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 Aubervilliers, le 7 avril 2012

Le métier de journaliste

5 min
À retrouver dans l'émission

Au Classement mondial de la liberté de la presse 2017, publié par Reporters sans frontières, la France se situe au 39ème rang.

 Aubervilliers, le 7 avril 2012
Aubervilliers, le 7 avril 2012 Crédits : Marlene Awaad - Maxppp

Et donc loin derrière les pays du nord de l’Europe, les Pays-Bas, la Suisse, la Belgique ou l’Allemagne (16ème place), elle est remontée dans le classement depuis l’an dernier où elle était 45ème. L’organisation internationale indique dans son rapport annuel que « si la presse est globalement libre et plutôt bien protégée par la loi, le paysage médiatique français est largement constitué de groupes dont les propriétaires ont d’autres intérêts que leur attachement au journalisme », une situation qui fait « peser une menace sur l'indépendance éditoriale ». Et elle pointe notamment « une recrudescence de pratiques violentes des forces de l’ordre contre des reporters, à l’occasion des manifestations contre la loi travail ou du démantèlement de la jungle de Calais », ainsi que, pendant la campagne présidentielle, « une hostilité grandissante à l’égard des journalistes » de la part des politiques et de la population. C’est le sujet des pages Débats&Controverses de L’Humanité : « La presse est-elle encore libre ? » Aude Lancelin rappelle qu’aujourd’hui « 90% de l’information sont gardiennés par des grandes entreprises du CAC 40 ». Et Laurent Mauduit confirme la régression par rapport au programme du Conseil national de la Résistance, à la Libération, où « il s’agissait de rétablir la liberté de la presse, son honneur et son indépendance ». Les modèles économiques étaient alors la coopérative ouvrière, comme au Parisien ou au Dauphiné libéré, ou encore le journal dont les journalistes sont propriétaire comme Le Monde. Le journaliste de Mediapart dénonce la constitution de grands empires autour de Niel-Pigasse, Drahi ou Bolloré… « Nous sommes dans une presse second Empire, où ce sont les obligés du palais qui détiennent la presse dans des logiques de connivence » et il s’inquiète aussi de l’hostilité croissante à l’égard des journalistes : « le droit à l’information est fondamental dans une démocratie. Haïr la presse revient donc à contester la démocratie ».

Mais peut-être que les journalistes ont aussi leur part de responsabilité dans cette situation

Certes, mais l’anathème ne saurait remplacer la critique réfléchie des médias. Dans sa chronique hebdomadaire de TéléObs, Jean-Claude Guillebaud, comme d’autres, la mène en conscience. La semaine dernière, il estimait, sans doute sensible à l’air du temps, qu’il convenait de « se fâcher ». « Cet appareil polymorphe qu'on appelle les médias (audiovisuel, internet, réseaux sociaux, etc.) est en train de détruire le journalisme, et ruine du même coup la délibération démocratique. L'un et l'autre se trouvent submergés par un bruit permanent, engloutis sous un déluge de rumeurs approximatives, de vanités et de jugements infantiles. » Dénonçant le « narcissisme obsessionnel auquel s'abandonne, sans pudeur ni retenue, la basse-cour médiatique » il déplorait que « la presse écrite se trouve prise en otage par le médiatique », lequel « se ramène le plus souvent à un interminable commentaire, une homélie, des infos recueillies et données par la presse écrite ». Et citant Cyrano de Bergerac : « Le gros appareil prospère ainsi "comme un lierre obscur qui circonvient un tronc". » Cette semaine, le supplément médias de L’Obs a mené l’enquête sur la chaîne de télé la plus regardée dans le monde arabe : Al Jazeera. Accusée par l’Arabie saoudite de faire l’apologie du terrorisme parce qu’elle a donné la parole à Ben Laden, Khaled Mechaal du Hamas ou au Front Al-Nosra, son véritable tort semble être en l’occurrence de concurrencer le quasi-monopole sur l’information dont jouissent les Saoudiens dans la région. On rappelle que selon le classement de Reporters sans frontières l’Arabie saoudite est à la 168ème place sur 180, et le Qatar à la 123ème. Il est vrai que la plupart du temps lorsque ses antennes s’ouvrent à des islamistes radicaux ou des djihadistes, c’est sans recul critique ni « contradicteur solide », mais surtout, relève Émile Boutelier en citant le rapport de RSF, « ce qui se passe dans le petit émirat du Qatar reste sous silence ».

Tout cela confirme l’intérêt d’une véritable critique des médias

Et elle n’est, hélas, pas très développée, même sous nos latitudes démocratiques… Lucie Raymond a lu pour le site nonfiction.fr le livre d’Alain Accardo : Pour une socioanalyse du journalisme, publié chez Agone. Le sociologue, proche de Bourdieu, analyse le « champ journalistique » en terme d’« habitus de classe », qui nourrit l’esprit de corps et explique le « consensus journalistique », la tendancielle convergence des points de vue. « Dans un système capitaliste globalisé où les médias sont soumis à de fortes exigences économiques – exigences qui influent sur la compétitivité entre les salariés, résume Lucie Raymond – la réalité de la profession de journaliste s’éloigne de plus en plus de l’imaginaire qui l’accompagne. Cet imaginaire, porté par " le discours de célébration, verbal ou non-verbal, que les médias diffusent sur eux-mêmes ", se heurte aux contraintes réelles qui conditionnent le travail journalistique. »

Par Jacques Munier

Le site de l'Acrimed Observatoire des médias

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