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5 octobre 2016

Le président, un people comme les autres ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Tout le monde en parle, et pourtant « Un président ne devrait pas dire ça »…

5 octobre 2016
5 octobre 2016 Crédits : Yoan Valat - Maxppp

Le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, révélant – je cite le sous-titre – « Les secrets d’un quinquennat », fait débat jusque dans l’hémicycle ou à la cour de cassation. Les journalistes du Monde ont recueilli les confidences du chef de l’état tout au long de son mandat et le résultat paraît aujourd’hui en guise de testament politique et mondain. Est-ce l’époque qui veut ça ? À l’heure où les politiques déballent leurs affects sur canapé, François Hollande se livre en mêlant son intimité et la République d’une présidence « normale », soit éminemment « peopolisable ». Pour lui, le bonheur n’est ni dans le pré, ni dans les jardins de l’Élysée, mais dans sa vie personnelle : « Ce n'est que du plus, je n'ose pas dire que du bonheur, mais que du plus », confie-t-il avant de lâcher, rétrospectivement, ce mot pour l'histoire : « Ma vie, elle a déjà été réussie. » Le président a baissé la garde, mais dans Le Figaro Vincent Tremolet est à l’affût. « Vous chercherez désespérément dans ces 700 pages le lexique de l'indignation commune – France « moisie », idées « rances », discours « nauséabonds ». L'éloge du « vivre ensemble » est fait sans conviction : « La France de demain sera ce qu'on en fera, c'est quand même mieux qu'il y ait plus de femmes dans la vie publique, c'est quand même mieux qu'il y ait plus de diversité dans la société, c'est quand même mieux qu'il y ait des idées d'égalité et de justice qui passent. » Conclusion provisoire et paradoxale du lecteur des pages Champs libres : « L'impression laissée par le chef de l'État est celle d'une vision aboutie du malaise culturel français, d'une sorte de Café du Commerce de l'identité malheureuse. » Moins vigilant qu'à l'habitude lorsqu'il dénonce ceux qui « jouent sur les peurs » et « stigmatisent », le président confesse des doutes. Sur l'intégration : « Il y a à la fois des choses qui marchent très bien et l'accumulation de bombes potentielles liées à une immigration qui continue. » Sur l'équipe de France de foot : « Elle est en proie à une communautarisation, une segmentation, une ethnicisation ». Sur le seuil de tolérance : « Je pense qu'il y a trop d'arrivées, d'immigration qui ne devrait pas être là. » D’où le commentaire désabusé de Vincent Tremolet : « Dans le conte d'Andersen, c'est la foule qui réalise que le roi est nu, ici c'est le roi lui-même qui le proclame. »

Bien sûr, il ne s’agit que des secrets, mais ça ne donne pas vraiment envie de lire les mémoires

Alors passons à autre chose : la littérature populaire, par exemple. Jack London est entré dans La Pléiade et L’Humanité célèbre l’événement. « J’ai vécu partout » s’exclamait Rimbaud dans Une saison en enfer. L’auteur de Croc-Blanc a enchaîné les épisodes de sa vie à un rythme haletant : bête de somme en usine à quatorze ans, pilleurs d’huitres dans la baie de San Francisco à quinze, trimardeur et taulard à dix-huit, jeune socialiste à Oakland à dix-neuf, chercheur d’or à vingt et un, Kipling américain à vingt-quatre, connu comme auteur dans le monde entier, champion des causes sociales, journaliste et correspondant de guerre à vingt-huit, voyageur et aventurier sans frontières à trente et un, éleveur de bétail primé et propriétaire d’une ferme expérimentale à trente cinq, légende du self-made-man millionnaire à sa mort à quarante ans. Et tout au long de cette odyssée, mille mots par jour jetés sur le papier. Résultat : une œuvre romanesque qui déborde deux volumes serrés en papier bible dans La Pléiade. L’Amour de la vie, un recueil de nouvelles de 1905, est le dernier texte que Lénine se soit fait lire, quelques jours avant sa mort. Dans leur chronique sur la langue, Francis Combes et Patricia Latour s’en prennent quant à eux à ce qu’ils ont baptisé le frenglisch : punchline et pitch, des mots qu’Alain Borer désignait comme des mots-silures, des prédateurs qui engloutissent toute une série d’autres mots.

Michael Edwards, notre premier académicien britannique, professeur au Collège de France et poète bilingue, propose dans son dernier livre une belle méditation sur le génie de la langue française

En renouant avec le genre du dialogue, en l’occurrence intérieur, il confronte sa conscience anglaise et sa voix française, et il éclaire l’histoire et l’avenir possible de notre langue dans le voisinage de l’anglais désormais mondialisé. Séduit « par le chant varié des voyelles et par l’effleurement des consonnes », il souligne par exemple « le pouvoir discret, presque paradoxal, du e que l’on dit muet. Invention des Français, exclusif à la langue française, il murmure doucement, tout au long des phrases, comme une mélodie souterraine. » C’est ainsi que le français coule, « quasiment sans interruption »… Alors que l’anglais « marche, ou court, ou vole sur des accents marqués avec force ». De Cambridge à Paris en flânant : les dialogues singuliers de Michael Edwards à l’ombre des langues.

Par Jacques Munier

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