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A Berlin, le 15 mai

Le monde selon Macron

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La venue du président américain à la réunion spéciale de l'Otan prévue jeudi à Bruxelles est l’occasion de sonder la politique étrangère d’Emmanuel Macron.

A Berlin, le 15 mai
A Berlin, le 15 mai Crédits : Emmanuele Contini - AFP

Car c’est le paradoxe relevé par Dominique Moïsi dans l’hebdomadaire Le un : « le monde s’est passionné pour la France, mais le monde a été absent de la campagne électorale ». Selon lui, « le rôle de Macron est aujourd’hui de limiter les dommages que pourrait infliger Trump à l’Alliance atlantique et de montrer qu’il y a une alternative occidentale à la dérive américaine ». Si l’Amérique n’est plus ce qu’elle était, et l’Europe plus tout à fait la même depuis le Brexit, « nous sommes en première ligne face aux dangers venant du Sud et de l’Est (Russie, Ukraine), notre politique étrangère a un rôle majeur ». De Gaulle le disait déjà : « C’est parce que nous ne sommes plus une grande puissance qu’il nous faut une grande politique. » Le nouveau président sera-t-il à la hauteur des défis ? Pour le géopoliticien, le salut viendra d’une Europe consolidée autour du pilier franco-allemand. « Pendant des décennies – estime-t-il – la France a privilégié la politique internationale parce que c’était ce qui lui permettait de contrebalancer la puissance économique et industrielle allemande. » Aujourd’hui, il conviendrait de rééquilibrer cette relation. Face au « mouvement de balancier vers le monde asiatique », à la montée en puissance de l’Afrique, « source d’espoirs considérables et de dangers extrêmes », ou face au chaos moyen-oriental, une Europe intégrée est indispensable. « Comment le nouveau président doit-il se comporter face à Poutine ? ». Dominique Moïsi juge que si « la Russie a poussé très loin son intervention dans la politique intérieure de la France, comme sans doute dans l’élection présidentielle américaine », la politique à son égard ne peut pas être seulement française. « Nous ne pouvons décider de manière unilatérale la levée des sanctions à l’égard de la Russie sans un accord total avec Berlin sur ce sujet. On ne doit pas répéter les erreurs de Nicolas Sarkozy en 2007, quand il lança l’Union pour la Méditerranée sans en avoir, à aucun moment, informé les Allemands. » Il faut reconnaître que les signes s’accumulent, d’une embellie durable dans les relations franco-allemandes. « Chaque début recèle une magie cachée. » En citant l’écrivain Hermann Hesse lors de sa première rencontre officielle avec Emmanuel Macron, Angela Merkel a rompu avec sa retenue traditionnelle – souligne Thibaut Madelin dans Les Echos. La composition du nouveau gouvernement, où les germanophones sont nombreux, n’est pas passée inaperçue outre-Rhin, notamment dans la presse. « De Bruno Le Maire à Sylvie Goulard, d’Edouard Philippe à Emmanuel Macron lui-même, la germanophilie du nouvel exécutif français est un atout majeur pour la relance du couple franco-allemand – résume le correspondant du quotidien. Remarqué à Berlin, ce rapprochement culturel peut aider à dépasser les différends sur l’Europe. »

Le dépassement du clivage gauche-droite convient aussi aux Allemands, à leur culture politique du compromis

C’est le point retenu par Dominique Schnapper dans la page Débats de La Croix : du fait du scrutin majoritaire, « la droite et la gauche gouvernementales étaient contraintes de se déplacer vers leurs extrêmes pour gagner l’élection » comme l’illustrent « les thèmes identitaires mis en avant par Nicolas Sarkozy ou la déclaration de guerre à la finance de François Hollande ». Mais une fois au pouvoir, droite et gauche menaient « une politique proche, à quelques mesures symboliques près. Les Français percevaient donc la vie politique comme un théâtre d’ombres ». C’est ainsi que la sociologue explique le succès d’Emmanuel Macron, non sans relever qu’un nouveau clivage est venu se substituer à l’ancien : celui qui oppose mondialistes et nationalistes. « L’enjeu des sociétés sociales-démocratiques européennes est de trouver leur place dans la mondialisation tout en protégeant leurs populations de ses excès », affirme-t-elle.

L’autre grand défi que vient de rappeler l’attentat de Manchester, à la fois international et intérieur, c’est le terrorisme islamiste

Dans Le Figaro, Gilles Kepel se demande si l’on n’a pas là affaire, comme à Nice, à l’un « de ces djihadistes de troisième génération qui s’abreuvent à l’idéologie de Daech, mais qui sélectionnent seuls leurs cibles », une nouvelle forme de « djihadisme réticulaire » qui « s’inscrit dans la révolution culturelle terroriste que Daech a mis en œuvre et qui s’inspire des écrits de Abou Moussab al-Souri, particulièrement de son Appel à la résistance islamique mondiale ». En ciblant spécifiquement l’Europe, « l’objectif est de créer des réactions violentes contre la population musulmane et ainsi d’enclencher des guerres civiles qui aboutiraient à l’effondrement de l’Europe et à l’établissement du Califat sur le vieux continent ». Le Royaume-Uni a mis en place un modèle à l’image de l’Inde britannique qui organise le communautarisme : dans les villes comme Birmingham ou Manchester, des conseils de Charia gèrent assez largement les affaires des musulmans – rappelle le spécialiste de l’islam politique. « Les britanniques pensaient ainsi pouvoir acheter la paix sociale. L’attentat de Wesminster et celui de Manchester aujourd’hui ont sonné le glas de cette illusion. »

Par Jacques Munier

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