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Le "phénomène" Edouard Louis

4 min
À retrouver dans l'émission

Edouard Louis
Edouard Louis Crédits : Radio France

C’est le phénomène de la « petite rentrée » littéraire – celle de janvier : l’écrivain Edouard Louis

On aime ou on déteste mais on n’y échappe pas. D’autant que, comme le rappelle Aude Lancelin dans L’Obs le phénomène s’exporte : Eddy Bellegueule est traduit aux Pays-Bas, en Suède, en Allemagne… Mais dans Marianne Laurent Nunez parle de complaisance et a lu l’Histoire de la violence « dans la tristesse et l’agacement » comme un sommet de la « culture de l’excuse » qui revient à dédouaner de leur violence les dominés. « A quoi bon tant admirer Bourdieu si c’est pour écrire ce qu’encensera Zemmour – conclut-il en estimant que le livre devrait participer « encore un peu plus à l’extrême-droitisation de la pensée en France ». Le raisonnement tient de la réductio ad Hitlerum, version littéraire de la loi de Godwin… Dans L’Humanité , Nicolas Dutent s’est entretenu avec l’auteur, il explore les ressources de l’auto-analyse et revient sur l’importance de Bourdieu dans son passage à la littérature, Bourdieu qui lui a fait comprendre, avec Didier Eribon, que la littérature lui permettrait « d’exprimer les émotions encore plus radicalement que la sociologie ». Et surtout Edouard Louis a ressenti chez Bourdieu le souffle de la colère. « Il n'y a pas de vérité sans colère – je cite - la colère est la condition de la vérité. Il faut au moins un sentiment aussi fort pour nous arracher à l'évidence de l'ordre social, de la violence, de la domination. » C’est pourquoi il réédite aujourd’hui un ouvrage collectif, augmenté d’une contribution de Pierre Bergounioux avec les témoignages de Didier Eribon, Geoffroy de Lagasnerie, Frédéric Lordon ou Arlette Farge. Annie Ernaux revient sur sa découverte de La Distinction . Pour l’auteure de La Place ou de La Honte , il y a eu alors un effet de « reconnaissance », la validation et la mise au point de sensations et de souvenirs inarticulés mais bien réels : les différences de modes de vie qui trahissent l’appartenance sociale et « les formes invisibles par lesquelles s’exerce la domination ». La fille d’un patron de café ouvrier, que désolaient les propos de son père sur les livres et le savoir scolaire – « tout ça s’est bon pour toi, moi j’en ai pas besoin pour vivre » – s’attarde sur la couverture provocatrice de La Distinction , un tableau hollandais qui représente un bon vivant agrippant un gigot dont il porte à sa bouche largement ouverte un morceau arraché avec ses doigts. Que faut-il regarder, se demande-t-elle, l’œuvre d’art ou le geste du personnage qui apparaît tout sauf distingué ? « Avec ce corps qui crève la page », constate Annie Ernaux, Bourdieu « nous envoie brutalement à la figure la relation existant entre le jugement esthétique et le jugement social et à celle entre le goût des aliments et le goût des œuvres d’art ». Ce faisant il « commet le sacrilège suprême en brisant la frontière entre les consommations ordinaires et les consommations culturelles », lesquelles peuvent aussi bien se convertir en signes de distinction ou de vulgarité. Elle aussi parle de « l’irrigation sous-jacente de l’écriture par des sentiments de révolte, de douleur vis-à-vis de toutes les formes de domination ». « Et dans ce livre où l’auteur ne dit jamais « je » – conclue-t-elle – il est toujours question de « nous ». Arlette Farge évoque quant à elle la polémique déclenchée dans les milieux féministes lors de la parution de La domination masculine . A l’époque les féministes avaient reproché au livre de ne citer que quelques-uns des travaux d’histoire des femmes, alors abondants. Et elle conclut sur les dernières pages du livre et l’étonnant hymne à l’amour qu’elles contiennent : l’amour, parenthèse enchantée, qui serait la mise en suspens de la violence symbolique… Pierre Bourdieu, l’insoumission en héritage , publié aux PUF, à retrouver dans L’Huma…

La dernière livraison de la NRF propose un document inédit de Michel Foucault

Il s’agit de passionnantes digressions sur Homère, les récits, l’éducation et les discours, destinés à une version intermédiaire de L’archéologie du savoir et finalement écartées. Le texte est établi et présenté par Martin Rueff. Je cite : « L’Iliade raconte la guerre… Ce qu’elle raconte au juste est moins un passé qu’un autre récit… Ce récit qui veille dans l’ombre tient en son pouvoir tous ceux qui entreprendront après lui de raconter la même histoire. » On trouvera également dans le N° qui paraît aujourd’hui la belle méditation de l’écrivain italien Erri de Luca sur l’Europe, qui porte en elle deux jumeaux en lutte. « L’un est introverti, renfermé, il crée et réalise des fils barbelés, des clôtures, des barrages. Il aime faire des croche-pieds à ceux qui courent les marathons de leur propre salut. »

Jacques Munier

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