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Macron à Belfort, le 28/05/2015

Le phénomène Macron

5 min
À retrouver dans l'émission

Oui ou non, Emmanuel Macron sera-t-il candidat à l’élection présidentielle ?

Macron à Belfort, le 28/05/2015
Macron à Belfort, le 28/05/2015 Crédits : Lionel Vadam - Maxppp

Ça n’est pas très clair… Je cite ce moment de la longue interview de l’hebdomadaire Le un : à la question d’Éric Fottorino « À quelle condition serez-vous candidat à l’élection présidentielle ? » il répond « Je ne vois pas de condition extérieure à ma candidature ». Et en conclusion de l’entretien : « La seule chose qui m’arrêterait serait de voir qu’à un moment donné, je deviens un danger ou un obstacle pour que les idées que je porte puissent accéder au pouvoir. Tant que ce n’est pas le cas, sky is the limit. » On a fait plus explicite, voire expéditif en matière d’annonce, vous vous souvenez du fax de Lionel Jospin à l’AFP en 2002… Les idées qu’il dit porter, on les connaît pour l’essentiel : les blocages de la société française viennent des corporatismes, des corps intermédiaires et du système politique. « On est revenu avant la loi Le Chapelier – martèle-t-il. Des professions ont créé des barrières à l’accès des plus jeunes. L’élite politique, administrative et économique a développé un corporatisme de classe. » Et de citer Bourdieu, la loi d’airain de la reproduction sociale. « Notre société n’est pas la plus inégalitaire, mais elle est l’une des plus immobiles. L’absence de mobilité sociale nourrit la défiance, un sentiment que le corporatisme bloque tout, et crée du désespoir en bloquant les perspectives individuelles et en brisant le rêve d’émancipation qui est une respiration formidable dans la société. » Fin de citation. Pour bousculer le système, il faut combattre « le fatalisme et la défiance. Le fatalisme, c’est penser qu’il n’existe pas d’alternative dans le système politique, seulement des alternances. » Mais on ne saura pas en quoi consiste au juste cette alternative au système, si ce n’est sa petite personne, au demeurant prolixe en références littéraires : « Dans notre pays, on pense régler le mal en ne le nommant pas ou en le contournant sur le plan langagier. Je suis très camusien. Je pense qu’on ajoute à la misère du monde en nommant mal les choses. Il faut le soleil blanc de L’Étranger pour les éclairer, voire les révéler dans leur brutalité. Il faut dire nos échecs et nommer nos tabous. » D’où l’objectif annoncé pour les prochaines semaines : « retrouver le fil du roman national », et rien moins que « réinvoquer un discours culturel et intellectuel que l’on a perdu ». Pas sûr que les mânes de Paul Ricoeur y suffisent…

Le philosophe dont il a été un temps l’assistant est-il cité lui aussi ?

Il faut préciser qu’assistant, il le fut seulement pour l’édition du livre La Mémoire, l’histoire, l’oubli (Seuil, 2000). Du coup, revenons aux fondamentaux. Dans son entretien l’ex-ministre lâche quelques propos convenus sur la montée du fait religieux et la laïcité. Il se trouve que paraît ces jours-ci aux éditions Labor et Fides une conférence inédite de Paul Ricœur sur « l’utopie ecclésiale ». A la veille de mai 68, il réfléchit sur le sens de ce que Kant appelait en parlant de la religion une « communauté éthique ». Ricœur s’intéresse également aux critiques, notamment marxistes de la religion, à la présence de l’Eglise dans un monde technique. Il est alors président du mouvement du Christianisme social, ainsi que de la Fédération protestante de l’enseignement. Devant lui, une salle bondée de protestants, mais aussi de catholiques ou de communistes… Les débats animés qui suivent la conférence montrent qu’on est là très loin de l’esprit de chapelle…

D’un philosophe, l’autre : Giorgio Agamben publie un livre sur la notion d’aventure. Ne pas y voir un message subliminal adressé à des électeurs potentiels d’Emmanuel Macron

C’est une belle méditation philologique et poétique sur le destin. A tout homme, à toute femme revient sa part d’aventure. Pour les anciens Grecs, quatre divinités y pourvoient : Daïmon, le Démon mais aussi la complexion propre et le « génie » de chacun, Tyché, la Fortune, Eros, l’amour et Ananké, la nécessité. Goethe ajoutera plus tard une cinquième divinité : Elpis, l’Espérance. Agamben relit à cette lumière la notion d’aventure dans les romans de chevalerie et la poésie courtoise, où le terme « aventure » désigne l’objet de la quête du chevalier, l’épreuve au terme de laquelle celui-ci se découvre lui-même, l’aventure étant pour lui « autant rencontre avec le monde que rencontre avec lui-même ». C’est le sens du mot « événement », l’Ereignis de Heidegger, dont Gilles Deleuze dira dans Logique du sens : « l’événement n’est pas ce qui arrive (accident), il est, dans ce qui arrive, le pur exprimé qui nous fait signe et nous attend ». « Ainsi seulement – ajoute Agamben – l’événement, qui en soi ne dépend pas de nous, devient une aventure, devient nôtre – ou, comme on devrait plutôt le dire, c’est nous qui devenons siens. » Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque – préconisait René Char. Cette version renouvelée de l’amor fati nietzschéen prend toute sa mesure grâce à Elpis, l’Espérance, comme Goethe l’avait bien vu. Conclusion provisoire d’Agamben : « L’amour espère parce qu’il imagine et imagine parce qu’il espère ». Appliquez ça à la politique, vous verrez, ça marche aussi…

Par Jacques Munier

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