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François Hollande, profil perdu

Le retrait de François Hollande

4 min
À retrouver dans l'émission

Le retrait de François Hollande suscite quelques réflexions sur la fonction présidentielle, sur l’homme et son geste.

François Hollande, profil perdu
François Hollande, profil perdu Crédits : Yoan Valat - Maxppp

« Comme s’il n’avait finalement endossé l’habit de sa fonction qu’à l’instant de vouloir s’en défaire » résume Éric Fottorino dans l’hebdomadaire Le un. Sa décision ne manque pas de grandeur, selon lui, mais il juge que cette fonction, « il l’aura exercée en absent, ou par la voix d’un drôle de « je » sans cesse dédoublé, commentateur de sa propre action ». Puissance et impuissance de celui « qui voulait remporter la présidentielle sans être tout à fait président ». C’est le thème de campagne du « président normal » qui s’est révélé bien encombrant à l’Élysée. D’autant, comme le rappelle Robert Solé, qu’« en se comportant de manière insolite (le scooter, les confidences aux journalistes…), l’anti-Sarkozy est sorti des clous. Il aurait pu s’inspirer de Georges Pompidou : après les envolées exceptionnelles du général de Gaulle, l’homme de Montboudif, carré dans un corps rond, avait su faire atterrir la France sans écorner la fonction. On oubliait que ce président normal, aux airs de Monsieur Tout-le-Monde, était normalien. » Pour Alain Duhamel, c’est aussi le caractère indécidable entre différentes personnalités qui a nui à son autorité. « Au premier regard, il est très rapide intellectuellement, aimable, accueillant, empathique. » Mais aussi « manœuvrier, très calculateur », et « derrière tout cela, il y a un stratège avec de réelles lignes de force ». Le tout sans parvenir « à assumer et à personnifier ce qu’il fait ». Pourtant, en matière de défense, « c’est vraiment lui qui prend les décisions. Il n’est pas le porte-parole de l’État-major ». Sur les grandes questions qui se sont posées à l’Europe sous son mandat, le président a su imposer son point de vue au Conseil, sans avoir comme les autres dirigeants, à négocier avec son gouvernement, son parti, ou son parlement. Mais pour le politologue, il peine à incarner l’autorité, dans les médias notamment, et au fond, s’il l’assume dans les faits, il semble bien ne pas l’aimer.

Dans les pages idées de _Libération_, Jean-Claude Monod estime que renoncer au pouvoir est un geste démocratique

Les politiques nous ont tellement habitués à cette forme de fuite en avant, quelles que soient les circonstances, vers le pouvoir pour le pouvoir. « Or, comme le notait Paul Ricoeur dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, le politique est parfois un lieu où des «gestes» sont possibles dont la portée est autre que la simple lutte «machiavélienne» pour le pouvoir. » Alors que le succès illusoire du populisme semble indiquer que l’avenir est aux dirigeants autoritaires même s’ils s’empressent d’oublier le peuple réel et de le bâillonner quand ils sont au pouvoir, « le renoncement de Hollande rappelle qu’en démocratie, la popularité du dirigeant dépend d’une opinion publique qu’il ne maîtrise pas, et cette «fragilité» est le signe même de l’autorité démocratique ».

La revue Commentaire publie un inédit de Raymond Aron sur « La rationalité politique » qui, dans ce contexte, est d’une étonnante actualité

Ce qui la distingue de la rationalité économique à laquelle par commodité on la compare souvent, c’est selon lui l’éthique de responsabilité : « à la différence de l’acteur économique, le but de l’homme d’État n’est pas immanent au système et certaines valeurs se dérobent à la quantification ». Mais le sociologue parle aussi d’une rationalité « finale », qui transcenderait le calcul élémentaire du coût et du bénéfice, modélisé par la théorie du choix rationnel. C’est notamment, selon lui, le cas dans le domaine des relations internationales, dominées par les rapports de puissance. Il en veut pour preuve la dissuasion nucléaire, qui sous l’apparence du « bluff » fait de l’irrationnel une forme supérieure de la rationalité. Et à l’échelle réduite de l’électeur, « incité à manifester ses convictions plutôt qu’à s’interroger sur les conséquences, pour lui-même ou pour le pays, de la victoire d’un parti ou de l’autre », c’est l’éthique de conviction qui l’emporte…

D’un candidat l’autre, l’entrée en scène de Manuel Valls est analysée dans les pages Champs libres du Figaro

Vincent Tremolet fait une analyse sémiologique de la déclaration de candidature de l’ex-premier ministre. La sémiotique de l’image, d’abord, avec un public sélectionné « sur de pointilleux critères diversitaires. De part et d’autre du candidat, deux femmes, une autre derrière lui et autour une pluralité de visages et de couleurs rappelant les anciennes publicités de Benetton ». La sémantique du slogan, ensuite « Faire gagner tout ce qui nous rassemble ». Un patchwork du « ensemble tout devient possible » de Sarkozy, de « La France qui gagne » usé jusqu’à la corde (de Philippe de Villiers au Medef) et qui peut se décliner en d’infinies variations : « Faire tout ce qui nous rassemble pour gagner » ou encore «Tout faire pour rassembler ce qui nous fait gagner », et pourquoi pas « Gagner pour faire tout ce qui nous rassemble » ?

Par Jacques Munier

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