LE DIRECT
Nuit debout, mai 2016

Le moment politique

5 min
À retrouver dans l'émission

La dense et longue séquence politique qui s’est achevée par les élections présidentielle et législatives commence à susciter des réflexions de fond.

Nuit debout, mai 2016
Nuit debout, mai 2016 Crédits : Simon Guillemin - AFP

La dernière livraison de la revue Esprit revient à ses fondamentaux avec un dossier sur l’état de notre démocratie. Les différentes contributions s’articulent autour de la notion de « pari politique », qui résume « la grande indétermination » caractéristique du contexte actuel. « Quel peuple voulons-nous être ? » demande Patrick Viveret, en écho à la réponse faite par Benoît Hamon lors du débat télévisé du premier tour, à la question « Quel président voulez-vous être ? ». Engagé dans plusieurs revues, le magistrat honoraire de la Cour des comptes est très actif dans les mouvements citoyens. C’est précisément l’angle adopté par Bernard Manin, celui de la complémentarité entre la forme électorale et non électorale de la participation politique. La démocratie des partis est en crise du fait « de l’effritement des fidélités partisanes stables », observe-t-il. Les grandes divisions structurant nos sociétés démocratiques – de classes, de religions ou de professions – « se sont brouillées, complexifiées, et ne jouent plus un rôle suffisant pour entraîner une partition durable de l’électorat », lequel ne se reconnaît plus dans des organisations à vocation totalisante, qui encadraient leurs partisans jusque dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, voire privée comme les loisirs ou les vacances. D’où l’apparition de ce que le politologue désigne comme « la démocratie du public » : une sorte d’extension du domaine de la délibération ou de l’opposition, une forme de mobilisation qui se concentre le plus souvent sur des objectifs limités et circonstanciels, se manifeste dans la rue ou sur les places publiques, par l’occupation des lieux de travail… Mais plus vraiment « autour d’un programme à multiples dimensions », relevant de ce qu’on a pu désigner comme des « grands récits », socialiste ou libéral. Même dispersées « ces pratiques révèlent un phénomène de grande ampleur. Elles procèdent d’une conception philosophiquement élaborée de la démocratie, qui confère un rôle essentiel à la formation de la volonté collective par discussion et échange d’arguments, plutôt que par simple agrégation des préférences des citoyens ». Or, ce qui manque à ce genre de mobilisations, qui le plus souvent « s’évanouissent lorsque disparaissent les conditions qui leur ont donné naissance », c’est précisément le caractère durable de l’action politique instituée. C’est pourquoi Bernard Manin parie sur la complémentarité et l’articulation entre cette « conception délibérative de la démocratie » et les formes classiques de la représentation. Il y va, selon lui, de la nécessaire « responsabilité politique » : « un Parlement dans lequel les décisions seraient votées par des regroupements changeants de députés sans attaches serait pour l’essentiel irresponsable. »

Mais la « crise de confiance » dans la démocratie représentative est indéniable, comme en témoigne le taux élevé d’abstention aux élections

C’est le sujet de l’article d’Olivia Leboyer, qui s’interroge sur l’énigme de la confiance dans la dernière livraison de la revue Commentaire. Tocqueville la considérait apparentée à la défiance dans la société démocratique où l’égalisation des conditions peut faire naître un sentiment de jalousie à l’égard des gouvernants. Tenant à la fois de l’intuition et de la décision, donc de l’émotion et du calcul rationnel, la confiance en matière politique est ce « précipité » ambivalent « où se mêlent une simple part de la délégation et une part, plus trouble, d’incarnation », celle du pouvoir dans la personne de l’élu. Mais « la confiance suppose un horizon d’attente », où se conjuguent les espoirs et les doutes. « La défiance peut très bien n’être que prudence. Mais la confiance véritable n’est pas la crédulité » affirmait Alain. Reste que leur dynamique propre, si elle diverge dans l’assentiment accordé à la représentation politique, peut aboutir en effet à une crise de la légitimité dont nous voyons les effets sous nos yeux.

Une crise qui touche également, à travers tout le continent, les institutions européennes

Alors que Jean-Claude Juncker prononçait hier son discours sur l’état de l’Union depuis le Parlement de Strasbourg, le philosophe croate Srecko Horvat plaide dans Mediapart pour une Europe plus démocratique. « Il est évident que le Parlement européen n’a pas une fonction de Parlement. La Commission européenne, l’Eurogroupe et l’Ecofin ont beaucoup plus de pouvoir ». L’une des figures de DiEM25, le mouvement européen créé par Yanis Varoufakis, considère toutefois qu’il est « important de se focaliser sur 2019 parce que les élections européennes sont encore le seul scrutin transeuropéen en Europe ». L’objectif étant d’« utiliser cette occasion pour lancer un processus constituant », « beaucoup plus radical que des réformes » et « auquel tous les citoyens, de toute l’Union européenne – y compris ceux des États membres déjà en marge dans cette Europe à plusieurs vitesses – pourraient participer ». Dans cette optique, le philosophe approuve la proposition française de présenter des listes transnationales.

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
10 min

Les Enjeux internationaux

Etats-Unis, 1er anniversaire du débat Trump-Clinton. Donald Trump domine-t-il la vie politique américaine?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......