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Le monde de 2016

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Au seuil de l’année, on peut repérer les lignes de force déterminantes dans la configuration à venir du nouvel ordre mondial

Car on voit bien que celui qui s’est construit entre chaos et libération à l’issue de la Seconde Guerre mondiale est en train de s’effriter. Pour ce qui nous concerne, rappelons qu’il y a 70 ans le général De Gaulle entamait sa « traversée du désert » en dénonçant le « régime des partis » qui prenait forme au sein de la Quatrième République. Et le 1er janvier 1946 l’empereur du Japon renonçait au dogme de son ascendance divine, ouvrant la voie au pacifisme de son pays et à cet ordre mondial issu des décombres de l’Europe et désormais dépassé, celui de la Pax americana et de l’équilibre de la terreur assuré par la dissuasion nucléaire. Mais il est plus difficile aujourd’hui de se projeter dans l’avenir que de porter le regard rétrospectif, même si l’analyse du passé peut nous éclairer. C’est l’exercice auquel s’est livré l’auteur de 1945 année zéro dans les pages Débats de L’Obs . Ian Buruma est revenu sur ce moment de l’histoire à l’occasion d’une interrogation sur les guerres en Afghanistan et en Irak. Il a relevé qu’aucun des dirigeants américains ayant planifié ces engagements n’avait vécu la Seconde Guerre mondiale, raison pour laquelle, selon lui, ils affichaient une telle décontraction face aux conséquences d’une entrée en guerre. Son livre nous rappelle que « même les guerres justes, comme l’était assurément la guerre contre l’Allemagne de Hitler, ont des conséquences dévastatrices ». Et plutôt que de qualifier le conflit contre Daech de troisième guerre mondiale il préfère le comparer à l’embrouillamini de la guerre de Trente Ans, « où le fanatisme religieux était attisé et instrumentalisé à des fins politiques par des puissances rivales, en l’occurrence les Bourbons et les Habsbourg ». L’Espagne, la France, la Suède se sont alors fait la guerre par procuration sur le sol allemand et « leur implication n’a fait qu’ajouter à la confusion ». Cette guerre n’était pas réductible à un affrontement confessionnel entre protestants et catholiques puisque « Le Vatican comme le cardinal de Richelieu étaient du côté des protestants ». Conclusion : « à l’image de la guerre de Trente Ans, le conflit actuel risque de durer très longtemps ».

Dans les pages idées de Marianne Alexis Lacroix rend compte de sa lecture du dernier livre de Pierre Hassner

Sous le titre évocateur de La revanche des passions Métamorphoses de la violence et crise du politique , le spécialiste de géopolitique s’inscrit en faux contre la vision hégélienne d’un travail de la raison dans l’histoire « qui garantirait la victoire des valeurs démocratiques sur le despotisme ou la barbarie terroriste ». Aujourd’hui la fable du néo-conservateur Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire et le consensus sur les valeurs démocratiques apparaît terriblement datée. Pierre Hassner se réfère à l’historien grec Thucydide pour décrire l’état de guerre civile que nous connaissons dans nos frontières et à l’extérieur. Selon lui l’ordre international vacillant est menacé, comme à l’époque de l’historien athénien, « d’une pandémie de passions mauvaises » dont il livre la description détaillée, « de l’intempérance sanglante du califat aux obsédé des frontières ». La France n’est plus dans ce contexte une puissance globale mais « multidirectionnelle » qui « devrait adopter une stratégie nationale défensive tout en s’appuyant sur l’Europe pour faire la promotion de ses valeurs. »

Autre donné déterminante : la chute des cours du pétrole

« C’est comme ces tremblements de terre qui se produisent au large, avec à priori des dommages limités, mais qui provoquent un tsunami bien plus meurtrier et dévastateur » estime Arnaud Le Gal dans Les Echos . Les pays producteurs atteignent aux limites de leur possibilités pour amortir le choc continu de cette chute des cours que rien ne semble endiguer. L’éditorialiste évoque la situation emblématique de l’Arabie saoudite qui vient de présenter son troisième budget déficitaire d’affilée. Malgré les mesures de rigueur annoncées, Ryad ne semble pas pouvoir se résoudre à mettre en question les dépenses liées aux emplois publics dont bénéficient une majorité de Saoudiens (3 millions de fonctionnaires sur 5,5 millions d’actifs). Le pouvoir achète ainsi la paix sociale dans un pays à la population jeune mais aussi très conservatrice, voire fondamentaliste et désormais guettée par Daech.

Jacques Munier

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