LE DIRECT
Roanoke, Virginia, September 24, 2016

Le phénomène Trump

5 min
À retrouver dans l'émission

À moins de cinquante jours de l’élection américaine, la perspective de voir Donald Trump accéder à la présidence prend de la consistance.

Roanoke, Virginia, September 24, 2016
Roanoke, Virginia, September 24, 2016 Crédits : Jonathan Ernst - Reuters

Pour Dominique Moïsi dans Les Échos, ce seul fait est en soi un événement. « L’élection présidentielle américaine constituera-t-elle une étape supplémentaire vers la désagrégation des valeurs et des principes, sur lesquels notre monde occidental repose ? se demande-t-il. Le référendum sur le Brexit n’aura-t-il été qu’un premier avertissement, presque sans frais celui-là, comparé au tsunami que constituerait une victoire de Trump au scrutin du 8 novembre ? » Le professeur au King’s College de Londres estime que si tel devait être le cas ces deux votes successifs résulteraient d’un même « mélange explosif de peur et de nostalgie ». « Ce n’est plus l’« économie », mais l’« identité » qui domine les esprits. Le triptyque sécurité-souveraineté-identité l’emporte sur toute autre considération, y compris la prospérité. » Le quotidien économique a mené l’enquête dans la ville de l’Indiana qui depuis 60 ans vote constamment pour le vainqueur de la présidentielle, ce qui en fait un des meilleurs baromètres électoraux du pays. Lucie Robequain s’est rendue à Terre Haute, comme de nombreux journalistes du monde entier. Elle y a constaté le même cocktail de désindustrialisation, sentiment d’insécurité et de déclassement, et de racisme qui favorise le vote populiste partout dans le monde occidental. « Ici comme ailleurs, les supporters de Donald Trump affichent nettement plus d’enthousiasme que ceux de Hillary Clinton – a-t-elle observé. La gêne a basculé dans le camp des seconds, lui explique un journaliste de New York : « Ils ont davantage tendance à cacher leurs intentions de vote que les partisans de Donald Trump, qui se font entendre à tous les coins de rue et plantent des panneaux de soutien dans leur jardin. » Le maire de cette petite ville de 60 000 habitants, partisan de Trump, pense qu’il va l’emporter ici, à une courte majorité. « Je connais des démocrates purs et durs qui s’apprêtent à voter Donald Trump. La contestation des accords de libre-échange, c’est une idée de gauche, mais c’est Donald Trump qui la défend », affirme-t-il avant d’ajouter « C’est un mec normal, qui a les pieds sur terre. Il va secouer les choses. Il va produire du bon et du mauvais. Mais le mauvais, c’est toujours mieux que rien ! » Une affirmation qui frise l’irrationnel – souligne l’envoyée spéciale des Échos – et montre à quel point les gens n’en peuvent plus de l’immobilisme à Washington. Le Congrès est au quasi-chômage depuis six ans, faute de vouloir examiner le moindre projet de loi : ses élus ne se seront réunis que 124 jours cette année – du jamais vu depuis soixante ans ! Pour Tom Steiger, professeur de sociologie à l’université de l’Indiana, « le scrutin va être extrêmement serré au final ».

Parmi les nombreux livres consacrés au « phénomène Trump » parus ces jours-ci, on peut retenir celui de Stéphane Bussard et Philippe Mottaz.

Ces deux journalistes spécialistes des Etats-Unis n’ont pas tenté le nième portrait du candidat, ou pire encore, de se glisser dans sa tête… Dans #Trump, publié chez Slatkine & Cie, ils ont adopté un angle original et révélateur : son usage des réseaux sociaux et en particulier de Twitter. Outre son faible coût, sa large portée, la « versatilité du contenu » et « l’impunité de l’éphémère », le format de 140 signes « lui va à merveille ». Donald Trump aime les phrases courtes. Des analyses linguistiques de ses déclarations ont montré qu’il s’exprime à un niveau de langage qu’un gosse de dix ans peut comprendre. « Même ses discours sont faits de séquences brèves, sans fil conducteur fort ». Ses mots favoris : stupide, nul, raté, faible… Par le recours systématique à la provocation, il parvient à noyer la campagne d’Hillary Clinton dans le bruit fait autour de lui, et il s’affranchit ainsi des règles du débat démocratique, comme de la contradiction qu’on pourrait lui apporter dans les médias traditionnels, notamment sur ses nombreux mensonges. L’universitaire Jill Lepore, citée par les auteurs, résume ainsi le tort que peut faire à la démocratie l’abus de ces moyens de communication modernes : « Il arrive un moment où la vitesse de communication politique dépasse le point où la délibération, c’est-à-dire l’expression d’un vrai consentement populaire, est possible ».

On s’interroge également sur les capacités géopolitiques d’un tel candidat s’il venait à être président de la première puissance mondiale.

La dernière livraison de la revue Inflexions porte sur l’état contemporain des conflits dans le monde, vu depuis l’Europe. Et leur caractéristique globale est une complexité croissante… La guerre est un caméléon disait Clausewitz. Dans sa contribution, Pierre Manent rappelle que nous avons cru à l’irrésistible extension de la paix « alors que s’éloignait la guerre froide ». Mais d’autres formes de conflit sont apparues qui rendent « caduque la distinction politique primordiale entre l’intérieur et l’extérieur tout en obscurcissant celle entre la guerre et la paix ». Deux exemples : la Crimée ou le Donbass, d’abord. Des opérations russes militairement modestes ont des conséquences considérables sur la stabilité du vieux continent. Deuxième exemple : la guerre intérieure, presque invisible, que nous menons contre le terrorisme.

Par Jacques Munier

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......