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Le réveil des catholiques ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Manif pour tous, victoire de Fillon: assiste-t-on, comme le titre L’Express, au « réveil des catholiques » ?

Même si le vote catholique a compté pour Fillon, il n’a pas été déterminant. C’est plutôt celui d’électeurs aisés, très diplômés, citadins et souvent retraités qui l’a été. Par ailleurs, Paul Thibaud, dans le grand entretien qu’il a accordé à l’hebdomadaire, ne voit pas de « réveil de la pratique religieuse catholique », plutôt marquée par un « spectaculaire déclin » dans les cinquante dernières années. Les plus fervents d’entre les catholiques ne forment aujourd’hui que 7% de la population, 15% pour les pratiquants réguliers contre 38% jusque dans les années 60. Il est vrai, comme l’observe Elisabeth Badinter, que « pendant longtemps l’intervention chrétienne dans le débat public fut le quasi-monopole des chrétiens de gauche », alors que depuis cinq ans des voix s’élèvent « à l’opposé, c’est-à-dire conservatrices et traditionnalistes ». Pour Paul Thibaud, c’est plus globalement la rémanence d’un « catholicisme culturel » qui s’est exprimé dans la Manif pour tous et la percée de François Fillon, « que l’on pensait enterré par une certaine laïcité, ébranlé par le multiculturalisme, et surtout recouvert par l’humanitarisme individualiste qui sert de religion aux modernes ». Selon lui, le mécanisme de la primaire a agi comme une loupe : « voilà que dans ce contexte, un politicien ancré dans le catholicisme apparaît comme un recours ». Selon l’ex-directeur de la revue Esprit « le christianisme ne doit pas se fondre dans l’humanitarisme – récemment Alain Minc disait de l’Eglise qu’elle était devenue une ONG ». Car « le monde où nous vivons respire mal, il a besoin d’horizon et de clefs de lecture qui lui donnent une idée plus grande de sa condition ».

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Lequel ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « les conséquences de l’absence de sens donné à l’existence ». « Notre puissant individualisme est le résultat de la post-modernité, un sentiment absolu que ma vérité personnelle est la seule vérité, que mon avenir est le seul avenir qui compte. Lorsque l’on m’ôte cet avenir rêvé, je perds le sens de l’éternité, de la famille, de la communauté. Il ne me reste que ma colère. » Qui trouve alors à s’exprimer dans les choix extrêmes : Brexit et populismes de tout poil. Aujourd’hui, ajoute le primat de la Communion anglicane « nous devons affronter la banqueroute morale de notre économie, dire qu’on ne peut pas continuer à aller de l’avant avec un système fondé sur une dette qui nous fait travailler pour les riches au lieu de construire pour les pauvres. Si l’on n’affronte pas cette réalité, au sein de nos Églises comme au sein de nos sociétés, alors rien ne changera ».

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Et en France, l’investiture de François Fillon devrait contrarier la stratégie du FN pour attirer l'électorat le plus dur des Républicains. « Faites-vous plaisir, choisissez le candidat de vos convictions », avait lancé Fillon aux électeurs de la primaire. « La droite s'est fait plaisir : forte d'un discours d'autorité, catholique, anti-islamiste et prônant des réformes économiques radicales, elle a refait son unité à la stupéfaction générale et espère couper court à l'hémorragie de la droite traditionnelle et bourgeoise vers l'extrême droite. » Dans la revue Études le politologue Claude Dargent étudie en détail le vote catholique en faveur du Front National. Selon lui, l’hostilité au discours anti-immigrés et l’attachement au libéralisme économique restent déterminants chez les catholiques les plus pratiquants, même si on a cru voir la digue céder lors des régionales de 2015. En l’occurrence, ce sont les catholiques non pratiquants qui seraient à l’origine du résultat : 33% en faveur des listes FN, soit un score supérieur à la moyenne nationale. Car les données des enquêtes électorales révèlent que « plus la pratique est fréquente, plus le vote pour les listes du FN diminue ». Les catholiques les plus observants, pas forcément les plus traditionalistes ou intégristes qui sont une minorité, mais les plus « intégrés » restent méfiants face aux équivoques du Front National eu égard aux libertés dans tous les domaines, tout comme au discours anti-immigré, qu’ils voient en opposition avec les interventions régulières du Pape François concernant l’accueil des réfugiés. Ils se reconnaissent dans l’affirmation de Philippe d’Iribarne « Chrétien et moderne », titre de son dernier livre (Gallimard), où celui-ci tire les leçons de la faillite du projet des Lumières : « faire accéder à la plénitude de la raison la totalité de l’humanité, libérant chacun des préjugés ancestraux ». Car ce rêve d’une totalité rationnelle s’est fourvoyé au XXème siècle dans la raison totalitaire, selon le constat de Max Horkheimer et Theodor Adorno dans La Dialectique de la raison.

Par Jacques Munier

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