n’existe que peu d’endroits où se rassembler lorsqu’on est jeune et désargenté. » L’occupation, même intermittente, est donc en soi un geste émancipateur et foncièrement politique – si l’on ose dire. Sandra Laugier, qui a publié avec Albert Ogien le Principe démocratie où ils se sont intéressés tous deux « à l’extension du domaine de la désobéissance par l’occupation, qui est toujours vue comme une transgression » estime que pour se pérenniser le mouvement devrait la maintenir le jour, et faire en somme #Jour et #NuitDebout, quitte à étendre les trois-huit au domaine de la lutte. « Ils peuvent empêcher les fleurs de pousser, ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver » conclut en citant Pablo Neruda la Compagnie Jolie Môme, engagée dès le début dans le mouvement. « On voit bien ce qui peut susciter la dérision dans la Nuit debout comme dans les défilés du 11 janvier (2015) ou même (quoique personne n’y ait songé cette fois) dans celui de Bruxelles contre la terreur et la haine », ce sont des réactions immédiates et affectives sans portée lointaine et limitées en diversité sociale, observe Frédéric Worms, qui souligne à la fois des différences et des complémentarités. « D’un côté, face aux actes de violence extrême, une réaffirmation des principes par les corps ou plutôt par le corps qui les a institués et qui continue de les porter, on dirait presque à bout de bras et de voix, et de crayons, et de dessins, et d’affiches. Mais d’un autre côté, ce qui commence à se faire jour sous le signe paradoxal de la nuit, non pas simplement la nuit blanche ni la nuit passée « à refaire le monde », mais qui passe du côté de l’action, de la discussion, de l’avenir et du projet avec des contenus encore, et heureusement, ouverts et imprévisibles. » Car « c’est la toile de fond des refus qui sous-tend le dessin des possibles dans une démocratie qui serait alors à la fois celle du jour et celle de la nuit », conclut le philosophe. Tel est le sens des divers mouvements d’occupation, de Wall Street à la place Tahrir, Syntagma ou Puerta del Sol… Un printemps global appelé à se relancer ce 15 mai partout dans le monde sur les places publiques #76Mars

Par Jacques Munier

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