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Le retour du sujet

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Alain Touraine, Cynthia Fleury
Alain Touraine, Cynthia Fleury

« Notre pouvoir ne réside pas dans notre capacité à refaire le monde, mais dans notre habileté à nous recréer nous-même » disait Gandhi…

C’est en quelques mots le meilleur résumé de l’échange nourri entre Alain Touraine et Cynthia Fleury dans les pages Forum de La Croix . Croisant vision du monde et projet citoyen, le sociologue et la philosophe ouvrent des perspectives stimulantes dans un contexte intellectuel déprimant. Pour le premier, à rebours des crispations nationalistes périmées qu’on peut observer en Europe, « nous vivons dans un monde d’empires, à nouveau. Mais, contre ces empires, se dressent désormais non pas ceux qui défendent seulement des droits politiques, sociaux ou culturels, mais ceux qui défendent le sujet, c’est-à-dire l’homme créateur de lui-même. » En réponse Cynthia Fleury dénonce le recours facile à la notion de « crise », car – je cite : « Il n’y a pas « crise » pour tout le monde. L’inégalité est redevenue une dynamique historique, après avoir cessé de l’être au moment du développement des États providence. La crise de l’État de droit, doublée de celle de l’État providence, met en danger les sujets humains. Il suffit de voir les effets psychologiques dévastateurs, dans le monde du travail, de la précarisation des métiers et des statuts. » Alain Touraine, qui estime dépassée « la mise à mort du « sujet » par les structuralistes ou les marxistes pense qu’« il est temps de défendre la « subjectivation », c’est-à-dire, la prise en charge par chacun du sujet en lui. » Manière, selon lui de se faire « acteur, défenseur et même promoteur des droits humains fondamentaux ». « Face à un pouvoir total, nous devons invoquer l’universel – martèle-t-il. Il ne suffit donc plus d’opposer des droits politiques, sociaux ou culturels ; il faut mobiliser quelque chose d’universel : l’être humain dans sa capacité à se créer lui-même, le « sujet humain ». D’où la montée en puissance de la question de la dignité, notion éthique plutôt que sociale, que Cynthia Fleury définit comme « un juste compromis entre liberté et égalité » tout en relevant qu’il « n’est pas neutre que le terme de dignité séduise davantage que celui de liberté, comme une manière d’articuler les droits individuels et le rôle des communautés, l’éthique et le politique ».

« Renoncez à la déchéance pour l’indignité » conseille Jean-Claude Monod dans les pages idées de Libération

L’effet dissuasif de la déchéance de nationalité pour des terroristes kamikazes et fanatiques étant nul, c’est la dimension «symbolique» de cette mesure que l’on met en avant. Mais le terrain est glissant : « Parmi les exemples de la déchéance de nationalité encore vifs dans l’histoire du XXe siècle, sinon dans la mémoire collective, figure celle du général de Gaulle par le régime de Vichy – rappelle le philosophe. L’homme du 18 juin, un beau précédent pour les tueurs du Bataclan! » Pour éviter le piège d’une déchéance réservée aux binationaux et contrevenant au principe d’égalité, ou l’alternative qui risquerait de créer des apatrides – de sinistre mémoire - le statut d’apatride renvoyant aux mesures de « dénaturalisation » des citoyens juifs des Etats européens, Jean-Claude Monod suggère une autre peine symbolique : l’indignité nationale. « Celle-ci fut appliquée, non au chef spirituel de la Résistance, mais aux dirigeants de Vichy abîmés dans la Collaboration ».

« La femme est l’avenir de l’homme » entonne Jean-Marc Vittori dans les pages débats des Echos

Dans le monde du travail, la puissance physique a d’abord primé, puis la puissance intellectuelle. Dans l’économie de demain, la capacité à coopérer sera centrale. Une faculté qui serait plus développée chez les femmes… résume l’éditorialiste, qui cite un consultant américain, Dov Seidman : « Nous sommes passés d’une économie industrielle – où on embauchait des bras – à une économie de la connaissance – où on embauchait des têtes – et maintenant une économie humaine – où on embauche des cœurs. » L’économiste Marie-Claire Villeval, du laboratoire Gate de l’université Lyon-II, a montré dans plusieurs recherches que les femmes préfèrent la coopération dans leur travail alors que les hommes privilégient le modèle peut-être bientôt obsolète de la compétition. Non seulement la femme sera peut être l’avenir de l’homme – conclut Jean-Marc Vittori - mais elle pourrait aussi incarner le futur de l’économie.

Jacques Munier

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