LE DIRECT
Catalunya, 01/01/2017

Le référendum catalan

5 min
À retrouver dans l'émission

À l’image du pays et de la Catalogne elle-même, la presse espagnole est divisée sur le référendum d’indépendance.

Catalunya, 01/01/2017
Catalunya, 01/01/2017 Crédits : Albert Salamé - AFP

Si El País – qui titre « La démocratie espagnole face à son plus grand défi » – et La Vanguardia décrivent sans parti-pris un jour déterminant pour l’avenir du pays, d’autres s’engagent, comme on peut le voir sur le site de Courrier international. « C’est le cas de la Voz de Galicia, qui parle d’un jour d’infamie et insiste sur les mesures prises par le gouvernement de Madrid pour empêcher ce scrutin. » Quant aux conservateurs ABC et La Razon, ils ont choisi le camp adverse : « La Catalogne, c’est l’Espagne » titre ce dernier et « En ce jour de défi, ABC réaffirme son engagement absolu envers notre nation démocratique, libre et chargée de 500 ans d’histoire ». C’est oublier un peu vite l'expression plurielle « les Espagnes », utilisée au Moyen Âge et jusqu'au milieu du XIXe siècle pour désigner les différentes entités politiques de la péninsule ibérique nées de la Reconquista, et qui figure dans la titulature des souverains espagnols jusqu’au règne d’Isabelle II. De son côté, le quotidien indépendantiste catalan El Punt Avui affirme son engagement pour le oui, pour la démocratie, alors que El Períodico de Catalunya s’apprête à compter les “oui”. Mais les Catalans eux-mêmes sont divisés : « le dernier sondage commandé par le gouvernement régional donne une avance au camp du “non” avec 49,4 % contre 41,1 % pour l’indépendance. Mais ce que veulent avant tout les Catalans, c’est un référendum légal. Ils sont plus de 70 % à le réclamer. » Vu d’Europe, c’est d’abord la réaction du gouvernement espagnol qui suscite la réprobation. « Le premier ministre belge Charles Michel a condamné les violences et également lancé un appel à un dialogue politique. Le leader du parti travailliste britannique Jeremy Corbyn a critiqué “la violence policière” et demandé au gouvernement madrilène d’y mettre fin au plus tôt. » L’Irlande du Nord et l’Écosse voient dans le référendum un modèle à suivre : la première ministre Nicola Sturgeon apporte son soutien au processus, et pour le journal unioniste The Scotsman, sa réussite « l’encouragera à organiser un deuxième référendum en Écosse - avec ou sans l’approbation de Londres ». Dans Le Monde.fr, Romain Geoffroy rappelle la position officielle de l’Union Européenne : la doctrine Prodi. « L’ancien président de la Commission européenne avait déclaré en 2004 qu’un Etat né d’une sécession au sein de l’UE ne serait pas automatiquement considéré comme faisant partie de l’UE. Il faudrait consulter la Commission et le Parlement, obtenir un vote du Conseil européen à l’unanimité et faire ratifier un accord d’adhésion par tous les Etats membres. »

Le quotidien Le Monde publie un dossier sur les enjeux du référendum

Avec la grande enquête de Cécile Chambraud, qui rappelle que le gouvernement catalan, qui gère aujourd'hui l'école, la santé, la police, les prisons, « avait demandé en 2012 à Madrid de bénéficier des mêmes privilèges fiscaux que le Pays basque – soit percevoir directement l’argent de ses contribuables puis décider de son utilisation – mais s’était heurté au refus du gouvernement espagnol, ce qui a contribué à la montée de l’indépendantisme dans la région ». Pour les nationalistes, « au nom de la solidarité avec les régions autonomes les plus pauvres, on demanderait trop aux finances de la Généralité. " L'Andalou " incarne pour certains la figure de ces Espagnols subventionnés par des Catalans obligés de payer un surcoût fiscal pour toutes leurs dépenses. » Après 2008 " En pleine crise, on a dit aux Catalans qu'il y avait un horizon d'espérance qui serait aussi une solution aux restrictions budgétaires : l'indépendance ", résume Jaume Oliveras, le maire d'El Masnou. " S'il n'y avait pas eu la crise économique, assure l'un de ses opposants au conseil municipal, le socialiste Ernest Suñe, on n'en serait pas là. On a persuadé les gens que si nous étions indépendants, nous aurions un excédent budgétaire. " Barbara Loyer, directrice de l'Institut français de géopolitique à l'université Paris-VIII estime que le PP et le PSOE, « les deux partis dominants ont une politique à courte vue ». En négociant avec les nationalistes « pour avoir suffisamment de voix le jour de l'investiture du premier ministre » quand ils n’avaient pas obtenu la majorité absolue au Parlement. C’est encore le cas tout récemment « quand Mariano Rajoy a concédé au Parti nationaliste basque (PNV, droite) des avantages importants, notamment au plan financier, en échange de son soutien pour le vote de son budget ». Et c’est le même genre de combinaisons hasardeuses qui a prévalu au parlement catalan : après les élections régionales de 2015 le parti traditionnel CiU a éclaté, l'une de ses composantes refusant la perspective d'une déclaration d'indépendance. « Le gouvernement actuel de Carles Puigdemont est issu de ce scrutin, auquel se sont présentés sur une liste commune et un projet indépendantiste ERC et les héritiers de la CiU défunte. Mais pour gouverner, cette coalition indépendantiste doit s'appuyer sur les dix députés d'extrême gauche de la CUP (Candidature d'unité populaire), qui se présentait pour la première fois et a obtenu 8,21 % des voix et la tête d'Artur Mas, chantre de l'austérité et patron d'un parti corrompu. Comme le précise un militant de la CUP, « voter le budget, aux antipodes de nos positions, nous a énormément coûté. Mais en échange, nous avons obtenu le référendum. »

Par Jacques Munier

Chroniques

6H45
11 min

Les Enjeux internationaux

Espagne. Après la victoire du "oui'" au référendum d'autodétermination en Catalogne, Barcelone vs Madrid : qui veut encore d'un compromis?
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......