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Notre cousin Bonobo

Le monde des vivants

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Selon un rapport de trois ONG, les cargos homologués par l’Europe pour l’exportation du bétail sont vétustes, et seuls 5 d’entre eux ont été conçus pour ça.

Notre cousin Bonobo
Notre cousin Bonobo Crédits : L. Garofeanu - Getty

Des "bateaux poubelles", selon Robin des bois - l’une des associations signataires - dans lesquels les animaux sont les "marchandises" les moins bien traitées. Mathilde Gérard résume le problème dans Le Monde en faisant le portrait-robot de ces navires "destinés au transport des animaux qu’exporte l’Union européenne par millions chaque année : une moyenne d’âge de 41 ans ; une première vie de cargo polyvalent reconverti dans le transport de bétail à 29 ans ; battant pavillon noir d’un pays classé à risque et appartenant à une société écran, détenu au moins cinq fois par des autorités portuaires pour non-conformités".

Ce que montre ce rapport, c’est l’absence, tout au long de la chaîne, de la prise en compte du bien-être et de la sécurité animale. (Charlotte Nithart, de Robin des bois)

Jacky Bonnemains, fondateur de l’association, explique ainsi cette situation : « Pour transporter des biens de consommation, les armateurs sont obligés de prendre certaines précautions exigées par les assureurs, les chargeurs et les destinataires. Mais l’animal, lui, ne bénéficie pas de ces précautions et de ces verrous. » 

Politiser le vivant

"Ce qui est compliqué dans la vie, c’est que la nourriture est toujours pleine d’âme", disait un chaman inuit à un explorateur polaire, des propos cités par Philippe Descola dans Par-delà nature et culture, et repris par Baptiste Morizot dans la revue Reliefs (N° spécial Vivants) pour illustrer les "égards" requis dans nos relations - notamment alimentaires - avec les vivants non-humains. Philosophe de la nature et pisteur de loups, il défend une forme de cohabitation qui s’inspire des relations "diplomatiques" entre meutes, pour "partager finement les usages des mêmes territoires". Les marquages territoriaux des loups ne sont pas coercitifs, ils visent un forme de "pacification collective". Il peut arriver que les loups se fassent la guerre, mais en temps normal "la frontière est un dispositif de communication conventionnel qui permet de minimiser l’agressivité mutuelle". Nous admettons volontiers que des relations de type social et politique s’établissent entre animaux d’une même espèce, mais nous posons une sorte de "verrou ontologique" sur les relations entre espèces, en gros : "qui mange qui". Or les relations interspécifiques sont omniprésentes. Baptiste Morizot observe dans son jardin "les accords diplomatiques entre la mésange charbonnière, la mésange bleue et la mésange nonette qui, dans leur vie amoureuse et reproductive sont obnubilées par leur propre espèce, mais dans d’autres domaines partagent des communications", notamment pour le repérage des ressources. Là, les cris d’alerte sont communs, contrairement au chant d’amour.

Le propulseur hédonique

"Un aveugle secret contre un coin de bonheur" : Thierry Lodé explore l’énigme du plaisir sexuel chez les vivants dans un livre qui vient de paraître chez Odile Jacob sous le titre Histoire naturelle du plaisir amoureux. "95% des espèces animales ne pensent qu’à ça et même la mouche jouit." Est-ce une façon de sublimer l’outrancier gaspillage d’énergie vitale engagé dans la reproduction des espèces, "quand il suffirait d’une activité biologique aussi banale que la fragmentation cellulaire" ? Lorsque le paon fait la roue pour attirer l’attention d’une partenaire éventuelle, il s’expose de longs moments à tous ses prédateurs. C’est qu’au bout du bout, il y a l’orgasme, un phénomène "qui implique un vaste ensemble d’éléments organiques, dirigé par le système nerveux autonome, c’est à dire qu’il ne fonctionne pas vraiment avec conscience et lucidité". L’intense décharge émotionnelle active toute une série de neurohormones, endorphines et dopamine, qui alimentent le circuit nerveux de la récompense.

Un brouillard d’émotions vient noyer les protagonistes. Il convient d’ajouter que cet événement biologique nécessite le cumul d’une grande excitation avant de se façonner et reste l’une des rares manifestations organiques qui exige, pour se produire, d’être submergée par cet embrasement volontaire.

C’est pourquoi le professeur d’écologie de l’évolution invite à distinguer le phénomène de l’acte reproductif lui-même, comme nous l’enseignent nos cousins les singes bonobos, qui répètent à l’envi toutes les occasions de se choyer, s’adonnant à des accouplements, même brefs, jusqu’à des dizaines de fois au long de la journée.

Et si le plaisir sexuel était bien davantage qu’un simple produit de l’évolution, s’il en était le propulseur, contribuant à la biodiversité animale ?

Par Jacques Munier

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